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    Protection du béluga dans le Saint-Laurent

    Embûche en vue pour des projets maritimes

    Un jeune béluga du Saint-Laurent et sa mère
    Photo: GREMM Un jeune béluga du Saint-Laurent et sa mère

    La décision d’Ottawa de protéger l’habitat essentiel du béluga du Saint-Laurent pourrait bien interférer dans le développement de projets industrialo-portuaires évalués à plusieurs milliards de dollars, en raison des risques qu’ils poseraient pour cette espèce en voie de disparition. Le gouvernement Couillard promet lui aussi de tenir compte de la protection des écosystèmes marins dans le cadre de sa Stratégie maritime.

     

    L’habitat essentiel du béluga s’étend sur plusieurs centaines de kilomètres carrés de l’estuaire du Saint-Laurent. Le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent, qui couvre à lui seul plus de 1245 km2, a d’ailleurs été établi d’abord pour protéger les eaux fréquentées par cette population en déclin. C’est l’ensemble de cet habitat jugé « indispensable au maintien des fonctions biologiques » de l’espèce que le gouvernement Trudeau promet maintenant de protéger de toute destruction.

    880
    Population de bélugas du Saint-Laurent
     

    Un tel statut légal pourrait entrer en conflit avec des projets économiques majeurs. C’est le cas d’Énergie Saguenay, un projet de liquéfaction et d’exportation maritime de gaz naturel évalué à 7,5 milliards de dollars qui serait construit à La Baie, près de Chicoutimi. Selon les plans du promoteur GNL Québec, des méthaniers de près de 300 mètres de longueur circuleraient quotidiennement dans le seul parc marin de la province pour exporter ce gaz, notamment vers les marchés européen et indien.

     

    Navigation industrielle

     

    Chemin faisant, ils traverseraient des secteurs de « haute fréquentation » des femelles bélugas et des juvéniles, qui sont justement les animaux pris en compte dans la désignation de l’habitat essentiel de l’espèce. Or, cette croissance de la navigation industrielle risque de nuire à la qualité de l’habitat, selon le président du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins, Robert Michaud. « C’est raisonnable de croire qu’il y aura des impacts. Il faut donc qu’ils soient bien évalués », souligne-t-il.

     

    Le spécialiste des bélugas estime que cette évaluation est d’autant plus importante dans un contexte où le projet Énergie Saguenay n’est pas le seul à se développer actuellement sur le Saguenay. Un projet minier, Arianne Phosphate, devrait lui aussi ajouter au trafic maritime.

     

    Toute cette circulation de gros navires risque donc d’accroître le dérangement des bélugas, mais aussi la pollution sonore de leur environnement. Et comme « les bélugas dépendent des sons au même titre que nous dépendons de notre vision », M. Michaud insiste sur l’importance de considérer ses « nuisances » pour mettre en place une véritable protection de l’habitat essentiel.

     

    Besoin de refuges

     

    Robert Michaud propose ainsi d’étudier la possibilité d’instaurer des « refuges acoustiques » afin de protéger les bélugas, qui ne sont plus que 880 et qui montrent des signes évidents de déclin. « On pourrait raisonnablement penser que le Saguenay serait ciblé pour cela. On sait que le Saguenay est fréquenté assidûment par des femelles avec des jeunes, et peut-être que le développement de la navigation sur la rivière Saguenay n’est pas compatible » avec la protection de ces mammifères, explique celui qui étudie l’espèce depuis plus de 30 ans.

     

    Est-ce que le projet Énergie Saguenay est compatible avec la protection de l’habitat du béluga ? GNL Québec n’est pas encore en mesure de répondre à cette question puisque l’entreprise « vient de lancer l’étude d’impact » qui doit être transmise à Ottawa et à Québec, répond sa directrice des affaires publiques, Maire-Claude Lavigne.

     

    Chose certaine, ajoute-t-elle, la question sera évaluée. « Comme l’espèce est considérée comme étant en voie de disparition, on savait qu’on devrait faire des études sur le béluga dans le Saguenay, pour la portion où il y aura navigation. »

     

    Stratégie maritime

     

    Au cabinet du ministre délégué aux Affaires maritimes, Jean D’Amour, on n’a pas encore pris position dans le dossier Énergie Saguenay. On ne sait pas non plus si le gouvernement pourrait participer financièrement au projet d’exportation de gaz naturel. « Dans le cadre de la Stratégie maritime du Québec, nous attendrons les résultats de l’étude d’impact environnemental avant de nous prononcer », répond son attaché de presse, Marc Lapointe, par courriel.

     

    Le ministre D’Amour n’a pas non plus voulu s’avancer sur les éventuelles contraintes que la protection du béluga pourrait lui imposer dans le cadre de son plan de développement industriel du Saint-Laurent. « Tout le développement qui sera fait dans le cadre de la Stratégie maritime du Québec sera fait en plaçant au premier rang les considérations environnementales et la protection de nos écosystèmes marins », souligne simplement M. Lapointe.

     

    « Avec la Stratégie maritime, on pense surtout à des projets de croissance économique dans des endroits extrêmement sensibles du Saint-Laurent, déplore toutefois le directeur général de Nature Québec, Christian Simard. Mais avec la décision du gouvernement fédéral, Québec devra revoir ses plans. »

     

    Robert Michaud invite lui aussi à la prudence dans le cadre de ce plan libéral. « Est-ce que certaines zones portuaires pourraient ne pas être développées, afin de concentrer nos efforts dans des zones maritimes moins sensibles », demande-t-il.

     

    Assise légale

     

    Le gouvernement souhaite en effet développer le potentiel industriel du port de Cacouna, situé dans le secteur d’une pouponnière pour le béluga qui a été au coeur d’une intense saga politico-judiciaire dans le cadre du projet Énergie Est. Mais avec le statut de protection fédéral, les groupes qui voudraient se porter à la défense de ces cétacés devraient bénéficier de nouveaux outils légaux.

     

    « Il s’agit d’une protection additionnelle qui n’existait pas au moment de la saga de Cacouna, explique Me Michel Bélanger, du Centre québécois du droit de l’environnement. En choisissant de protéger l’habitat de l’espèce, il y a maintenant une assise légale beaucoup plus claire. Il ne s’agit plus de dire si on peut mener des travaux à telle ou telle période de l’année, suivant la présence des animaux, puisqu’il sera de toute façon impossible de construire le port. »

     

    En clair, si le gouvernement fédéral avait accordé un statut de protection à l’habitat du béluga dès 2012, comme cela aurait dû être fait selon la Loi sur les espèces en péril, TransCanada n’aurait jamais pu envisager de construire son port pétrolier.


    Consultez la carte de l'habitat critique du béluga












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