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    Point chaud

    L’écolo pragmatique

    Loin des idéologies, le polytechnicien Jean-Marc Jancovici dénonce les fausses bonnes solutions de l’écologie

    30 novembre 2015 | Christian Rioux - Correspondant à Paris | Actualités sur l'environnement
    La centrale nucléaire de Saint-Laurent-des-Eaux, en France
    Photo: Guillaume Souvant Agence France-Presse La centrale nucléaire de Saint-Laurent-des-Eaux, en France

    Jean-Marc Jancovici n’est ni un philosophe, ni un sociologue, ni un intellectuel médiatique. Il n’a pas écrit de livre sur l’évolution de l’humanité et la « révolution » écologique. Il ne milite pas non plus dans un groupe de pression. Jean-Marc Jancovici est un ingénieur effacé et un polytechnicien pince-sans-rire d’abord soucieux de résultats. C’est probablement pourquoi il est si peu connu et si peu écouté.

     

    Au moment où s’ouvre la Conférence de l’ONU sur le climat à Paris (COP 21), l’auteur de Dormez tranquilles jusqu’en 2100 et autres malentendus sur le climat et l’énergie (Odile Jacob) ne se fait guère d’illusions. « Il est toujours bon d’entretenir la flamme, mais il ne faut pas se faire d’illusion sur ce que la COP 21 peut produire, dans la mesure où ce ne sont pas les Nations unies qui ont la possibilité d’instaurer des taxes, de décider de la manière de construire des voitures ou de fabriquer des maisons. »

     

    N’allez pas croire que le fondateur du cabinet Carbone 4 et du think tank The Shift Project se désintéresse de cette grande messe écologique. Au contraire, il souhaite que les 147 chefs d’État et de gouvernement réunis à Paris ne relâchent pas leurs efforts et « continuent à entretenir la flamme, car c’est ce qu’ils peuvent faire de mieux ».

     

    L’incohérence des politiciens

     

    Ce dont cet écologiste sceptique se désole surtout, c’est de l’incohérence des décisions des politiciens qui, en croyant faire le bien, font le contraire. Ainsi, saviez-vous que favoriser la voiture électrique dans un pays comme la Chine contribue, dans l’état actuel des choses, à augmenter les émissions de CO2 ?

     

    « Dans le monde, 65 % de l’électricité est produite à partir de combustibles fossiles. Si les voitures électriques étaient également réparties sur la planète, elles feraient donc légèrement augmenter la production de CO2. En Allemagne, c’est à peu près sans effet. En Chine, c’est une façon de passer du pétrole au charbon, mais pas du tout de réduire le CO2. En France et au Canada, la voiture électrique a toute sa place. »

     

    Pour Jean-Marc Jancovici, si l’on veut limiter à deux degrés le réchauffement climatique d’ici la fin du siècle, il faudra faire vite. Or l’auteur déplore l’incohérence des revendications de très nombreux écologistes, finalement plus soucieux de toutes les bonnes causes que de climat. Ainsi, dans nos pays, investir massivement dans les énergies éoliennes et solaires est une façon soit d’empirer les choses, soit de ne rien faire, dit-il.

     

    « La France et le Canada sont des pays des latitudes moyennes où la production d’électricité ne produit pratiquement pas de CO2. Dans un pays qui n’est pas très ensoleillé et où le problème de l’électricité a déjà été résolu en ce qui concerne les émissions de CO2, commencer par s’occuper du développement des énergies renouvelables électriques intermittentes, c’est mettre son argent dans ce qui a le moins d’intérêt pour lutter contre le réchauffement climatique. Ça correspond à un très mauvais arbitrage des priorités. Si on a la lutte contre le réchauffement climatique à coeur, c’est vraiment la chose à ne pas faire. »

     

    Vive le nucléaire !

     

    En 2011, la plupart des écologistes ont salué la décision de l’Allemagne de sortir du nucléaire. Ce fut pourtant une décision catastrophique du point de vue des émissions de gaz à effet de serre, estime Jean-Marc Jancovici. Tout cela pour un pays qui émet environ 10 tonnes de CO2 par personne par an alors que la France n’en émet que 6.

     

    « En Allemagne, les énergies renouvelables se sont substituées à une partie du nucléaire. Ensuite, cela a provoqué sur la place européenne des afflux d’électricité fatals quand il y a beaucoup de vent ou de soleil, obligeant les voisins à augmenter à leurs frais leurs capacités d’interconnexion. Tous ces milliards ont été dépensés pour des résultats nuls en termes de réduction du CO2 ! »

     

    Selon lui, dans des pays comme la France et le Canada, il est beaucoup plus intéressant de « décarboner » le parc de bâtiments en isolant les maisons et de supprimer tout chauffage au gaz et au fioul. Ensuite, affirme-t-il, il faut diminuer rapidement la consommation des véhicules automobiles, quitte à en réduire les performances.

     

    « De ce point de vue, le Canada et l’Europe ne sont pas logés à la même enseigne. Importatrice nette de pétrole, l’Europe fera un gain immédiat en allégeant sa facture de pétrole importé. Mais c’est une mauvaise nouvelle pour le Canada, qui est un exportateur net de pétrole. Tout le problème du Canada, c’est qu’il sera plus facile pour lui de quantifier ses pertes à court terme. Alors qu’il lui sera difficile de quantifier celles qui seront provoquées à long terme parce que, justement, on n’aura pas accepté ces sacrifices. »

     

    Le défi du charbon

     

    Ce n’est toutefois ni en France ni au Canada que se résoudra l’essentiel du problème. C’est en Chine et dans les pays dits émergents. Sait-on par exemple qu’entre 2000 et 2014, la consommation de charbon dans le monde a pratiquement doublé ? Elle a augmenté 35 fois plus que celle du photovoltaïque. Et cette progression se poursuit de plus belle.

     

    « Quand on examine les ordres de grandeur, ce n’est pas avec des panneaux solaires et des éoliennes qu’on supprimera le charbon dans les 30 ans qui viennent. Or, tel est le défi qu’il faudra relever si l’on veut que le réchauffement ne dépasse pas deux degrés d’ici 2100. Pour cela, soyons clairs : il faudra supprimer toutes les centrales à charbon d’ici 30 ans. C’est tout à fait hors de portée du photovoltaïque et de l’éolien. »

     

    Selon Jean-Marc Jancovici, il n’y a que trois façons de se débarrasser rapidement du charbon : le nucléaire, l’hydroélectricité et la séquestration du CO2. « Or, ces trois solutions sont le plus souvent rejetées par les principales associations de défense de l’environnement. »

     

    Il est convaincu qu’en Chine il aurait été préférable de construire quatre centrales nucléaires plutôt que d’inonder des centaines de kilomètres carrés et de déplacer un million de personnes pour construire le barrage des Trois-Gorges. Sans compter les drames sociaux qui en résultent. Bref, la Chine ne supprimera jamais ses centrales au charbon d’ici trois décennies sans construire des dizaines de centrales nucléaires.

     

    Et la COP 21 dans tout ça ? « Souhaitons qu’on évite surtout de parler d’échec et qu’on passe au plus vite à la pratique ».













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