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    La situation du béluga du Saint-Laurent s’aggrave

    Les jeunes bélugas sont beaucoup plus nombreux que par le passé à être retrouvés morts.
    Photo: GREMM Les jeunes bélugas sont beaucoup plus nombreux que par le passé à être retrouvés morts.
    Consulter la carte de l'habitat critique du béluga

    Les bélugas retrouvés morts en 2015 étaient surtout des nouveau-nés et des femelles ayant connu des complications mortelles au moment de la mise bas. Une situation jugée très inquiétante, puisqu’elle compromet encore davantage la survie de cette espèce en voie de disparition. Pendant ce temps, le gouvernement fédéral n’a toujours pas désigné l’habitat essentiel du béluga. Une telle désignation, qui va de pair avec des mesures de protection, aurait dû être officialisée il y a plus de trois ans.

     

    Les données produites par Pêches et Océans Canada confirment une tendance aussi lourde et dangereuse pour ces cétacés résidents permanents du Saint-Laurent. Sur les 14 carcasses retrouvées en 2015, six étaient des nouveau-nés, tandis que trois femelles retrouvées étaient mortes à la suite de complications liées à la mise bas, indiquent les chiffres rendus publics lundi par Radio-Canada.

     

    Les autopsies pratiquées par l’équipe du Dr Stéphane Lair, de la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal, ont notamment permis de constater qu’une femelle retrouvée l’été dernier avait subi une rupture de l’utérus. Les autres étaient mortes avant, pendant ou après l’accouchement. C’est le cas d’une femelle retrouvée à la dérive, en juillet 2015, avec un bébé mort coincé dans sa fente génitale.


    Série noire
     

    Quant aux jeunes bélugas, ils sont beaucoup plus nombreux que par le passé à être retrouvés morts. Entre le début des années 1980 et 2007, de zéro à trois carcasses de veaux étaient repêchées chaque année. Ce chiffre a bondi à huit en 2008. Selon ce qu’a précisé au Devoir le président du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins, Robert Michaud, les chercheurs ont aussi recueilli huit jeunes bélugas morts en 2010. En 2012, la situation a pris une tournure encore plus préoccupante, avec 16 décès constatés. Un total de cinq décès de veaux ont également été recensés en 2013, et sept en 2014.

     

    Ces chiffres peuvent sembler faibles, mais pour une population qui se limite à quelques centaines d’individus, les impacts sont dramatiques. Au final, les données indiquent clairement un recul dangereux de la population du Saint-Laurent. Celle-ci ne compterait plus que 880 individus. En fait, depuis que les bélugas bénéficient d’une protection officielle, leur population n’a jamais augmenté. Normalement, une population en santé aurait dû doubler.

     

    « Chaque année qui s’ajoute à cette série noire est un peu catastrophique », résume M. Michaud, qui étudie l’espèce depuis les années 80.


    Menaces multiples
     

    Plusieurs facteurs pourraient expliquer ces mortalités élevées, qui risquent de contrecarrer tout rétablissement de l’espèce, de l’aveu même des chercheurs qui étudient les bélugas depuis plusieurs années.

     

    Le dérangement dont sont victimes les bélugas dans leur habitat estival pourrait peser lourd dans la balance. Il faut savoir que les lieux fréquentés par les bélugas, et notamment les femelles et leurs jeunes, sont soumis à un trafic maritime intense. On peut penser à la navigation commerciale, mais aussi aux plaisanciers, de plus en plus nombreux en période estivale.

     

    Toute cette circulation peut nuire aux animaux en les privant de l’environnement adéquat dont ils ont besoin pour leurs activités quotidiennes, mais aussi pour communiquer. « Le bruit constitue une dégradation de l’habitat », souligne d’ailleurs Robert Michaud.

     

    Or, même si TransCanada a décidé de laisser tomber son projet de port en plein coeur de l’habitat critique de Cacouna, le gouvernement Couillard a fait valoir l’an dernier son intention d’y développer les activités portuaires, dans le cadre de Stratégie maritime. Qui plus est, le projet minier Arianne Phosphate, ainsi que le méga projet d’exportation de gaz naturel Énergie Saguenay, feront augmenter la circulation maritime industrielle en plein coeur du parc marin Saguenay — Saint-Laurent.


    Habitat essentiel
     

    Le hic, c’est que même si le béluga est inscrit sur la liste des espèces en péril, le gouvernement canadien tarde à désigner l’habitat essentiel de l’espèce. Normalement, cela devrait avoir été fait en 2012. Cet habitat comprendrait notamment le secteur de Cacouna et le parc marin du Saguenay — Saint-Laurent.

     

    Il faut savoir que si l’habitat essentiel était officiellement désigné, le gouvernement aurait l’obligation de le protéger, et donc d’évaluer les projets susceptibles de nuire aux bélugas. Robert Michaud estime justement que cette désignation serait en soit un pas dans la bonne direction.

     

    Outre la menace que représente le dérangement continuel des animaux, le recul des glaces dans le golfe pourrait aussi nuire aux femelles gestantes durant les mois qui précèdent la naissance de leurs veaux. Un phénomène qui pourrait d’ailleurs bien prendre de plus en plus d’importance en raison des bouleversements climatiques qui frappent le Saint-Laurent.

     

    Les chercheurs mettent aussi en lumière la nécessité de mieux comprendre les impacts d’une diminution des stocks de harengs, une proie pour les bélugas, mais aussi de l’accumulation de certains agents contaminants dans les animaux.













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