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    Du pétrole américain pour Énergie Est

    TransCanada projette de faire transiter dans son pipeline du pétrole du Dakota du Nord

    Les États-Unis produisent de grandes quantités de pétrole de schiste, notamment par l’entremise du gisement de Bakken, au Dakota du Nord. 
    Photo: Karen Bleier Agence France-Presse Les États-Unis produisent de grandes quantités de pétrole de schiste, notamment par l’entremise du gisement de Bakken, au Dakota du Nord. 

    Le pipeline Énergie Est servira à exporter du pétrole de schiste exploité aux États-Unis. TransCanada prévoit en effet construire un autre important pipeline qui pourra transporter 300 000 barils chaque jour du Dakota du Nord vers le Canada, pour ensuite l’acheminer vers l’est et l’exporter grâce au controversé projet actuellement évalué par le BAPE.

     

    Les partisans du projet Énergie Est font souvent valoir que ce pipeline permettrait d’abord de réduire les importations de pétrole au Canada. Or, en plus du pétrole des sables bitumineux, TransCanada entend utiliser son futur pipeline afin de servir les besoins d’exportation de l’importante production de pétrole du nord des États-Unis. Un élément clé du projet passé jusqu’ici inaperçu.

     

    Selon ce qu’a confirmé au Devoir le porte-parole de TransCanada, Tim Duboyce, la pétrolière albertaine entend construire l’« Upland Pipeline », un projet évalué à 600 millions de dollars. Ce tuyau de plus de 400 kilomètres de longueur pourra transporter quotidiennement 300 000 barils. En théorie, près du tiers du pétrole transporté par le pipeline Énergie Est pourrait donc être du pétrole de schiste exploité aux États-Unis.

     

    Pour 2020

     

    La plus récente mise à jour du projet Upland, publiée en décembre 2015, indique que ce nouveau pipeline reliera la région de Williston, au Dakota du Nord, au pipeline Énergie Est. Il pourrait s’y connecter directement sur le territoire de la Saskatchewan, ou alors en passant par un pipeline secondaire qui sera connecté à Énergie Est à partir du Manitoba.

     

    Le calendrier élaboré par TransCanada précise que les études de faisabilité ont débuté en 2014. La mise en service de l’Upland Pipeline est prévue en 2020, soit au moment où doit être achevée la construction d’Énergie Est. Signe que le projet progresse, l’entreprise a déjà déposé une demande officielle auprès des autorités américaines en vue de la construction du pipeline. Une autre demande devrait être déposée auprès de l’Office national de l’énergie.

     

    Dans une entrevue diffusée en 2015 dans Pipeline News, une publication spécialisée dans ce type d’infrastructure, le président d’Énergie Est, John Soini, avait précisé que le projet Upland permettra de transporter du pétrole brut « de différents points au Dakota du Nord » vers le pipeline Énergie Est. Du brut provenant de la Saskatchewan et du Manitoba pourrait s’y ajouter, selon la description du projet présentée par TransCanada.

     

    Demande américaine

     

    Comme le projet actuellement étudié par le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) doit transporter 1,1 million de barils par jour, le pétrole provenant de l’Upland Pipeline pourrait représenter près de 30 % du brut qui doit traverser le territoire québécois d’ici cinq ans.

     

    Selon ce qu’a précisé le vice-président d’Énergie Est pour le Québec, Louis Bergeron, la semaine dernière au BAPE, la quantité de pétrole qui sera acheminé avec le pipeline Upland reste à préciser, en fonction de ce que décideront les expéditeurs et les raffineurs du brut. Chose certaine, « un des objectifs d’Énergie Est est de transporter une partie de la production du Bakken », a indiqué M. Bergeron en présentant les sources du pétrole qui coulera d’ouest en est.

     

    Il existe effectivement une forte demande des pétrolières qui exploitent le pétrole américain de la formation géologique de Bakken et qui souhaitent exporter leur production, qui avoisine un million de barils par jour. « Ces producteurs visent d’abord le marché d’exportation », a ainsi souligné au Devoir Jean-Thomas Bernard, professeur au Département de science économique de l’Université d’Ottawa.

     

    Les pétrolières doivent donc pouvoir acheminer leur pétrole vers l’Atlantique. La très forte majorité du pétrole qui sera transporté par le pipeline Énergie Est sera d’ailleurs directement exportée. Dans le meilleur des scénarios actuellement sur la table, pas moins de 900 000 barils transportés chaque jour par le pipeline seraient destinés à l’exportation, soit plus de 80 % du pétrole. D’ailleurs, selon ce qu’a déjà indiqué TransCanada, la multinationale souhaite exporter du brut vers les États-Unis, l’Europe et l’Inde.

     

    Le pétrole exploité dans le Bakken, transporté vers le Canada, puis d’ouest en est pourrait donc en théorie être de nouveau exporté vers les États-Unis. M. Bernard estime aussi qu’une partie de ce pétrole pourrait être raffinée au Canada. Le convoi pétrolier qui a provoqué la tragédie de Lac-Mégantic en 2013 transportait justement du pétrole de la formation de Bakken vers la raffinerie d’Irving, au Nouveau-Brunswick. Mais pour les pétrolières, il est plus intéressant de recourir aux pipelines pour le transport, puisque cela est beaucoup moins coûteux, a fait valoir Jean-Thomas Bernard.

     

    Selon ce qu’on peut lire dans l’« aperçu du projet » Énergie Est préparé par TransCanada en vue des audiences du BAPE, le pétrole de schiste de Bakken est un type de pétrole contenant « une forte proportion » de composés chimiques considérés comme très toxiques, selon la littérature scientifique. Les analyses menées à la suite de la tragédie de Lac-Mégantic dans la rivière Chaudière ont d’ailleurs démontré des impacts majeurs et inédits sur la faune aquatique.













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