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    Le climat, source de conflits armés?

    12 décembre 2015 | Nayla Naoufal - Collaboratrice | Actualités sur l'environnement
    Selon plusieurs, la guerre du Darfour constitue la première guerre climatique. Occasionnant sécheresse et désertification, les changements climatiques y jouent un rôle décisif en exacerbant les disputes entre les éleveurs nomades au Nord et les agriculteurs sédentaires au Sud.
    Photo: Ashraf Shazly Agence France-Presse Selon plusieurs, la guerre du Darfour constitue la première guerre climatique. Occasionnant sécheresse et désertification, les changements climatiques y jouent un rôle décisif en exacerbant les disputes entre les éleveurs nomades au Nord et les agriculteurs sédentaires au Sud.
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    Les changements climatiques sont-ils responsables de certains conflits armés, à commencer par les violences en Syrie ? Plusieurs études mettent en lumière l’influence du dérèglement climatique sur des conflits existants et futurs, mais la prudence s’impose quant aux généralisations hâtives.

     

    Pour le psychologue social Harald Welzer, le lien entre les changements climatiques et l’augmentation de la violence est indéniable. Dans son ouvrage Les guerres du climat : pourquoi on tue au XXIe siècle (2008 pour l’édition initiale allemande), il explique que ce lien « est direct et quasi tangible [dans quelques cas de conflits]. Dans beaucoup d’autres contextes de violence actuelle et future — guerres civiles et endémiques, terrorisme, migrations illégales, conflits frontaliers, troubles et révoltes —, le lien entre effets climatiques et conflits dus à l’environnement n’est qu’indirect », s’exerçant à travers l’aggravation des inégalités entre les communautés et les populations en matière de survie et d’adaptation.

     

    Les changements climatiques provoquent une raréfaction des ressources en eau et une diminution des terres cultivables due à l’érosion et la désertification. Selon Harald Welzer, la baisse de production alimentaire qui en résulte entraîne à son tour des conflits de répartition de ressources à l’intérieur des pays et des migrations massives, source potentielle d’atteintes aux droits de la personne. Welzer affirme que le XXIe siècle « verra non seulement des migrations massives, mais des solutions violentes aux problèmes de réfugiés ; non seulement des tensions dont l’enjeu sera les droits à l’eau et à l’exploitation, mais de véritables guerres pour les ressources ».

     

    Une guerre climatique ?

     

    Tant pour Harald Welzer que pour le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, la guerre du Darfour au Soudan constitue la « première guerre climatique ». Occasionnant sécheresse et désertification, les changements climatiques y jouent un rôle décisif (mais non exclusif), en exacerbant les disputes entre les éleveurs nomades au Nord et les agriculteurs sédentaires au Sud, tous dépendants des ressources en eau pour leur production alimentaire.

     

    Il n’y a toutefois guère de consensus scientifique autour du rôle des changements climatiques dans les guerres. Selon un article dans le Journal of Peace Research (2013) du chercheur en sciences politiques Idean Salehyan, considérer que le dérèglement climatique peut directement causer un conflit armé revient à adopter une vision « déterministe », occultant que les guerres sont causées par un ensemble de facteurs politiques et sociaux.

     

    Abondant dans le même sens, Vesselin Popovski et Kieran G. Mundy soulignent — dans un article de Sustainability Science paru en 2012 — que les changements climatiques ont lieu depuis 30 ans, alors que le nombre de conflits armés a diminué dans le même laps de temps. Pour les deux chercheurs, l’accroissement du nombre de migrants généré par les changements climatiques ne risque pas de provoquer de violence, surtout si des mesures d’adaptation sont planifiées à l’avance.

     

    Simplification excessive

     

    Le rôle des changements climatiques dans la révolution syrienne et l’exacerbation du terrorisme est sur de nombreuses lèvres. Mais pour la chercheuse et journaliste Francesca de Châtel, la crise en Syrie découle surtout « de la sécheresse entre 2006 et 2010, due à une mauvaise gestion de l’eau, à 40 ans de politiques gouvernementales non appropriées et à l’absence de respect de lois telles que la loi de l’eau de 2005 visant la protection des eaux souterraines et des puits et prévoyant des amendes et des peines de prison pour les contrevenants », explique-t-elle en entrevue.

     

    Historiquement, l’économie de la Syrie s’est appuyée sur l’agriculture et sur l’exportation du blé. Mais l’aridité croissante « aurait dû entraîner une remise en question des politiques agricoles et hydriques, chose que le régime bassiste a rendue impossible, poursuit Francesca de Châtel, puisque l’agriculture est un élément clé de son idéologie ».

     

    Francesca de Châtel met en garde contre la « simplification excessive et le sensationnalisme médiatique lié aux impacts dramatiques du climat ». « En ce moment, il y a une tendance chez les décideurs politiques, non seulement en Syrie, mais dans tout le Moyen-Orient, à tout imputer aux changements climatiques, au lieu de porter un regard critique sur les politiques publiques en vigueur. On ne sait pas si le dérèglement climatique a joué un rôle dans le conflit syrien, mais une chose est sûre : si on prend des mesures pour prévenir des crises environnementales comme la sécheresse en Syrie, on peut prévenir les conflits potentiels. »

     

    La plupart des chercheurs s’accordent sur le fait que les changements climatiques, en diminuant les ressources naturelles et en multipliant les inégalités, risquent de contribuer à certaines guerres. Seulement, le phénomène climatique constituerait un facteur, parfois décisif et parfois mineur, parmi plusieurs variables politiques, sociales et économiques. Reste à analyser les connexions entre ces variables et, surtout, à prendre les mesures pour alléger l’impact climatique sur la sécurité.













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