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    Énergie Est

    TransCanada blâmée d’avoir dicté les conditions de l’évaluation

    Une séance des audiences publiques du BAPE sur le projet Énergie Est à Lévis, en mars dernier
    Photo: Renaud Philippe Le Devoir Une séance des audiences publiques du BAPE sur le projet Énergie Est à Lévis, en mars dernier


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    page sur le projet d'Énergie Est

    TransCanada a réussi à dicter ses conditions au gouvernement du Québec pour l’évaluation environnementale du pipeline Énergie Est, dénoncent des écologistes, qui critiquent le calendrier de réalisation et l’exclusion de l’enjeu des gaz à effet de serre. La pétrolière réplique que son projet n’augmentera pas la production de ces gaz responsables des bouleversements climatiques.

     

    S’il salue la décision de reprendre l’évaluation du BAPE en se basant sur une étude d’impact, le directeur général pour le Québec de la Fondation David Suzuki, Karel Mayrand, estime que les délais « très serrés » ont été fixés pour répondre aux demandes de TransCanada, qui ne veut pas retarder la construction du pipeline.

     

    « L’intérêt public ne requiert pas d’aller aussi vite, a-t-il insisté mercredi. On parle de six semaines pour produire une étude d’impact sur le plus gros projet d’infrastructure du Québec. Ça a été plus long pour produire l’étude d’impact pour l’échangeur Turcot. Je ne vois pas en quoi l’intérêt public est servi, mais je comprends en quoi l’intérêt privé est servi. C’est le calendrier de TransCanada qui dicte le calendrier du Québec. »

     

    « L’entreprise reconnaît la juridiction du Québec, mais à certaines conditions, a ajouté M. Mayrand. En fait, c’est TransCanada qui fixe les conditions de l’évaluation environnementale et l’échéancier. Le gouvernement a cédé sur tout. Pourtant, il ne devrait pas y avoir de conditions pour le respect de la loi. »

     

    Étude « volontaire »

     

    Dans une lettre transmise à TransCanada vendredi, le ministère de l’Environnement du Québec se montre d’ailleurs rassurant. On promet ainsi à l’entreprise que le délai pour réaliser l’évaluation provinciale n’excédera pas celui du gouvernement fédéral. La pétrolière réitère pour sa part, dans son avis de projet transmis de façon « volontaire », que son pipeline est seulement assujetti à la réglementation de l’Office national de l’énergie.

     

    L’économiste Éric Pineault, auteur du livre Le piège Énergie Est, qui était lancé mercredi, juge par ailleurs que le promoteur du pipeline a été « extrêmement méprisant » en annonçant qu’il acceptait de déposer une étude d’impact quelques heures à peine après la date butoir pour le dépôt des mémoires au BAPE.

     

    Concrètement, la décision de TransCanada, qui a conduit à l’annulation pure et simple des audiences publiques prévues, fait en sorte que plus de 300 mémoires ne seront pas rendus publics. Le BAPE a d’ailleurs confirmé cette information par voie de communiqué mercredi, tout en soulignant que les mémoires et les commentaires reçus seront conservés en attendant que le gouvernement mandate une nouvelle commission du BAPE cet automne.

     

    Silence sur les GES

     

    Les écologistes ont également dénoncé mercredi la décision du gouvernement Couillard d’exclure l’enjeu des gaz à effet de serre (GES) de l’étude du BAPE, comme le révélait Le Devoir. Selon Karel Mayrand et les groupes qui ont publié une déclaration d’opposition au pipeline d’exportation (publiée ce jeudi en page A 9 du Devoir), il est inacceptable de faire fi des émissions de GES.

     

    TransCanada ne l’entend pas ainsi. Selon ce qu’a expliqué son porte-parole, Tim Duboyce, le projet Énergie Est ne devrait pas aller de pair avec une hausse des GES du secteur des sables bitumineux. « L’approbation du projet ne représente pas une augmentation des émissions pour la raison suivante : le pétrole destiné à être transporté par Énergie Est va être produit peu importe, et si le pipeline n’est pas réalisé, ce même pétrole sera transporté tout simplement par un autre moyen, notamment par wagon-citerne », a-t-il fait valoir dans une réponse écrite.

     

    Concrètement, les 1,1 million de barils de pétrole qui seront transportés chaque jour par Énergie Est équivalent à 1580 wagons. Il serait techniquement impossible de faire circuler autant de wagons chaque jour à travers le Québec, puis de les ramener vers l’Ouest. Par ailleurs, la capacité de transport du pipeline de TransCanada équivaut à la croissance de production prévue pour les sables bitumineux au cours des 10 prochaines années.

     

    Interpellé mercredi, le BAPE a indiqué que la question des GES pourrait toujours être traitée dans le cadre d’une éventuelle nouvelle commission, « à moins que le mandat confié par le ministre exclue spécifiquement cet aspect. Pour le moment, nous n’en savons rien. Tout dépend de la lettre mandat », a-t-on précisé par écrit. Au moment d’écrire ses lignes, il n’avait toutefois pas été possible d’obtenir de précisions à ce sujet de la part du ministère de l’Environnement.

     

    Le Parti québécois a de nouveau critiqué les libéraux mercredi, estimant que le gouvernement provincial devrait affirmer sa capacité d’autoriser ou non le passage du pipeline sur 650 kilomètres de son territoire. « Si [le ministre Heurtel] n’est pas capable de dire que le Québec aura le dernier mot » dans le dossier Énergie Est, « ça devient une mascarade politique », a déploré le député Mathieu Traversy.

     

    « Le gouvernement du Québec a l’intention d’exercer pleinement ses compétences sur la portion québécoise des projets d’oléoducs et d’appliquer ses lois », a répondu le cabinet du ministre.













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