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    Environnement

    Des citoyens de plus en plus mobilisés

    22 avril 2016 | Etienne Plamondon Emond - Collaborateur | Actualités sur l'environnement
    Photo: iStock
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Des voisins verdissant leur ruelle à Montréal jusqu’aux comités de citoyens contestant les projets liés aux hydrocarbures en Gaspésie, la mobilisation autour des enjeux environnementaux se manifeste de plus en plus à l’échelle locale. Instantané d’un engagement citoyen dont le visage s’est transformé au Québec.


    L’image était saisissante vue du ciel : des dizaines de milliers de personnes dessinaient une immense main au coeur du parc Jeanne-Mance, à Montréal. Le 22 avril 2012, la marche pour le Jour de la Terre avait attiré 250 000 personnes, selon les organisateurs de l’événement. Le printemps étudiant battait son plein, le mécontentement contre le gouvernement Charest atteignait des sommets et le dossier du gaz de schiste soulevait les passions. Depuis, l’environnement n’a plus jamais été l’objet d’une manifestation d’une telle ampleur au Québec. La mobilisation des citoyens pour cet enjeu s’est-elle essoufflée ? Bien au contraire, rétorquent les acteurs et observateurs de ce mouvement interrogés par Le Devoir à l’approche du Jour de la Terre.

     

    « Les mobilisations se sont diversifiées et multipliées », affirme Maud Prud’homme, présidente du Réseau québécois des groupes écologistes (RQGE). Elle évoque une manifestation contre le projet Énergie Est de TransCanada, qui a réuni 200 personnes à La Pocatière le 17 mars dernier. « Quand les mobilisations sont hors des métropoles, le nombre peut avoir l’air moins impressionnant. Mais en proportion de la communauté, c’est tout de même significatif. »

    Un organisme s’éteint, des citoyens s’éveillent

     

    Le RQGE, qui compte aujourd’hui environ 70 organismes communautaires, estime que plus de 200 groupes écologistes ont dû cesser leurs activités depuis 2006. « Beaucoup ont dû fermer leurs portes pour cause d’essoufflement, d’épuisement ou de manque de ressources, par contre on a vu l’émergence de comités de citoyens qui ont une perspective tout à fait semblable , explique-t-elle. Il y a beaucoup de collaboration en ce moment. Des comités de citoyens se rendent compte que, finalement, leur vision rejoint beaucoup celle de groupes écologistes qu’ils ne connaissaient pas ou auxquels ils n’avaient pas tendance à s’identifier avant. »

     

    Une tendance qu’observe aussi Sidney Ribaux, cofondateur et directeur général de l’organisation non gouvernementale (ONG) Équiterre. « On le constate au quotidien par les appels qu’on reçoit. Ce sont des citoyens, mais aussi des gens qui ont formé des groupes de citoyens. Les comités de citoyens se sont multipliés dans les dernières années. Il y en a des centaines à travers le Québec. Presque chaque village ou région s’en est constitué un », observe-t-il en entrevue avec Le Devoir, à la Maison du développement durable où il vient de prononcer une conférence devant des dizaines de personnes.

     

    Équiterre a vu son nombre de membres donateurs passer de 10 000 à 18 000 dans les deux dernières années. « La mobilisation au Québec, et même dans l’ensemble du pays, est plus forte qu’elle ne l’a jamais été depuis que je milite », va-t-il jusqu’à affirmer. Selon lui, les réseaux sociaux ont facilité l’organisation de citoyens de plus en plus informés. « Souvent, ils ont fait de la recherche et ils ont des questions hyper pertinentes à poser. »

     

    Engagement local

     

    René Audet, professeur au Département de stratégie, responsabilité sociale et environnementale à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), confirme ce constat. « Ce sont des gens éduqués, qui s’intéressent aux questions jusqu’à un niveau assez technique et s’approprient les questions environnementales et énergétiques en faisant leur propre recherche. Souvent, ils vont aller solliciter l’aide de chercheurs. »

     

    Il note que « les groupes citoyens ont été tellement efficaces que les ONG environnementales sont obligées de réagir ». Sans que cela se transforme en compétition, ces dernières sont ainsi souvent poussées à prendre position sur des enjeux soulevés par la population.

     

    Dans le portrait d’ensemble, le sociologue de l’environnement indique que « ce que l’on voit de plus en plus, c’est la prise en charge du milieu de vie à l’échelle locale ». Il note qu’en ville les initiatives constructives portées et exécutées par des citoyens se multiplient, comme les ruelles vertes et les projets d’agriculture urbaine. « Ce sont des engagements concrets où les gens mettent la main à la pâte », signale-t-il.

     

    Comme directeur de l’Institut des sciences de l’environnement de l’UQAM, il remarque l’influence de ce virage dans les sujets abordés par les étudiants à la maîtrise. Il y a une quinzaine d’années, « tous les étudiants travaillaient sur des questions comme les changements climatiques, les négociations internationales ou les grandes idéologies. Aujourd’hui, ils veulent travailler sur les initiatives locales en environnement ».

     

    Est-ce que cette mobilisation locale influence la scène politique ? Les opinions divergent sur ses effets sur les gouvernements fédéral et provincial. Mais nul doute quant aux répercussions sur les décisions des élus municipaux. À Montréal, certains arrondissements soutiennent des initiatives d’agriculture urbaine ou de ruelles vertes. Quant aux enjeux des hydrocarbures, des MRC et des municipalités ont pris position au sujet de leur transport par train ou par oléoduc.

     

    Au-delà des conférences, campagnes d’affichages, manifestations, assemblées de cuisine, forums citoyens et projections de films engagés, Carole Dupuis, coordonnatrice générale du Regroupement vigilance hydrocarbures Québec (RVHQ), souligne que la grande particularité dans le travail des 130 comités de citoyens membres réside dans les relations développées avec les élus municipaux.

     

    « Ce qu’on réalise, quand on s’engage dans ce genre de démarche, c’est à quel point les élus sont sollicités par 1001 dossiers, et qu’ils ont besoin d’être informés finalement, dit-elle. C’est un mouvement perçu comme militant, mais c’est très sérieux et rigoureux comme démarche. On collige de l’information. Les gens ne vont pas aux assemblées municipales pour se chicaner. Ils apportent des documents très valables, très étoffés, et les élus apprennent à apprécier cela. »

     

    En filigrane de tout ce réalignement de la mobilisation citoyenne, René Audet insiste pour souligner qu’« il ne faut pas sous-estimer l’importance des idées ». Si le concept de développement durable a été institutionnalisé et opérationnalisé, l’émergence de celui de transition écologique ou énergétique dans le discours public relance un débat et risque de stimuler la mobilisation sociale. Ce terme constitue, à ses yeux, « un champ de bataille », alors que plusieurs acteurs, tant les gouvernements que les groupes de pression, tentent d’imposer leur définition. « La “transition” semble nous ramener à un questionnement plus porté sur la transformation de la société, et non plus seulement sur celle des organisations », juge-t-il.













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