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    Keystone XL

    Le choix du Canada

    On a beaucoup glosé sur les véritables raisons qui ont motivé le président américain Barack Obama à refuser le pipeline Keystone XL, projet de la compagnie TransCanada, qui cherchait ainsi à écouler le pétrole tiré des sables bitumineux de l’Alberta vers le golfe du Mexique. Mais que son choix ait été environnemental ou économique, il y a là des leçons qui doivent être comprises par le nouveau gouvernement Trudeau.
     

    Pour bien des analystes, le plaidoyer sur les changements climatiques livré vendredi dernier par le président américain, Barack Obama, pour justifier son rejet du projet Keystone XL était une façade. En fait, la production américaine de pétrole de schiste est maintenant telle que le besoin d’un recours accru au pétrole albertain n’est tout simplement plus de mise. Les quelque quatre millions de barils de pétrole canadien qui sont présentement envoyés chaque jour aux États-Unis, et qui représentent près de la moitié des importations de pétrole du pays, suffisent à la demande. Nul besoin de plus.

     

    Les plus cyniques noteront qu’il y a d’ailleurs une bonne dose d’hypocrisie de la part de l’administration Obama d’inciter à laisser les carburants fossiles dans le sol, alors que leur propre bonne santé énergétique est due à une exploitation de nouvelles ressources pas beaucoup plus nette que celle des sables bitumineux albertains. Constat qu’on ne met pas en avant quand on veut se présenter comme leader du monde à la conférence de Paris sur les changements climatiques !

     

    Mais même décortiquée de toutes les manières, la décision de M. Obama doit faire réfléchir le nouveau gouvernement Trudeau, qui entretient le flou sur ses intentions énergétiques. Quel avenir ce gouvernement voit-il pour l’exploitation pétrolière ?

     

    Il ne s’agit pas de se passer du pétrole, comme le prétendait samedi Stéphane Dion, nouveau ministre des Affaires étrangères et président du Comité du Cabinet chargé de l’environnement, du changement climatique et de l’énergie, alors qu’il était interviewé par Michel Lacombe à la radio de Radio-Canada. Cet argument, simpliste, ne sert qu’à détourner le débat. Ce qu’il faut savoir, c’est si le gouvernement canadien est d’accord pour que la production albertaine double ou triple afin de pouvoir l’exporter, comme le souhaitent les pétrolières. Leurs projets ne concernent pas notre consommation interne de pétrole, pas plus qu’il n’est question de diminuer la circulation du pétrole par rail pour l’envoyer vers les oléoducs. Il s’agit véritablement de produire plus et d’ajouter de nouvelles voies pour faire transiter cette hyperproduction dont l’explosion défie l’entendement. Est-ce ce que nous voulons ?

     

    D’autant que déjà, des pétrolières déchantent : l’effondrement des prix du pétrole rend plus hasardeuses et coûteuses les nouvelles extractions, et les exigences accrues en matière environnementale font refaire bien des calculs. La compagnie Shell a d’ailleurs décidé, fin octobre, de stopper son projet Carmon Creek, en Alberta, où 80 000 barils de pétrole par jour devaient être extraits.

     

    Le nouveau gouvernement libéral a le choix. Soit il entend entretenir sa cote de popularité, maintenant qu’il a des députés en Alberta, et satisfaire les lobbys en appuyant la production albertaine et sa soif d’exportation — désormais liée au seul projet de pipeline encore sur la table : le très controversé oléoduc Énergie Est qui traversera le Québec. Soit il prend le problème à bras-le-corps et mise sur le développement de sources d’énergies alternatives, en incitant les pétrolières à diversifier leurs activités et à — eh oui ! — laisser du pétrole dans le sol. Mais quelques jours de pouvoir le laissent voir : les libéraux n’auront pas cette audace, qui est pourtant la seule solution réaliste.













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