Les engagements des États sont toujours «insuffisants»
L’implication de tous les pays est cruciale, insiste le commissaire européen chargé du Climat, Miguel Arias Cañete
À moins de quatre mois de la conférence cruciale de Paris sur le climat, les engagements des États en matière de réduction des gaz à effet de serre sont toujours insuffisants pour faire face à la crise climatique, affirme le commissaire européen chargé du Climat, Miguel Arias Cañete. Un constat qui intervient alors que la planète vient de battre de nouveaux records de chaleur.
« Je suis convaincu que nous parviendrons à un accord à Paris, mais j’ai des doutes sur le niveau d’ambition, a-t-il confié dans une entrevue à l’Agence France-Presse. Il faut des engagements de réduction des émissions importants. Or, les contributions actuelles, qui couvrent plus de 60 % des émissions mondiales, sont insuffisantes et ne permettent pas de limiter à 2 °C le réchauffement. »
Miguel Arias Cañete n’évoque pas clairement un échec à Paris, en décembre, mais il plaide pour des cibles nettement plus ambitieuses et en phase avec ce que la lutte contre les bouleversements climatiques exigerait. « Il faut un objectif de réduction des émissions à long terme, d’au moins 60 % en 2050 par rapport aux niveaux de 2010, et plus aucune émission en 2100 », souligne-t-il.
Une telle cible, très loin de la trajectoire actuelle des émissions mondiales, qui sont plutôt à la hausse, est similaire à ce que préconise le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).
États absents
Le hic, note le commissaire européen chargé du Climat, c’est que plusieurs États n’ont toujours pas soumis leurs engagements en vue de la rencontre de Paris. Cela signifie que le portrait global des réductions de gaz à effet de serre qui pourraient se concrétiser demeure difficile à dresser. « Pour que Paris soit un succès, nous avons besoin que tous les grands émetteurs soient impliqués, insiste Miguel Arias Cañete. Il faut que les pays importants du G20 que sont le Brésil, l’Argentine, l’Inde, l’Indonésie, l’Arabie saoudite, l’Afrique du Sud et la Turquie soumettent sans attendre leurs contributions. »
Pour le moment, 53 États, dont les États-Unis et la Chine, ont à ce jour soumis leurs contributions. Plus de 130 autres doivent encore le faire. Ils ont en théorie jusqu’au 1er octobre pour le faire. Parmi ceux-ci, on retrouve plusieurs pays qui pèsent peu dans la balance mondiale, mais aussi de gros émetteurs, comme l’Inde. Le deuxième pays le plus peuplé de la planète est fortement dépendant du charbon.
Un rapport publié au début du mois de juin révélait déjà que les engagements de réduction des gaz à effet de serre pris jusqu’à présent par les États en prévision de la conférence de Paris ne permettraient en rien de freiner les bouleversements climatiques. En calculant les « contributions nationales » annoncées depuis le début de 2015, l’organisme scientifique Climate Action Tracker en est venu à la conclusion suivante : si elles sont respectées, les cibles déjà connues devraient repousser l’atteinte d’une hausse de 2 °C, par rapport à l’ère préindustrielle, d’à peine deux ans.
Le groupe indépendant estime ainsi que la planète atteindra le réchauffement maximal souhaité par la communauté internationale pour le présent siècle dès 2038. D’ici la fin du siècle, le réchauffement risque ainsi de dépasser les 3 °C à 4 °C. Un tel scénario déclencherait des « changements cataclysmiques » pour l’ensemble de la vie sur Terre, selon la Banque mondiale. « Ce monde serait tellement différent de celui dans lequel nous vivons qu’il est difficile de le décrire », selon son président, Jim Yong-kim.
D’ailleurs, serait-ce un nouveau signe du réchauffement planétaire en cours ? Toujours est-il qu’à quelques mois du rendez-vous politico-climatique de Paris, l’Agence américaine océanique et atmosphérique (NOAA) a publié mercredi des données qui démontrent que juillet et les sept premiers mois de 2015 ont été les plus chauds jamais enregistrés à la surface du globe depuis le début des relevés de températures en 1880.
Non seulement juillet a-t-il battu un record de chaleur sur la Terre pour ce mois depuis plus d’un siècle, mais « la température y a également été au plus haut de tous les mois pour la période 1880-2015 », a souligné la NOAA dans un communiqué.






