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    Feu vert à Enbridge

    Les municipalités prises de court

    Au départ, 270 000 barils seront transportés chaque jour dans l’oléoduc 9B. Dans deux ans, le volume quotidien pourra être porté à 300 000 barils.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Au départ, 270 000 barils seront transportés chaque jour dans l’oléoduc 9B. Dans deux ans, le volume quotidien pourra être porté à 300 000 barils.

    Au moment où l’Office national de l’énergie autorise Enbridge à faire couler chaque jour 270 000 barils de pétrole brut vers Montréal dans son pipeline 9B, plusieurs municipalités de la région n’ont toujours pas de plan d’urgence en cas de déversement. Qui plus est, le comité qui doit permettre de coordonner les interventions sur le terrain vient à peine d’entamer ses travaux.

     

    L’idée d’acheminer du pétrole de l’Ouest jusqu’au Québec a beau être connue depuis plus de trois ans, la MRC de Vaudreuil-Soulanges ne sait toujours pas ce qui se passera si ce tuyau vieux de 40 ans laisse fuir du brut. « Nous attendons toujours les plans de mesure d’urgence en milieu terrestre et aquatique qui répondent aux normes de la MRC de Vaudreuil-Soulanges. C’est totalement inacceptable », a déploré jeudi Jean A. Lalonde, préfet de cette MRC de 23 municipalités et maire de Très-Saint-Rédempteur.

     

    « Comment un organisme fédéral peut-il approuver un tel projet alors qu’Enbridge est incapable de fournir un plan d’intervention spécifique ainsi qu’un temps d’intervention précis pour protéger nos prises d’eau potable municipale ? » a-t-il ajouté.

     

    La question de la protection de l’eau est effectivement bien présente, puisque le pipeline 9B traverse la rivière des Outaouais, mais aussi celle des Mille-Îles et celle des Prairies. Et en cas de rupture à un point de traversée d’un cours d’eau, il faudrait « un maximum de 13 minutes » pour stopper le déversement, a précisé jeudi Jacques Bérubé, directeur de la sécurité publique de Terrebonne.

     

    Cela signifie que lorsque le pipeline 9B transportera 300 000 barils de pétrole chaque jour, dans deux ans, le contenu de 2708 barils pourrait s’écouler en 13 minutes. Cela équivaut à 430 625 litres. Une étude produite par la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) en vue d’évaluer les impacts d’un déversement lié au projet Énergie Est concluait aussi qu’un déversement dans la rivière des Outaouais menacerait 26 prises d’eau potable.

     

    Plan et comité

     

    Appelé à commenter les risques évoqués par plusieurs intervenants jeudi, l’Office national de l’énergie (ONE) s’est toutefois voulu rassurant. Des mesures de sécurité ont été exigées d’Enbridge pour les traversées des cours d’eau, en plus d’un plan « obligatoire » de mesures d’urgence. L’ONE a aussi indiqué au Devoir que la pétrolière bénéficie de 12 mois pour présenter une « analyse » qui doit permettre de statuer sur la pertinence d’installer des valves de sécurité supplémentaires le long du pipeline.

     

    Est-ce que le ministère de l’Environnement du Québec a exigé d’Enbridge la mise en place de plans d’urgence pour les municipalités et pour les traversées de cours d’eau ? Ni le cabinet du ministre David Heurtel ni le service de relations avec les médias du ministère n’ont répondu aux questions du Devoir.

     

    Enbridge a toutefois assuré qu’elle a mis en place un « plan intégré des mesures d’urgence » pour l’ensemble du tracé du pipeline 9B. La pétrolière a également déposé « un plan d’action des interventions d’urgence » à l’ONE. Les mises à jour de ce plan doivent aussi être « expédiées à tous les organismes municipaux de premiers répondants et [au] gouvernement du Québec afin de recueillir leurs commentaires et les intégrer dans les nouvelles versions ».

     

    L’entreprise participe en outre aux activités du « comité mixte » auquel siège l’ONE, l’unité de Vigilance Québec sur les hydrocarbures et la CMM. Ce comité, mis sur pied dans le but de coordonner la préparation des mesures d’urgence et les interventions sur le terrain, ne s’est toutefois réuni qu’une seule fois, le 23 septembre dernier.

     

    La CMM s’attend néanmoins à ce qu’elle puisse se déclarer satisfaite des plans d’intervention avant qu’Enbridge remette en service son pipeline. Dans une lettre qu’il avait fait parvenir au maire Coderre en avril dernier, son p.-d.g, Al Monaco, s’était en effet engagé à respecter les demandes de la CMM en matière de sécurité. Mais dans les faits, la pétrolière pourrait aller de l’avant sans l’aval de la CMM, a-t-on admis jeudi.

     

    Zone scolaire

     

    À Laval, à Mirabel et à Terrebonne, on a dit jeudi avoir en main des plans en cas d’incident ou d’accident majeur lié au transport de pétrole, une matière dangereuse. Mais à Terrebonne, Jacques Bérubé a indiqué que l’élaboration du plan développé avec Enbridge est toujours « en cours ». Il a également souligné que le pipeline 9B pourrait transporter « neuf types de produits différents » une fois l’inversion complétée. « C’est une nouveauté pour nous », a ajouté M. Bérubé, qui oeuvre dans le domaine depuis plusieurs années. Selon lui, une telle situation impose d’obtenir « une expertise plus poussée en cas d’intervention ».

     

    La Commission scolaire des Affluents, à Terrebonne, a en outre dit ne jamais avoir été mise au fait du projet d’Enbridge. Une école de cette commission scolaire est pourtant située à moins de 100 mètres du pipeline, en pleine zone résidentielle. Dans ce secteur, le tuyau passe littéralement dans la cour des citoyens. Même chose pour le CPE Gamin Gamine, à Terrebonne, mais aussi pour le centre d’amusement L’Astuce, qui organise des fêtes pour enfants.

     

    Enbridge n’a pas encore annoncé quand le pétrole de l’Ouest coulera vers Montréal. Au départ, 270 000 barils seront transportés chaque jour dans ce tuyau mis en terre en 1975. Dans deux ans, le volume pourra être porté à 300 000 barils chaque jour. Jusqu’à présent, la quantité maximale qui pouvait être transportée se situait à 240 000 barils. Mais ce pipeline était sous-utilisé depuis plusieurs années.













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