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    Le vélo en perte de vitesse dans le monde

    Selon une étude, l’abandon de la bicyclette dans plusieurs pays en développement menace l’environnement

    En Chine, des milliers de cyclistes subventionnés par l’État ont investi rues et places publiques dès les années 60 et 70. 
    Photo: istock En Chine, des milliers de cyclistes subventionnés par l’État ont investi rues et places publiques dès les années 60 et 70. 

    L’urbanisation et la motorisation massive ont fait chuter de moitié en deux décennies le nombre de vélos dans les pays abritant 75 % de la population, alourdissant ainsi leur empreinte carbone sur la planète.

     

    Selon la première étude mondiale réalisée sur le taux de propriété de bicyclettes par ménages, l’accès à ce mode de transport propre et bénéfique pour la santé a fortement fluctué entre 1989 et 2012.

     

    L’enquête, menée par des chercheurs de l’Université Johns-Hopkins et publiée dans le Journal of Transportation Health, arrive à la conclusion que la part des ménages détenant une bicyclette dans divers pays du monde a globalement diminué au fil des ans.

     

    Les chercheurs ont analysé des données provenant de plus de 1,15 milliard de ménages dans 148 pays. « En rassemblant diverses sources d’information, nous avons produit une base de données qui, nous l’espérons, donnera aux décideurs les informations dont ils ont besoin pour passer à l’action », affirment ces chercheurs de l’Université de Baltimore.

     

    Transports polluants

     

    Si l’on exclut la Chine et l’Inde du portrait mondial, le nombre de ménages détenteurs d’un vélo a chuté de moitié en à peine deux décennies, passant de 60 % en 1989 à 32 % en 2012. C’est notamment le cas dans plusieurs pays d’Asie où le développement urbain s’effectue à un rythme échevelé, sonnant le glas du vélo au profit d’autres modes de transport plus polluants.

     

    Entre 1989 et 2012, une moyenne de 42 % du 1,5 milliard de ménages visés par cette étude mondiale possédaient une bicyclette, ce qui porte à 580 millions le nombre estimé de vélos détenus par des particuliers dans le monde.

     

    C’est en Europe du Nord et en Asie centrale que la proportion de ménages dotés de vélos est la plus élevée. Le plus grand nombre de propriétaires se retrouve toutefois en Inde et en Chine, ces pays abritant à eux seuls le tiers de la population mondiale. Mais ce portrait général cache des mutations plus profondes survenues au fil des dernières décennies.

     

    Au pays de Mao, là où la petite reine était devenue un symbole de l’idéal communiste, des milliers de cyclistes subventionnés par l’État ont investi rues et places publiques dès les années 60 et 70. Mais, au fil des décennies, le nombre de familles détenant un vélo a dégringolé de 97 % en 1992 à 48 % en 2007.

     

    L’enrichissement collectif et la construction d’autoroutes ont poussé des millions de Chinois à abandonner la bécane au profit de la voiture ou de la motocyclette, avec des conséquences désastreuses sur la qualité de l’air extérieur, sur le nombre de décès et d’accidents de la route, ainsi que sur l’inactivité physique, relève l’étude.

     

    Toutefois, les problèmes graves associés à la pollution atmosphérique ont récemment sonné le retour du vélo — notamment électrique —, les derniers chiffres (2009) rapportant que 63 % des ménages chinois auraient renoué avec le deux-roues, un bond de 30 % en quelques années.

     

    L’Europe, la championne

     

    D’un pays à l’autre, la présence de bicyclettes dans les ménages varie considérablement. Ainsi, en 2010, le petit État africain du Burkina Faso, où 84 % des familles avaient accès à une bicyclette, faisait partie du club select des pays « cyclistes », alors que l’Arménie fermait la marche avec à peine 4 % de propriétaires.

     

    Les champions de la bécane demeurent les pays riches que sont les États scandinaves, les Pays-Bas, l’Allemagne, l’Autriche, la Slovénie, où, en 2012, une moyenne de 81 % des ménages possédaient un vélo, avec, seul sur son continent, le Burkina Faso, comptant trois fois plus d’adeptes du moulinet que ses voisins africains.

     

    Ensuite viennent le Canada, les États-Unis, la Chine, l’Argentine, le Brésil, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et plusieurs pays d’Europe, avec 60 % de ménages propriétaires. Le Royaume-Uni, pourtant l’un des pays les plus riches au monde, fait bande à part avec seulement quatre ménages sur dix adeptes du guidon.

     

    Le troisième peloton

     

    La Russie, l’Europe de l’Est et des pays de l’Afrique de l’Ouest figurent dans le troisième peloton, alors que dans 62 pays d’Afrique du Nord, d’Afrique centrale, du Moyen-Orient et d’Asie centrale, la bicyclette est absente du quotidien de 80 % des familles pour toutes sortes de raisons culturelles, politiques et géographiques.

     

    Même si l’étude ne permet pas de tracer un portrait direct précis de l’usage du vélo sur la planète, elle jette un éclairage probant sur le pourcentage de la population mondiale ayant accès à un moyen de transport écologique et bénéfique pour la santé, affirment les chercheurs.

     

    « Tout le monde se concentre sur ce qui se passe maintenant, mais en regardant les données du passé, nous pouvons aussi aider les décideurs à faire des choix plus sensés. Cela peut leur indiquer ce qui a fonctionné ou pas », estime Olufolajimi Oke, auteur principal de l’étude.

     

    Suzanne Lareau, présidente-directrice générale de Vélo Québec, n’est pas étonnée de la tendance observée en Chine, où la voiture est devenue au fil des ans un synonyme de richesse.

     

    « En Chine, la voiture est devenue un rêve, mais un rêve éphémère dont on se mord les doigts aujourd’hui, alors que ce pays fait les frais des pires pics de pollution. C’est un réveil brutal », affirme-t-elle, soutenant par contre que l’usage du vélo est en croissance constante en Amérique du Nord et en Europe.

     

    Selon M. Oke, la surveillance de ces tendances mondiales devrait faire partie des outils choyés par les villes et les États pour élaborer des politiques susceptibles d’améliorer l’état de santé de leurs populations et de réduire leur empreinte carbone.

     

    Selon ces chercheurs, il est pressant d’affiner les recherches pour comprendre les facteurs déterminants dans l’abandon du vélo au profit de l’automobile dans plusieurs pays du monde, notamment pour lutter contre le réchauffement climatique.

    En Chine, des milliers de cyclistes subventionnés par l’État ont investi rues et places publiques dès les années 60 et 70.  En 2010, le petit État africain du Burkina Faso, où 84 % des familles avaient accès à une bicyclette, faisait partie du club select des pays « cyclistes ».












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