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    Grand Montréal

    Décideurs et scientifiques doivent collaborer

    11 juin 2016 | Martine Letarte - Collaboration spéciale | Actualités sur l'environnement
    Plus de deux milliards de dollars : c’est ce que les infrastructures naturelles permettent d’économiser en services publics par année dans la grande région de Montréal.
    Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Plus de deux milliards de dollars : c’est ce que les infrastructures naturelles permettent d’économiser en services publics par année dans la grande région de Montréal.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Le Sommet sur les infrastructures naturelles du Grand Montréal se tiendra les 16 et 17 juin au Coeur des sciences de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Chercheurs, environnementalistes, professionnels de l’aménagement et élus se réuniront pour discuter de solutions possibles pour augmenter la résilience des villes quant aux changements climatiques grâce aux infrastructures naturelles.


    Plus de deux milliards de dollars : c’est ce que les infrastructures naturelles permettent d’économiser en services publics par année dans la grande région de Montréal.

     

    C’est ce qu’a révélé l’an dernier une étude de Jérôme Dupras, professeur au Département des sciences naturelles de l’Université du Québec en Outaouais (UQO) et chercheur à l’Institut des sciences de la forêt tempérée.

     

    Le verdissement des villes n’est pas seulement esthétique ; il est aussi fonctionnel et sert à améliorer la qualité de vie des gens.

     

    Les toits verts et les plantations d’arbres dans les rues réduisent les îlots de chaleur, dommageables pour la santé de la population. La plantation de végétaux absorbe également l’eau pluviale et réduit les risques de surverse dans les cours d’eau.

     

    « On ne comptabilise pas ces services rendus par les infrastructures vertes et on n’essaie pas suffisamment de les favoriser en construisant des réseaux d’espaces naturels », affirme Jérôme Dupras, également bassiste des Cowboys Fringants, président de leur Fondation et l’un des fondateurs du Mouvement Ceinture verte.

     

    Concept nouveau

     

    Le concept d’infrastructures naturelles est encore plutôt nouveau. Tout a démarré il y a de 15 à 20 ans, alors que des chercheurs ont commencé à identifier les services offerts par les écosystèmes, comme la filtration de l’eau, la prévention des inondations et des sécheresses, etc.

     

    « C’est maintenant bien documenté, et on reconnaît la valeur de ces services, alors petit à petit, on commence à considérer les milieux naturels comme des infrastructures, comme des éléments qui servent à quelque chose, un peu comme un trottoir a une fonction », explique Karel Mayrand, directeur général pour le Québec de la Fondation David Suzuki.

     

    Alors que les changements climatiques favorisent le développement de conditions météorologiques extrêmes, les villes doivent se préparer à y faire face.

     

    « On n’aura jamais de tuyaux assez gros pour absorber toute l’eau qui tombe sur une ville lors d’une pluie torrentielle, affirme Karel Mayrand. Verdir les villes réduit la pression sur les infrastructures traditionnelles, mais pour réaliser des gains importants, il faut plusieurs années de travail. »

     

    Sur le terrain

     

    Le monde municipal, particulièrement à la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), un partenaire du sommet, est déjà sensibilisé à la notion d’infrastructures vertes. Plusieurs projets ont déjà été réalisés ou sont en cours de réalisation.

     

    On utilise surtout les infrastructures naturelles dans la gestion des eaux pluviales.

     

    « On crée des bassins avec de l’herbe qui peuvent retenir l’eau de ruissellement lors de fortes pluies ou de la fonte des neiges. Par temps sec, ces lieux peuvent servir de parcs », explique Michel Allaire, coordonnateur en environnement à la CMM.

     

    « Avec les gens des villes, nous réalisons souvent des projets de recherche-action ponctuels, affirme Jérôme Dupras. Toutefois, nous souhaitons ouvrir un canal de communication permanent entre les scientifiques et les décideurs pour réaliser beaucoup plus sur le terrain. »

     

    La CMM a adopté l’objectif de protéger 17 % de ses milieux naturels d’ici 2031 ; elle en est actuellement à 9,6 %. Elle peut jouer un rôle important dans le développement des infrastructures naturelles. « On travaille à protéger, mais aussi à accroître la superficie des boisés, des corridors forestiers et des milieux humides », affirme Suzy Peate, coordonnatrice de l’aménagement du territoire métropolitain à la CMM.

     

    « En plus du volet protection, si on commence à aménager les villes en tenant compte des fonctions des milieux naturels, on pourra vraiment arriver, dans de 15 à 20 ans, à augmenter la résilience des villes aux effets des changements climatiques », affirme Karel Mayrand.

     

    Financement

     

    Si les villes pouvaient bénéficier de fonds pour entretenir et développer leurs infrastructures naturelles, comme c’est le cas pour les routes et les trottoirs, le défi serait beaucoup plus simple à réaliser.

     

    « C’est un bon moment pour en parler, alors que Justin Trudeau a annoncé qu’il revamperait le Fonds vert municipal, qui actuellement ne finance pas de projets d’infrastructures vertes, affirme Jérôme Dupras. On transforme des milieux naturels en milieux bâtis, puis on se rend compte que cela génère des besoins, puis on a recours à d’autres infrastructures bâties pour combler ces besoins. Pourtant, les milieux naturels donnent ces services, mais il n’y a aucun incitatif pour les conserver. »

     

    Il déplore que l’on considère généralement encore les milieux naturels comme des contraintes à l’aménagement. « Or, ils jouent des rôles importants », affirme le chercheur.

     

    « Il faudrait aussi qu’on capitalise les infrastructures naturelles, qu’on les compte dans les actifs de la ville, croit Karel Mayrand. On commence à le faire d’ailleurs dans l’Ouest canadien et à New York. »













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