Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous
    Mine Arnaud

    Sept-Îles laissée en plan par Québec

    Le maire de Sept-Îles, Réjean Porlier
    Photo: Lawrence Côté-Collins Le maire de Sept-Îles, Réjean Porlier
    Le gouvernement Couillard est prêt à injecter plus de 100 millions de dollars de fonds publics dans le projet Mine Arnaud dans le cadre de la relance de son Plan Nord. Mais selon ce qu’a appris Le Devoir, Québec refuse d’aller rencontrer les citoyens de Sept-Îles pour leur expliquer en quoi la future mine à ciel ouvert, jugée inacceptable par le BAPE, est devenue un exemple de développement durable. Pendant ce temps, les travaux préliminaires ont déjà débuté sur le terrain.  


    Le maire de la ville, Réjean Porlier, ne mâche pas ses mots lorsque vient le temps de décrire l’attitude du gouvernement dans la gestion du dossier Mine Arnaud, qui divise la population. Il se sent carrément abandonné depuis l’annonce du feu vert au controversé projet, en mars. « C’est un dossier chaud chez nous, qui mérite qu’on fasse preuve de transparence. Mais j’ai l’impression qu’on nous laisse à nous-mêmes, qu’on nous dit “ débrouillez-vous avec vos affaires  », déplore-t-il en entrevue au Devoir.

     

    M. Porlier a pourtant tenté à plusieurs reprises d’obtenir du ministère de l’Environnement qu’il tienne une « rencontre publique d’information » à la suite de la délivrance du décret favorable au mégaprojet de mine à ciel ouvert. Sa demande est d’ailleurs très claire : il souhaite que les experts du ministère qui ont analysé le dossier viennent répondre aux nombreuses questions que les Septiliens se posent au sujet de Mine Arnaud.

     

    « Le gouvernement devrait venir nous dire : “ nous avons travaillé pour rendre le projet acceptable et voilà pourquoi ”. C’est une question de crédibilité, de cohérence et de transparence, insiste M. Porlier. Il faut que les citoyens puissent comprendre les éléments qui ont mené au décret d’autorisation. Après tout, nous partions d’un BAPE qui avait jugé le projet inacceptable et qui demandait de nouvelles études. »

     

    Le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) avait en effet publié un rapport très sévère en février 2014. Le document relevait plusieurs lacunes touchant notamment les risques environnementaux et pour la santé publique, mais aussi la gestion des résidus miniers et même la viabilité économique du projet d’exploitation d’apatite. Il constatait « l’absence d’un consensus social et la polarisation de la population septilienne ».

     

    Demande rejetée

     

    Une première demande officielle de rencontre publique a donc été envoyée au ministre du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MDDELCC), David Heurtel, le 25 mars. La réponse du cabinet a été envoyée au maire le 14 mai. Le bureau du ministre y proposait une simple rencontre avec les élus municipaux et la Chambre de commerce de Sept-Îles, un organisme favorable à Mine Arnaud.

     

    « Je les ai rappelés en leur disant que ce n’est pas ce que je voulais, explique Réjean Porlier. Je ne veux surtout pas nous soyons obligés de nous transformer en experts pour répondre aux questions. Ce sont les experts du ministère qui devraient y répondre, dans le cadre d’une rencontre publique. S’ils ne sont pas en mesure de le faire, je crois qu’il y aurait un problème. »

     

    Le conseil municipal a aussi adopté, le 25 mai, une résolution réclamant clairement au MDDELCC qu’il organise une telle rencontre. Selon les élus de Sept-Îles, celle-ci serait nécessaire pour « informer et permettre à la population de comprendre ce qui a rendu le projet acceptable aux yeux du ministère ».

     

    Cette résolution a même été envoyée au ministre Heurtel avec une lettre signée de la main de M. Porlier. « Je m’explique mal que cet exercice de transparence, un élément clé de l’acceptabilité sociale, soit si compliqué à mettre en place, écrit-il dans sa missive. Il est vrai que dans les discours des ministres qui ont fait l’annonce du décret, l’acceptabilité sociale semblait déjà acquise, mais dans la réalité et dans l’esprit de plusieurs, il reste des explications à venir. »

     

    Le cabinet de M. Heurtel a refusé d’acquiescer à cette nouvelle requête de la Ville de Sept-Îles. Selon ce que fait valoir M. Porlier, les échanges survenus par la suite avec le cabinet du ministre de l’Environnement ont permis de confirmer qu’aucune rencontre publique n’aurait lieu.

     

    Questions par courriel

     

    C’est aussi la teneur des informations fournies au Devoir par l’attachée de presse adjointe de David Heurtel, Marie-Catherine Leduc. Dans une réponse transmise par écrit, elle précise que « la procédure d’évaluation et d’examen des impacts sur l’environnement a prévu deux périodes destinées au public ». Celles-ci ont eu lieu en 2013 et ont été menées par le BAPE avant et pendant les audiences publiques sur le projet.

     

    Mme Leduc indique en outre qu’au moment de l’annonce du décret, « les fonctionnaires du ministère ont procédé à un briefing technique aux élus ». Qui plus est, « un document synthèse regroupant les conditions et engagements du promoteur à l’intention de la population a été rendu public ». D’autres documents sont disponibles directement sur le site Web de Mine Arnaud.

     

    Selon ce qu’a fait valoir le ministre de l’Environnement au moment de l’annonce du décret, le promoteur a pris 17 engagements afin de répondre aux très nombreuses lacunes inscrites dans le rapport du BAPE. Québec a aussi ajouté 11 « conditions spécifiques » dans le décret. Celles-ci concernent les impacts sociaux et environnementaux du projet.

     

    Le cabinet de M. Heurtel souligne enfin que « les citoyens peuvent envoyer leurs questions au ministère ». Une réponse qui ne satisfait pas Réjean Porlier. « Des gens me disent qu’ils ont envoyé des questions pour lesquelles ils n’ont pas encore reçu de réponses. Est-ce qu’on va se retrouver avec des gens qui n’auront jamais de réponses à leurs questions ? »

     

    Mine Arnaud compte exploiter pendant 30 ans un gisement d’apatite, un minerai destiné à la fabrication d’engrais. La fosse de la mine située tout près de la baie de Sept-Îles atteindra une longueur de 3700 mètres et une largeur de 800 mètres. Une butte-écran de plus de 40 mètres de hauteur sera aussi construite du côté sud de la fosse. Ce sera la plus grande mine à ciel ouvert jamais exploitée en milieu habité au Québec.













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.