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    Golfe du Saint-Laurent

    Du pétrole convoité… mais hypothétique

    Un déversement dans le secteur d’Old Harry menacerait tout l’est du golfe du Saint-Laurent, mais aussi les îles de la Madeleine.
    Photo: Alexandre Shields Le Devoir Un déversement dans le secteur d’Old Harry menacerait tout l’est du golfe du Saint-Laurent, mais aussi les îles de la Madeleine.

    Même si politiciens et partisans des énergies fossiles vantent fréquemment le pactole pétrolier qui dormirait sous le lit du golfe Saint-Laurent, dans le secteur Old Harry, les données scientifiques disponibles démontrent plutôt que le potentiel évoqué est hautement spéculatif.

     

    L’étude Géologie et potentiel en hydrocarbures des bassins sédimentaires du sud du Québec menée dans le cadre de l’évaluation environnementale stratégique sur les hydrocarbures estime en fait le potentiel pétrolier à environ 100 millions de barils. Mais ce chiffre vaut pour tout le bassin de Madeleine, un très vaste territoire marin qui regroupe toute la partie sud du golfe du Saint-Laurent, côté québécois.

     

    La synthèse scientifique réalisée pour le ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles précise en outre que ce potentiel est un chiffre « médian », c’est-à-dire que les chances qu’il existe bel et bien sont de 50 %. « Très peu de données de forage sont disponibles pour permettre d’apprécier le véritable potentiel de la partie québécoise du bassin de Madeleine », notent aussi les deux chercheurs de l’INRS qui ont rédigé ce rapport remis il y a quelques mois au gouvernement.

     

    Dans le cas de la structure sous-marine d’Old Harry, où aucun forage n’a été réalisé à ce jour, « les volumes d’hydrocarbures en place qui sont proposés doivent être considérés comme hautement spéculatifs ». Au fil des ans, plusieurs chiffres ont été avancés. En règle générale, les partisans d’une éventuelle exploitation pétrolière en milieu marin avancent le chiffre de deux milliards de barils. Certaines estimations menées par des firmes du secteur pétrolier ont mentionné le chiffre de cinq milliards dans ce secteur, situé à 80 kilomètres des îles de la Madeleine.

     

    « Si plusieurs indicateurs géologiques et géophysiques tendent à confirmer la présence d’hydrocarbures dans cette structure, la possibilité que d’importants volumes de pétrole soient présents ne s’accorde pas avec les modèles régionaux établis pour le bassin de Madeleine », souligne toutefois le texte de l’étude.

     

    Qui plus est, il se pourrait bien que le potentiel en énergie fossile du bassin de Madeleine soit essentiellement en gaz naturel. Selon l’analyse des chercheurs de l’INRS, la charge en hydrocarbures de cette région maritime « est vraisemblablement dominée par le gaz naturel ». Des forages réalisés au cours des dernières décennies dans le golfe ont permis de détecter la présence de gaz, mais jamais de pétrole.

     

    Le mythe Old Harry

     

    Pour le porte-parole de Coalition Saint-Laurent, Sylvain Archambault, les résultats de l’étude viennent « jeter un pavé dans la mare » et démontrent clairement que « le pétrole d’Old Harry ressemble à un mythe ».

     

    M. Archambault rappelle que l’entreprise Corridor Resources, qui détient les permis pour le secteur d’Old Harry, n’a toujours pas trouvé de financement pour réaliser un premier forage exploratoire. Selon lui, si le potentiel pétrolier était réel, un géant de l’industrie se serait déjà montré intéressé.

     

    Mythe ou non, le pétrole du golfe intéresse le gouvernement Couillard. Ce dernier a franchi en juin une étape cruciale en vue de l’ouverture du golfe du Saint-Laurent à l’exploration pétrolière en déposant le projet de loi qui permet de concrétiser la « gestion conjointe » du dossier avec le fédéral.

     

    Une évaluation environnementale stratégique menée à la demande du gouvernement Charest, et passée relativement sous silence, concluait pourtant qu’il demeure « plusieurs lacunes » dans l’état actuel des connaissances sur le golfe. Les carences concernent les technologies d’exploration et d’exploitation, les composantes des milieux physique, biologique et humain, ainsi que les « effets environnementaux potentiels des activités d’exploration et d’exploitation, ainsi que des déversements accidentels ».

     

    Le document mettait en lumière l’incapacité à répondre à une éventuelle marée noire. De plus, les données manquent pour bien évaluer le mouvement et les aires de fréquentation des espèces menacées. Bref, « plusieurs données factuelles précises ne sont actuellement pas disponibles », ce qui ne permet pas de mesurer les véritables impacts environnementaux, même au moment de l’exploration.

     

    Un déversement provoqué par l’exploitation pétrolière maritime dans le secteur d’Old Harry menacerait tout l’est du golfe du Saint-Laurent, mais aussi les îles de la Madeleine, concluait l’an dernier la première étude scientifique indépendante sur le sujet.

     

    Les pêcheurs des cinq provinces des maritimes réclament un moratoire complet sur « toute activité de développement pétrolier » dans le golfe. Ils exigent aussi la tenue d’une « étude environnementale complètement indépendante » sur la question.













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