Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous

    Le temps des choix, c’est maintenant!

    27 février 2016 | Claude Lafleur - Collaborateur | Actualités sur l'environnement
    Comme individus et consommateurs, nous avons aussi un rôle à jouer, assure le spécialiste des changements climatiques à l’Université Concordia, Damon Matthews, notamment à l’occasion de l’achat d’une automobile.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Comme individus et consommateurs, nous avons aussi un rôle à jouer, assure le spécialiste des changements climatiques à l’Université Concordia, Damon Matthews, notamment à l’occasion de l’achat d’une automobile.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.
    Maintenant que la COP21 a fixé les bons objectifs, l’heure est venue pour nous, collectivement et individuellement, de faire les bons choix pour éviter de subir les conséquences du réchauffement de la planète.
     

    Selon Damon Matthews, spécialiste des changements climatiques à l’Université Concordia, la grande réunion COP21, qui s’est tenue à Paris en décembre dernier, a donné lieu à des résultats aussi étonnants qu’encourageants.

     

    « Je ne m’attendais vraiment pas à ce qu’on adopte 1,5 °C comme cible maximale à ne pas dépasser, dit-il, et je suis ravi du rôle que le Canada a joué dans l’atteinte de ce consensus. »

     

    La conférence de Paris a en effet abouti à un accord engageant l’ensemble des pays à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre afin de limiter le réchauffement de la planète à 1,5 °C tout au plus d’ici 2100.

     

    « Jusqu’à la tenue de cette conférence, même nous, dans la communauté scientifique, on se demandait s’il était possible de viser une cible de 2 °C, remarque le professeur Matthews. Mais le fait qu’on se soit entendus pour viser 1,5 °C montre bien qu’on est tous conscients qu’il ne faut surtout pas atteindre les 2 °C et qu’il vaut même mieux viser plus bas. »

     

    Réchauffement plus rapide dans le Nord qu’à l’équateur

     

    Damon Matthews est l’un des spécialistes de réputation mondiale qui étudient l’impact des émissions de CO2 sur le réchauffement de la planète. Il enseigne au Département de géographie, d’urbanisme et d’environnement de l’Université Concordia.

     

    Son équipe vient de publier une étude qui établit un lien direct entre les émissions totales de dioxyde de carbone et le réchauffement climatique. Elle est même parvenue à calculer l’augmentation des températures à l’échelle régionale. Ainsi, selon ces chercheurs, les températures ont augmenté de 2,4 °C en Amérique du Nord et de plus de 3 °C dans le Grand Nord, alors qu’elles n’ont crû que de 1,8 °C et 1,9 °C en Amérique centrale et en Afrique.

     

    « Selon ces chiffres, résume le chercheur, le réchauffement est rapide dans l’Arctique, mais plus lent dans les régions équatoriales. C’est exactement ce qu’on pensait : les changements se produisent plus rapidement dans l’Arctique qu’ailleurs sur la planète. »
     

    À la croisée des chemins

     

    Le professeur Matthews concède volontiers que l’accord survenu à l’occasion de la COP21 est pour l’instant de « belles paroles ». Il précise même que les efforts promis par chacun des pays ayant participé à la réunion ne permettront pas d’atteindre la réduction du réchauffement planétaire à 2 °C. « Les mesures qu’on prévoit prendre ne nous permettront pas de maintenir la hausse des températures à 2 °C, assure-t-il. C’est dire qu’il faut faire bien davantage. »

     

    La voie à suivre, indique le climatologue, consiste à chercher à bannir toute utilisation des combustibles fossiles. « Cela ne sera possible que si nous prévoyons dès maintenant développer des infrastructures en conséquence », explique-t-il. Par exemple, favoriser systématiquement les infrastructures en transport en commun, les transports électriques, le chauffage et la climatisation au moyen d’énergies non fossiles, etc. « Le problème est complexe, avoue-t-il, et chaque région du globe doit adopter ses propres solutions. »

     

    C’est ainsi qu’il voit pour le Canada une chance exceptionnelle puisque le nouveau gouvernement fédéral prévoit faire d’importants investissements en infrastructures — dans le but premier, notons-le, de stimuler l’économie. « C’est le temps de choisir de développer des infrastructures qui tiennent compte des enjeux des changements climatiques », indique le chercheur.

     

    Et n’oublions pas non plus, ajoute-t-il, que lorsqu’on développe des infrastructures, on fait des choix qui auront des conséquences pour les cinquante prochaines années. Il craint en fait, comme cela arrive fréquemment, qu’on prenne en compte nombre de facteurs, mais pas ceux du réchauffement de la planète. « C’est maintenant le temps d’y penser, dit-il. C’est par exemple le moment de choisir d’électrifier nos transports et de développer les transports en commun… »

     

    De ce fait, pour lui, la construction d’oléoducs vers l’ouest, le sud ou l’est du Canada est un exemple de mauvais choix puisque, justement, il s’agit d’infrastructures qui favoriseront l’utilisation de combustibles fossiles pour les décennies à venir.

     

    Il estime en outre que le Québec a un rôle particulier à jouer, du fait qu’il possède une formidable ressource énergétique non fossile. « Le Québec a toutes les ressources nécessaires pour électrifier les transports et pour mettre fin au chauffage utilisant des combustibles fossiles », fait-il valoir. Qui plus est, on pourrait aussi approvisionner nos voisins qui ne disposent pas de sources d’énergie comme la nôtre et contribuer ainsi à mettre fin à leur dépendance au pétrole. (Mais pour cela, il faudra que nous, comme population, nous acceptions la construction de lignes d’exportation d’électricité.)

     

    « Nous avons un rôle important à jouer dans la lutte contre les changements climatiques », insiste le professeur de l’Université Concordia.

     

    À nous de choisir !

     

    De même, comme individus et consommateurs, nous avons aussi un rôle à jouer, poursuit Damon Matthews, notamment à l’occasion de l’achat d’une automobile.

     

    « Ce n’est pas à moi de dire aux gens quel genre de voiture ils devraient s’acheter, indique-t-il. Par contre, très souvent, dans leurs critères, les gens ne prennent pas en compte l’impact de leurs choix sur l’environnement. »

     

    C’est ainsi que, comme le prix du litre d’essence est bas ces temps-ci, on rapporte que les ventes de véhicules énergivores sont à la hausse ! Pour le professeur Matthews, le prix de ces véhicules est beaucoup trop bas puisqu’il ne tient pas compte des coûts environnementaux qu’ils représentent. « Le gouvernement devrait augmenter substantiellement le prix des véhicules énergivores afin de placer les consommateurs devant un juste choix », dit-il.

     

    « Nous n’avons pas le choix, ou plutôt, nous n’aurons bientôt plus le choix, lorsque les conséquences des changements climatiques se feront sentir, constate Damon Matthews. Nous avons encore le temps de faire les choix judicieux, mais il commence à manquer ! »













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.