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    Anticosti

    Québec assume l’essentiel du risque

    Seule Ressources Québec n’a pas de clause de retrait du projet d’exploration pétrolière

    Échouerie de phoques gris à Anticosti
    Photo: Rapide blanc Échouerie de phoques gris à Anticosti

    Le contrat signé par le gouvernement du Québec pour l’exploration sur l’île d’Anticosti prévoit que le seul autre partenaire à financer les travaux de 100 millions de dollars pourrait se retirer du projet dès cette année, a constaté Le Devoir. Ressources Québec, qui n’a visiblement pas négocié une telle clause, devrait alors injecter des millions de dollars supplémentaires pour achever les forages avec fracturation.

     

    Au moment où les conjectures vont bon train sur la suite des travaux d’exploration pétrolière sur Anticosti, dans un contexte où le gouvernement Couillard semble vouloir mettre un terme au projet, des documents publiés sur le site de dépôt officiel des entreprises SEDAR révèlent des détails de l’entente signée le 31 mars 2014 par le gouvernement péquiste.

     

    En vertu de l’entente qui a créé la Société en commandite Hydrocarbures Anticosti, les entreprises Corridor Resources et Pétrolia ont cédé leurs permis d’exploration à Hydrocarbures Anticosti. Ressources Québec, une filiale d’Investissement Québec, et Saint-Aubin, filiale de la société française Maurel Prom, doivent pour leur part investir un total de 100 millions de dollars dans le but de « démontrer la viabilité commerciale des ressources en hydrocarbures de l’île d’Anticosti pour ensuite les produire ».

     

    Ressources Québec doit injecter 56,7 millions de dollars. Et selon ce que précise un document déposé par Corridor Resources sur SEDAR, la Société d’État lui a aussi versé 13,33 millions de dollars en échange d’une part de l’actionnariat dans Hydrocarbures Anticosti. Saint-Aubin s’est pour sa part engagé à mettre un maximum de 43,3 millions de dollars dans le projet d’exploration.

     

    Une présentation de détails de l’entente publiée le 1er 2014 par Corridor Resources indique toutefois que Maurel Prom « aura le droit de se retirer de la [Société en commandite] après qu’un minimum de 35 millions aura été dépensé pour l’exécution d’un minimum de 15 puits stratigraphiques de même que pour le forage et la stimulation par fractionnement d’un puits ».

     

    La première phase de « sondages stratigraphiques » a été terminée en 2015. Jusqu’à présent, un total de 24 millions de dollars ont été injectés dans les travaux sur l’île, a aussi précisé Investissement Québec dans un courriel. Quant aux forages avec fracturation, trois devraient être menés cet été, si Hydrocarbures Anticosti obtient son certificat d’autorisation du ministère de l’Environnement.

     

    Compte tenu des coûts pour réaliser un forage avec fracturation sur l’île (entre huit et dix millions de dollars), Maurel Prom pourrait décider de se retirer des travaux d’exploration bien avant la fin de l’année. Pour pouvoir exercer son droit de retrait, l’entreprise devra se baser « sur une analyse et une interprétation raisonnable » des résultats atteints à ce moment, précisent les documents disponibles sur SEDAR.

     

    Il n’a pas été possible de connaître les intentions de Maurel Prom, qui n’a pas répondu aux demandes d’entrevue du Devoir la semaine dernière. Cette société française développe des projets liés aux énergies fossiles dans diverses régions du monde. Elle a notamment des intérêts au Gabon, en Namibie et au Myanmar, trois pays gouvernés par des régimes autoritaires.

     

    Davantage de fonds publics

     

    Tout indique que Ressources Québec n’a pas obtenu une clause de retrait sans pénalité, contrairement à Maurel Prom. Le gouvernement détient-il un droit de retrait du contrat ? « Les contrats sont confidentiels », a simplement indiqué le cabinet du ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Arcand. Même son de cloche du côté d’Investissement Québec.

     

    Chose certaine, un retrait de l’entreprise Maurel Prom aurait une incidence financière pour Investissement Québec. Toujours selon les détails de l’entente dévoilés dans un document déposé sur SEDAR, un tel retrait forcerait en effet Ressources Québec à ajouter un montant de 13,26 millions de dollars pour terminer la « phase 1 », soit les forages avec fracturation prévus cette année. Les intérêts de la Société d’État dans Hydrocarbures Anticosti passeraient aussi de 35 % à 50 %.

     

    L’entente signée par le gouvernement de Pauline Marois en 2014 ne se conclut par ailleurs pas cette année. La première phase pourrait bien être suivie d’une deuxième phase, dans le but de confirmer le potentiel commercial d’un éventuel gisement de pétrole et de gaz de schiste sur Anticosti. La décision d’aller de l’avant ou non appartient au conseil d’administration d’Hydrocarbures Anticosti.

     

    Des investissements de 40 à 45 millions de dollars sont prévus pour cette seconde étape, qui pourrait nécessiter le forage de puits supplémentaires et la réalisation d’études de faisabilité. Qui financerait cette nouvelle étape ? En cas de retrait de Maurel Prom, tout indique que le gouvernement du Québec devra injecter davantage de fonds, même si le montant est pour le moins impossible à préciser. Pétrolia et Corridor Resources devraient aussi ajouter des fonds dans le projet.

     

    Si le projet conduit au final au lancement de l’exploitation sur l’île, les partenaires devraient financer le développement au prorata de leur poids dans la Société en commandite. Ressources Québec pourrait toutefois diluer l’actionnariat d’Hydrocarbures Anticosti en cédant des parts à « une entreprise pétrolière de réputation internationale ».

     

    Il faut dire que le seul coût des infrastructures nécessaires pour l’implantation de l’industrie des énergies fossiles sur l’île dépasserait les 10 milliards de dollars. Et la décision d’aller de l’avant ou non avec un projet d’exploitation pourrait devoir être prise avant le déclenchement des prochaines élections québécoises. L’exploitation, qui pourrait débuter dès 2020, se poursuivrait possiblement jusqu’en 2100.

     

    Le gouvernement a toutefois lancé une évaluation environnementale stratégique pour l’île. Certaines de ces études mettent en lumière des risques financiers et environnementaux significatifs liés à l’exploitation de pétrole et de gaz sur l’île d’Anticosti, dont le potentiel demeure pour le moment hypothétique.

     

    Surtout, le gouvernement Couillard a clairement manifesté son opposition à la poursuite des forages avec fracturation sur une île sise en plein coeur du golfe du Saint-Laurent. Pétrolia et Corridor Resources n’ont pas exclu de lancer des démarches judiciaires ou d’exiger des compensations si le gouvernement, qui finance la majorité des travaux sur Anticosti, se retire du projet.













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