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    Vélo

    S’inspirer de l’audace parisienne

    Sur le terrain, ce plan se traduira par la bonification du réseau cyclable, l’ajout d’infrastructures de stationnement et le renforcement de la «culture vélo».
    Photo: iStock Sur le terrain, ce plan se traduira par la bonification du réseau cyclable, l’ajout d’infrastructures de stationnement et le renforcement de la «culture vélo».

    Paris peut-elle devenir une capitale mondiale du vélo ? C’est, à tout le moins, ce à quoi aspire la métropole française. Et avec son Plan vélo 2015-2020, dévoilé au printemps l’an dernier, une petite révolution cyclable s’est mise en marche dans les rues de la Ville lumière.


    Christophe Najdovski rêve d’un Paris sans voitures, ou presque. Maître d’oeuvre de l’ambitieux Plan vélo 2015-2020, le maire adjoint chargé des transports, des déplacements, de la voirie et de l’espace public s’active depuis plus de deux ans à transformer sa ville. L’objectif ? Tripler le nombre de trajets quotidiens effectués à vélo sur l’ensemble du territoire de la capitale française.

     

    « La tâche est immense, je vous l’accorde », lance en riant Christophe Najdovski qui sera de passage à Montréal au cours des prochains jours à l’invitation de Vélo Québec dans le cadre du Festival Go vélo Montréal. Joint au téléphone par Le Devoir à quelques jours de ses premiers pas en terre québécoise, c’est avec un enthousiasme évident que l’homme politique décrit son Paris cyclable. Plus lente, plus sécuritaire et plus agréable, sa ville idéale se parcourt en pédalant.

    150 millions
    Le budget (en euros) qu’investira la mairie de Paris dans les aménagements cyclables d’ici 2020.

    Source: Mairie de Paris
     

    Adopté à la quasi-unanimité par le conseil municipal parisien en avril 2015, le Plan vélo 2015-2020 couvre le mandat du Parti socialiste d’Anne Hidalgo, élu en 2014. « Ça nous a pris un an à colliger les informations nécessaires pour le mettre en place, indique le maire adjoint, responsable du dossier depuis le début. Nous avons essayé d’avoir une vision d’ensemble. De comprendre ce que veut dire le vélo pour les Parisiens des arrondissements centraux, mais aussi pour ceux qui habitent aux extrémités de la ville, mais qui passent par la capitale quotidiennement. »

     

    Fluidité cyclable

     

    Sur le terrain, ce vaste Plan se traduira notamment par une importante bonification du réseau cyclable actuel, par l’ajout d’infrastructures de stationnement et par le renforcement d’une culture vélo sur l’ensemble du territoire de la ville. Pour y arriver, Paris souhaite mettre sur pied un réseau continu, où l’implantation de doubles sens cyclables deviendra systématique, et ce, même lorsque la circulation automobile se fait à sens unique. « Quand on parle de la place du vélo en ville, la sécurité est toujours une préoccupation, note le maire adjoint. En ouvrant officiellement les petites rues, nous espérons sécuriser les déplacements, mais surtout défaire cette idée que le vélo n’est pas un mode de transport sécuritaire. »

     

    En plus des voies partagées, quatre grands axes bidirectionnels réservés aux bicyclettes seront également implantés en plein coeur de la capitale. Ce réseau express — sortes de véloroutes urbaines — permettra aux cyclistes des quatre coins de la ville d’accéder rapidement aux points centraux de Paris, du bois de Boulogne à Vincennes, en passant par les Grands Boulevards et les berges de la Seine. À terme, l’ensemble de la voirie parisienne devrait être accessible en vélo. « L’objectif est de limiter les entraves et d’assurer une fluidité cyclable, explique Christophe Najdovski. Ces larges voies devraient nous permettre de massifier considérablement les allers-retours quotidiens. Nous voulons que les cyclistes sentent qu’ils ont leur place partout. »

     

    Espaces sécurisés

     

    Avec la hausse prévue du nombre de cyclistes, les besoins en matière d’infrastructures destinées à l’entreposage des vélos risquent d’augmenter considérablement au cours des prochaines années. Pour y répondre, la Ville compte rapidement jalonner son territoire de places de stationnement réservées aux cyclistes. « La peur de se faire voler son vélo est un immense frein à la pratique, déplore le responsable du Plan. Si nous voulons voir la part modale augmenter, nous n’avons pas le choix de nous attaquer à ce problème. »

    15 %
    La part modale effectuée à vélo que vise l’administration municipale pour 2020. Selon les derniers chiffres, la bicyclette représente 5 % des déplacements domicile-travail.

