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    Énergie Est

    Une autre baleine menacée sur la route de TransCanada

    La baleine noire est mal adaptée à l’activité humaine et a de la difficulté à éviter les bateaux.
    Photo: René Roy La baleine noire est mal adaptée à l’activité humaine et a de la difficulté à éviter les bateaux.

    Un nouveau rapport met en lumière les risques associés au projet Énergie Est. Cette fois, le Conseil de la conservation du Nouveau-Brunswick évoque les menaces environnementales et économiques pour la baie de Fundy, mais aussi pour la baleine noire. TransCanada réplique en accusant les écologistes de vouloir utiliser, comme à Cacouna, une espèce menacée de disparition pour s’opposer à l’exportation de pétrole albertain.

     

    Selon les plans de TransCanada, la vaste majorité du pétrole qui sera transporté dans le pipeline se rendra jusqu’à Saint John, au Nouveau-Brunswick. La chose sera d’autant plus vraie si aucun port n’est construit au Québec. Si tel est le cas, tous les navires chargés de ce pétrole des sables bitumineux partiront de la baie de Fundy. La multinationale prévoit d’ailleurs d’y construire un port.

     

    Un tel accroissement du transport, à raison de 230 passages par année selon TransCanada, fera peser des menaces sérieuses sur la région, selon le Conseil de la conservation. Selon ce qui se dégage de son rapport publié mercredi, intitulé « Un trafic pétrolier et des boulettes de goudron : ce que l’oléoduc Énergie Est signifie pour la baie de Fundy et le golfe du Maine », on redoute en fait le pire.

     

    Le groupe environnemental estime ainsi que toute l’industrie de la pêche, qui génère pas moins de 5000 emplois, serait à risque en cas de déversement pétrolier. Même chose pour l’économie liée au tourisme, un moteur économique important pour le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse et l’État du Maine.

     

    Qui plus est, le Conseil de la conservation estime qu’il serait ardu d’intervenir en cas de marée noire, notamment en raison de l’importance des marées dans la baie de Fundy et des nombreux épisodes de brouillard. Le Canada ne possède pas, à l’heure actuelle, de capacité d’intervention en cas de déversement important.

     

    Baleines noires en péril

     

    Le rapport insiste en outre sur les risques d’une hausse marquée de la circulation maritime industrielle pour une espèce désignée « en voie de disparition » en vertu de la Loi sur les espèces en péril du Canada : la baleine noire de l’Atlantique Nord.

     

    Première à avoir été décimée par la chasse, cette espèce de baleine ne compte plus que 500 individus. Selon les données de Pêches et Océans Canada, pas moins des deux tiers de la population se rassemblent dans la baie de Fundy en été. Or, elle est très mal adaptée à l’activité humaine, puisqu’elle nage souvent en surface, où elle se nourrit et socialise, en plus d’avoir de la difficulté à éviter les navires.

     

    La baleine noire est donc particulièrement vulnérable aux collisions, principale cause de mortalité chez cette espèce. Et près de 10 % des adultes ont des blessures provoquées par des hélices de navires.

     

    Qui plus est, comme tous les cétacés, elle communique essentiellement par le son. La pollution sonore générée par des pétroliers est donc susceptible de nuire sérieusement aux baleines, selon les conclusions du rapport. D’autres travaux scientifiques ont déjà mis en lumière les nuisances majeures provoquées par le bruit, notamment chez les bélugas du Saint-Laurent.

     

    En clair, disent les écologistes, le projet Énergie Est devrait augmenter les risques de collisions, mais aussi la pollution sonore dans un habitat essentiel pour la baleine noire. Or, en vertu de la Loi sur les espèces en péril, le gouvernement fédéral a l’obligation légale de protéger cet habitat.

     

    Retour à Cacouna

     

    Le porte-parole de TransCanada, Tim Duboyce, a répliqué mercredi en accusant le Conseil de la conservation du Nouveau-Brunswick de vouloir faire un parallèle avec le projet de port de Cacouna. « On tente de faire une comparaison entre les baleines noires dans la baie de Fundy et les bélugas du Saint-Laurent, mais les deux situations sont totalement différentes », a-t-il dit.

     

    Il est vrai que le port ne sera pas construit en plein coeur de l’habitat critique, puisqu’il sera situé à Saint John. Reste que les pétroliers devront sortir de la baie de Fundy. Mais dans le but de réduire les risques que des baleines noires soient tuées par des navires, les routes de navigation dans la baie ont été déplacées de 7,4 kilomètres depuis une dizaine d’années. Elles longent tout de même la zone de forte concentration des animaux. Auparavant, elles la traversaient plus directement.

     

    Par ailleurs, le rapport du Conseil de conservation souligne que d’autres projets industriels en développement devraient provoquer une hausse du nombre de navires dans la zone, dont un projet d’exportation de gaz naturel liquéfié. L’organisme demande donc à Pêches et Océans Canada d’évaluer les impacts de la pollution sonore sur les mammifères marins dans la baie de Fundy.

     

    La pire menace à venir pour la baleine noire pourrait toutefois provenir des États-Unis. Le président Barack Obama a en effet annoncé plus tôt cette année son intention d’ouvrir la côte est américaine à l’exploration pétrolière en mer, y compris en utilisant des levés sismiques.

     

    De telles opérations seront notamment autorisées dans les eaux au large de l’État de la Géorgie. Or, les baleines noires utilisent une partie de cette région pour mettre bas, mais aussi pour passer les premières semaines avec les nouveau-nés. Une situation qui n’est pas sans rappeler la pouponnière des bélugas du Saint-Laurent, située à Cacouna.













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