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Scepticisme

Le premier ministre du Canada avait promis que le Sommet du G8 à Kananaskis se pencherait sur le sort de l'Afrique. Il a tenu parole et, vu le nombre de dossiers chauds sur la scène internationale, Jean Chrétien a accompli là un tour de force. Cela dit, le plan d'action sur lequel se sont entendus les chefs d'État reste vague, trop vague. On y cherche en vain les engagements concrets évoqués au cours des dernières semaines.

Il n'y a rien d'humain qui puisse être considéré parfait, a diplomatiquement laissé tomber le président nigérian Olusegun Obasanjo jeudi, à l'issue de l'annonce des mesures d'aide des Huit à l'Afrique. Comme son collègue sénégalais, Abdoulaye Wade, le président nigérian a insisté sur le fait que le plan représentait un point de départ et non une fin en soi. Il a parfaitement raison. Mais ce «départ» ne contient malheureusement pas d'engagement chiffré. Le premier ministre canadien aurait voulu que ses invités s'engagent à verser à l'Afrique la moitié au moins de l'augmentation du budget d'aide annoncée plus tôt cette année, c'est à-dire six milliards $US d'ici 2006. Mais le président américain n'a pas voulu suivre, de sorte que le communiqué final insiste sur la bonne volonté de chaque pays.

En fait, s'il y a eu un favori cette année, ce n'est pas un pays africain mais plutôt la Russie, dont la politique pro-occidentale, depuis le 11 septembre, a été dûment récompensée ces jours derniers avec une offre de 20 milliards étalés sur dix ans. Ce montant servira à supprimer les armes de destruction massive de l'ex-URSS.

Mais revenons à l'Afrique. Le geste le plus concret prend la forme d'une rallonge de un milliard de dollars d'allégement de la dette des pays les plus pauvres de la planète, dont 22 sur 42 sont africains. Pour le reste, on retrouve dans la déclaration finale un condensé d'initiatives déjà annoncées. En bref, l'engagement est avant tout politique. Le premier ministre Tony Blair a bien résumé la situation en disant que le sommet enverra un message d'espoir au continent.

Les discussions se sont articulées autour du NEPAD, le Nouveau Partenariat pour le développement de l'Afrique, dont l'initiative revient à quatre chefs d'État africains. Le plan cherchait à rompre avec 40 ans d'indépendance fondée sur la mouvance socialiste et le rôle de l'État et avec deux décennies d'aide inefficace. Les hommes politiques africains avaient évalué à 64 milliards la somme nécessaire à la réalisation de leur projet, en aide certes mais aussi en investissements, en commerce et en fonds publics africains. On est loin du compte.

Le NEPAD est inédit parce que, pour la première fois, les dirigeants africains reconnaissaient les ravages d'un leadership souvent médiocre. Ils promettaient de favoriser la «bonne gouvernance» en mettant sur pied un système d'évaluation des régimes africains. Voilà une promesse intéressante, dont il faut espérer qu'elle se concrétisera. Car, il faut bien le dire, jusqu'à présent, l'acceptation plus ou moins tacite de régimes corrompus a été plus fréquente que leur dénonciation. Le Zimbabwe en fournit une excellente illustration. Combien de gouvernements ont dénoncé la violence et la fraude électorale ayant marqué, en mars dernier, la réélection de Robert Mugabe?

Mais ce sont les pays du G8 qui soulèvent aujourd'hui le plus grand scepticisme. Ces derniers se disent prêts à encourager l'investissement privé en Afrique. Soit. Mais n'oublions pas que l'entrée de l'Afrique dans la grande ronde libre-échangiste restera illusoire si des efforts colossaux ne sont pas d'abord consentis en santé et en éducation.

Dans ces deux secteurs, les chefs d'État des pays riches ont réitéré leur volonté d'aide mais sans accompagner leurs belles paroles d'engagements financiers. Ainsi, ils continueront à soutenir le Fonds mondial de lutte contre le sida. Ils continueront de souhaiter que les enfants du continent noir aient accès à l'école primaire d'ici à 2015. On peut rêver.

Le premier ministre canadien s'est pour sa part engagé à éliminer les tarifs sur la plupart des importations provenant des 48 pays les moins avancés, dont 34 sont africains. Voilà un minimum de cohérence, dont on aurait souhaité qu'il soit imité par les autres membres du G8. Il est particulièrement décevant de constater que les États-Unis et la France, pour ne nommer que ceux-là, ne sont pas prêts à réduire leurs subventions aux agriculteurs. Comment peut-on affirmer vouloir aider l'Afrique et en même temps rendre plus difficile l'accès des produits africains dans son pays?

Le président français, qui sera l'hôte du prochain sommet, l'an prochain, a déclaré que l'Afrique y serait au menu. D'ici là, les organisations représentant la société civile devront continuer de faire pression pour que le sort du continent le plus démuni de la planète devienne réellement une préoccupation centrale, une obsession. Pour l'heure, on est loin du compte.
 
 
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