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    CSN

    En quête d’une transition énergétique «juste» pour les travailleurs

    22 avril 2016 | Réginald Harvey - Collaborateur | Actualités sur l'environnement
    Selon le trésorier de la CSN, le Québec n’est pas en retard dans la transition énergétique. En effet, le secteur éolien peut être porteur, d’après lui.
    Photo: Source Marie-Pier Frappier Selon le trésorier de la CSN, le Québec n’est pas en retard dans la transition énergétique. En effet, le secteur éolien peut être porteur, d’après lui.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Il est difficile pour l’instant de mesurer quels seront les impacts réels de la transition énergétique de l’économie sur le développement économique et sur la création d’emplois. Greenpeace évalue tout de même que l’abandon des énergies fossiles serait susceptible de générer des millions de nouveaux emplois. De son côté, le monde syndical presse les gouvernements d’envisager sérieusement les effets que produira ce virage majeur sur le marché du travail et de prendre les mesures pour les atténuer, ce qui demeure lettre morte pour le moment.


    Dans un rapport paru en septembre 2015 émanant d’un document réalisé avec le Centre aérospatial allemand et intitulé « Energy (R)evolution 2015. 100 % renewable energy for all », l’ONG laisse voir un scénario basé sur la disparition du charbon, du pétrole, du gaz et du nucléaire au profit d’énergies renouvelables, d’ici 2050. Pour en arriver là, ce virage majeur « nécessitera des investissements de 1600 milliards de dollars par an ».

     

    Ce passage obligé pour la survie de la planète ferait que, d’ici 2030, « le secteur de l’énergie solaire pourrait employer autant de personnes que l’industrie du charbon le fait actuellement, soit plus de 9,5 millions ». D’ici à 2030 toujours, le rapport indique que « le nombre d’emplois dans le secteur éolien sera multiplié par 10, passant de 700 000 présentement à plus de 7,8 millions ».

     

    Pour sa part, le trésorier de la CSN, Pierre Patry, tient ce langage à la suite des accords survenus récemment lors de la conférence de Paris à laquelle il participait : « Il faut agir sur l’ensemble des secteurs d’activités, qu’il faut revoir pour réduire la production des gaz à effet de serre. Mais il faut veiller aussi à ce que la transition vers les énergies renouvelables soit juste pour les travailleurs parce que, qui dit réduction de ces gaz, dit modification des lieux de travail, ce qui entraîne des modifications quant à l’organisation de celui-ci et quant aux modes de production. »

     

    Il donne cet exemple pour illustrer sa pensée : « C’est bien beau d’électrifier les transports en commun, et je suis favorable à cette idée, mais les gens qui travaillent en ce moment pour les sociétés de transport, mécaniciens et autres, n’ont pas été formés pour faire face à ce changement. » Il importe donc de « penser à une formation de la main-d’oeuvre en lien avec une économie qui sera plus verte. C’est aussi vrai pour les programmes qui s’adressent aux jeunes que pour ceux des adultes qui doivent s’inscrire dans un processus de formation continue ».

     

    Un vide politique

     

    Il existe une sorte de vide sur le plan des impacts que pourrait avoir la transition sur l’économie et l’emploi, selon lui : « Malheureusement, le sujet n’est pas très documenté et pas facilement mesurable, mais ce qui demeure absent du débat à ce moment-ci, à tout le moins dans le discours public, c’est la volonté politique nécessaire pour qu’on s’attaque à cette question-là en s’assurant d’une transition juste. »

     

    Dans le document rendu public le 7 avril et qui renferme la « Politique énergétique 2030. L’énergie des Québécois, source de croissance », « on ne parle pas du tout d’emploi ; ce sujet est complètement évacué et on aborde encore moins la transition adéquate pour les travailleurs. On traite de développement économique, mais s’il faut veiller à ce que celui-ci se produise dans le cadre d’une économie plus verte avec moins de gaz à effet de serre, il faut également prendre les moyens pour que les travailleurs ne soient pas des laissés pour compte », constate Pierre Patry.

     

    On observe à peu près le même vide autour de cette question dans l’accord de Paris de décembre dernier : « J’y étais et je peux affirmer que les organisations syndicales, notamment la Confédération syndicale internationale, poussaient pour faire en sorte que cette transition figure à l’intérieur du texte de l’accord, mais on la retrouve simplement dans un préambule et non pas dans le corps du texte. Il nous aura fallu lutter farouchement pour que cela apparaisse finalement en bout de course. »

     

    Et Pierre Patry de tirer cette conclusion : « C’est en quelque sorte le chaînon manquant des travaux qui sont effectués à l’égard de la transition énergétique : la préoccupation pour l’emploi est insuffisante. »

     

    Le chaud et le froid

     

    Le trésorier de la CSN peut comprendre les préoccupations des syndiqués qui risquent d’être affectés par le virage écologique, « mais en même temps, cette inquiétude ne peut pas être un frein à ce dernier, car il y va de la survie de l’humanité ». Malheureusement, ces gens-là demeurent actuellement dans l’incertitude quant au sort qui leur sera réservé par une nécessaire révision de l’organisation du travail.

     

    Pour autant, Pierre Patry se veut rassurant : « Je siège au conseil d’administration d’Écotech Québec, la grappe des technologies propres. Il y a dans ce regroupement beaucoup de PME et il s’y fait beaucoup d’innovation très intéressante à cet égard-là. Il s’avère qu’au Québec on n’est pas en retard sur cette transition. Il y a par exemple tout le secteur des éoliennes qui peut être porteur, bien que de nombreuses critiques soient apparues sur la stratégie qui a été développée dans son implantation ; la situation n’est pas toujours très claire sur certains aspects. » Le transport de cette forme d’énergie fait partie de cette zone d’ombre.

     

    Par contre, « si, en même temps, on veut émettre moins de gaz à effet de serre, ce qui serait bon pour nous au Québec mais aussi pour l’ensemble des pays de la planète, c’est qu’on pourrait devenir encore un plus grand exportateur d’électricité ; on en possède en grande quantité ». Dans un tel cas, l’énergie éolienne pourrait servir à combler des besoins qui sont davantage de proximité et devenir du même coup un facteur de création d’emplois.

     

    Il fait appel à la gouvernance : « Il est clair qu’il y a des opportunités qui s’offrent à nous, quoiqu’on doive se montrer réalistes et reconnaître qu’il y a des emplois qui seront transformés. » Il reviendra à l’État d’agir, car il y va de sa responsabilité de poser les gestes pour éviter, comme il le répète, « qu’il y ait des laissés pour compte dans tout ce remue-ménage et pour que la transition se fasse correctement ».













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