    Source: Plan vélo 2020
     

    D’ici 2020, près de 20 000 espaces devraient être aménagés, dont la moitié devraient être fermés. Accessibles sur abonnement, ces « vélos box » devraient être en mesure d’accueillir une dizaine de vélos chacune et seront disposées dans les places publiques ou directement dans la rue dans des espaces traditionnellement réservés à la voiture. « L’idée est d’offrir aux gens des endroits pour entreposer leur vélo pour de courtes périodes, mais aussi pour une plus longue durée », explique le conseiller. Paris étant une ville très dense, les logements sont rarement dotés d’espaces de rangement suffisamment grand pour une bicyclette. Avec ces boîtes à vélo, les cyclistes pourront donc partir en vacances l’esprit tranquille ou tout simplement y laisser leur deux-roues la nuit.

     

    Mobilité douce

     

    En plus de ses interventions en matière de vélo, la capitale française multiplie, depuis quelques années, les mesures d’apaisement dans ses rues. La prolifération des sens uniques et la généralisation de la limite de 30 km/h dans les quartiers mettent tranquillement un frein à la mobilité automobile, au profit de modes de transport plus actifs et plus durables. L’administration municipale souhaite ainsi réduire le bruit et la pollution urbaine, pour « faire de Paris une ville plus agréable, plus douce, plus vivante », avait indiqué la mairesse Anne Hidalgo au moment de l’adoption du plan au printemps 2015.

    1400 km
    C’est le nombre de kilomètres cyclables que la capitale française devrait compter sur son territoire en 2020.

    Source: Plan vélo 2020
     

    Déjà, dans près de la moitié des rues parisiennes, les automobilistes sont contraints de réduire leur vitesse à 30 km/h. « En 2020, cette mesure sera appliquée à quasiment toute la ville, assure Christophe Najdovski. Seulement 10 % des voies demeureront au traditionnel 50 km/h. » Couplé à l’ajout de voies cyclables sur l’ensemble du territoire de la capitale, cela devrait grandement favoriser la cohabitation entre les différents usagers de la route.

     

    Pour faciliter cette transition, la Ville a entrepris de sensibiliser tous les acteurs qui jouent un rôle, de près ou de loin, dans la mobilité des citoyens. Un travail tout particulier a été fait auprès de la préfecture de police pour que la circulation à vélo soit considérée sur le même pied que celle en voiture.

     

    S’inspirer des meilleurs

     

    Pour mettre sur pied son Plan, la capitale française est allée voir ce qui se fait de mieux en matière d’aménagements cyclables chez ses voisins européens. « Il y en a qui ont nettement une longueur d’avance sur nous, reconnaît l’élu municipal en citant les exemples de Copenhague et d’Amsterdam. Est-ce que je suis prêt à dire que nous voulons être la capitale du vélo ? Non, ce serait prétentieux. Mais ça ne doit pas nous empêcher de rêver ! » C’est plutôt tout le contraire.

     

    Et même si beaucoup de travail attend encore son administration, notamment au cours des deux prochaines années qu’il considère comme étant cruciales, les choses bougent déjà très vite à Paris. « Le nombre de ménages possédant une voiture est en baisse, alors que le nombre de cyclistes ne cesse d’augmenter », lance-t-il. Surtout, c’est le rapport à la ville qui est en voie de complètement se transformer. « C’est dans l’air du temps, assure Christophe Najdovski, un sourire dans la voix. À vélo, on vit l’espace différemment. C’est ce qu’on veut faire : offrir aux Parisiens leur ville sous un nouvel angle. »

    Sur le terrain, ce plan se traduira par la bonification du réseau cyclable, l’ajout d’infrastructures de stationnement et le renforcement de la «culture vélo». Le rapport à la ville est en voie de se transformer. «C’est dans l’air du temps», souligne Christophe Najdovski.












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