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    Cible

    Le Canada fait le pari de l’ambition

    La ministre McKenna soutient que la hausse des températures doit se limiter à 1,5 °C

    8 décembre 2015 | Alexandre Shields - Avec l’Agence France-Presse | Actualités sur l'environnement
    Photo: Sepp Friedhuber Getty Images

    Dans un sursaut d’ambition qui en a surpris plusieurs, la ministre de l’Environnement, Catherine McKenna, a soutenu à Paris que l’objectif de la lutte contre les bouleversements climatiques devrait être de limiter la hausse en cours à 1,5 °C, comme le réclament une centaine d’États. L’atteinte d’une telle cible exigerait cependant d’éliminer les émissions mondiales de gaz à effet de serre d’ici 2050, ce qui signifierait l’arrêt de mort des projets pétroliers au Canada.

     

    Dans le cadre des négociations de la 21e Conférence des Parties (COP21), la ministre McKenna a signifié dans une rencontre tenue à huis clos que la cible officielle, soit de limiter la hausse globale à 2 °C par rapport l’ère préindustrielle, devrait être un minimum. Elle a notamment souligné qu’un monde caractérisé par un tel réchauffement climatique subirait déjà des impacts majeurs.

     

    Mme McKenna a du même coup appuyé la position défendue par plus d’une centaine d’États vulnérables aux bouleversements du climat, qui réclament que le sommet de Paris reconnaisse la nécessité de freiner la hausse du thermomètre mondial à 1,5 °C. Ils font valoir que la limitation à 2 °C, sur laquelle se basent les négociations en vue d’un accord climatique, exposerait toujours plus d’un milliard de personnes à une hausse catastrophique du niveau des mers, mais aussi aux impacts d’événements climatiques extrêmes, entre autres bouleversements.

     

    Un discours repris lundi par un groupe d’États insulaires. « Si nous sauvons Tuvalu, nous sauverons le monde », a d’ailleurs lancé son premier ministre, Enele Sosene Sopoaga, qui a rappelé l’importance de la mention dans le texte de l’objectif de 1,5 °C, avertissant que « toute hausse de la température au-delà entraînera la disparition totale » de son île.

     

    Spécialiste des négociations climatiques mondiales, Hugo Séguin estime que le changement de ton du gouvernement canadien est significatif. « Ce n’est pas le Canada de l’ancien régime qui parle. Il aurait été impossible d’imaginer au cours des dernières années que le gouvernement du Canada aurait pris une position symboliquement aussi forte », a-t-il souligné lundi.

     

    M. Séguin a toutefois rappelé que la cible de 1,5 °C est déjà présente depuis quelques années dans le cercle des négociations, portée par les États qui subissent déjà les effets concrets des changements climatiques. Selon ce qu’il constate à la COP21, il se pourrait d’ailleurs que cet objectif soit inscrit dans l’accord final. Reste à voir quelle serait la « formulation », qui pourrait se limiter à évoquer le chiffre.

     

    La fin du pétrole

     

    Quelle que soit la place accordée à cette cible de 1,5 °C dans l’accord de Paris, l’atteindre imposerait des efforts très ambitieux pour le Canada, selon Alain Brunel, qui représente à Paris l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique. « Il faudrait imposer un moratoire sur les projets qui favorisent l’expansion de l’exploitation des sables bitumineux, puis cesser leur exploitation le plus rapidement possible », a-t-il résumé.

     

    Même son de cloche du côté de Greenpeace. « Les projets de pipelines, l’exploitation pétrolière sur Anticosti ou les projets de ports pour exporter du pétrole sont complètement incompatibles avec ce que la science nous demande de faire pour démontrer le sérieux de de cet objectif de ne pas dépasser une hausse de 1,5 °C », a expliqué son porte-parole Patrick Bonin, lui aussi présent à la COP21.

     

    En effet, a rappelé M. Bonin, pour espérer atteindre cette cible « nécessaire », la communauté internationale devrait tout mettre en oeuvre pour atteindre une consommation énergétique « 100 % renouvelable » d’ici 2050. Cela vaut d’ailleurs pour le Canada, détenteur des troisièmes réserves pétrolières de la planète.

     

    Pour le moment, les cibles volontaires annoncées par les États présents à Paris placent la Terre sur une trajectoire de réchauffement de 2,7 °C et 3,5 °C. Et sur la période 2010-2030, il est toujours prévu que les émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES) augmenteront de 20 %. D’où l’urgence, selon Patrick Bonin, de revoir rapidement les engagements des pays et d’en « augmenter le niveau d’ambition ».

     

    Négociations ardues

     

    Cette clause de « révision » est d’ailleurs au coeur des négociations en cours cette semaine. L’idée est de réviser à la hausse, et idéalement tous les cinq ans, les cibles de réduction des GES, de façon à corriger la trajectoire climatique afin de ne pas dépasser les 2 °C. Certains plaident pour une révision « avant 2020 », comme le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon.

     

    Point de discorde majeur dans les tractations, des pays comme les États-Unis souhaitent que le futur accord ne répète pas intégralement le concept de « différenciation » entre les pays développés et les pays en développement, comme c’était le cas jusqu’ici. « Il est temps d’en finir avec cette ligne de partage […] qui nous empêche d’avancer », a plaidé le secrétaire d’État américain, John Kerry. Cette façon de faire établit une distinction sur les efforts de réduction de GES, mais aussi sur le financement des mesures d’adaptation aux changements climatiques.

     

    Cette question du financement est d’ailleurs toujours « non résolue », a souligné lundi Hugo Séguin. « On cherche une façon de réaffirmer l’objectif, mais aussi comment on va s’assurer que le montant sera au rendez-vous », a-t-il résumé. La question de « pertes et préjudices » demeure elle aussi entière, les pays riches refusant d’offrir des compensations aux États qui subissent déjà les impacts des bouleversements climatiques.

     

    « C’est une véritable négociation, a dit M. Séguin, avec des points de divergence nombreux et solides. Mais malgré tout, je crois qu’il y aura une entente. L’accord de Paris ne sera pas parfait, mais il y aura un accord. »

     

    Une centaine de ministres travaillent sur un texte de 48 pages adopté samedi, qui contient encore de très nombreuses options à trancher. Le calendrier proposé par le président de la COP21, le ministre français Laurent Fabius, prévoit « une première vision d’ensemble » du texte dès mercredi et sa conclusion jeudi.













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