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    Climat

    Le pape jette un pavé dans la mare

    François publie un texte très critique qui appelle les riches à payer leur « dette écologique »

    19 juin 2015 | Jean-Louis De La Vaissière - Agence France-Presse à Cité du Vatican | Actualités sur l'environnement
    Dans son encyclique intitulée « Laudato si », le pape François a opté pour un ton très concret et très politique que lui a notamment reproché la droite américaine.
    Photo: Alberto Pizzoli Agence France-Presse Dans son encyclique intitulée « Laudato si », le pape François a opté pour un ton très concret et très politique que lui a notamment reproché la droite américaine.

    Le pape François a exhorté jeudi les gouvernements à agir vite pour sauver la planète, menacée de destruction par le réchauffement climatique et le consumérisme, dans une encyclique en forme de manifeste très politique contre l’indifférence des nantis.

     

    Tout au long des 187 pages de cette première encyclique sur l’environnement, très attendue avant la conférence sur le climat de Paris (COP21) en décembre, le pape prend la défense des plus pauvres, qu’il cite à 51 reprises.

     

    Il désigne sans ambiguïté l’homme comme étant le « principal responsable » du réchauffement, « l’un des principaux défis actuels de l’humanité », balayant l’opinion des climatosceptiques pour lesquels il a surtout des causes naturelles.

     

    « La soumission de la politique à la technologie et aux finances se révèle dans l’échec des sommets mondiaux sur l’environnement », écrit aussi Jorge Bergoglio dans cette « lettre circulaire » (encyclique), au ton très concret et incendiaire à l’encontre des puissances d’argent, accusées de saboter le bien commun.

     

    Le président français, François Hollande, qui présidera la conférence de Paris, a souhaitéque la « voix particulière » du pape soit « entendue sur tous les continents, au-delà des seuls croyants », saluant « cet appel à l’opinion publique mondiale comme à ses gouvernants ».

     

    « J’admire profondément la décision du pape d’appeler à l’action sur le changement climatique de manière claire, forte, et avec toute l’autorité morale que sa position lui confère », a déclaré pour sa part le président américain, Barack Obama, dans un communiqué.

     

    Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a lui aussi salué l’encyclique, estimant que « l’humanité a l’obligation de protéger notre maison commune », et a exhorté les gouvernements à « adopter un accord ambitieux et universel sur le climat » à Paris.

     

    Dette écologique

     

    Car le climat est l’affaire de tous, et pour éviter que la Terre ne se transforme en un « immense dépotoir », le pape argentin ne préconise rien de moins qu’une révolution « verte ».

     

    « L’humanité est appelée à prendre conscience de la nécessité de réaliser des changements de style de vie, de production et de consommation, pour combattre le réchauffement », affirme-t-il.

     

    À commencer par le recours aux énergies fossiles, à bannir au plus vite, juge le souverain pontife, pour qui le charbon et le pétrole doivent « progressivement », mais « sans retard », être remplacés par des énergies renouvelables.

     

    Il évoque aussi « des responsabilités diversifiées », montrant du doigt les États riches, appelés à aider les plus pauvres à réaliser la transition énergétique, afin de rembourser leur « dette écologique », contractée à l’égard du Sud où les ressources naturelles sont parfois exploitées de manière « disproportionnée ».

     

    Les pays nantis doivent par conséquent accepter de faire des sacrifices, y compris en réduisant leur train de vie. « L’heure est venue d’accepter une certaine décroissance dans quelques parties du monde, mettant à disposition des ressources pour une saine croissance dans d’autres parties », écrit ainsi Jorge Bergoglio.

     

    Le pape invite à réfléchir sur la « réalité des enfants qui naissent, croissent et meurent dans les ordures », a jugé le cardinal philippin Luis Antonio Tagle, président du réseau catholique Caritas d’aide aux plus démunis.

     

    « Quel type de monde désirons-nous transmettre à ceux qui viendront après nous ? Aujourd’hui la Terre, maltraitée et saccagée, gémit. Et ses gémissements s’unissent à ceux de tous ceux qui sont mis au rebut dans le monde » en vertu d’une « culture du déchet », a résumé de son côté le cardinal ghanéen Peter Turkson, en présentant le texte à la presse.

     

    Le titre de cette encyclique, « Laudato si » (« Sois loué »), est inspiré d’un cantique du modèle du pape actuel, François d’Assise, qui loue Dieu dans « Soeur notre mère la Terre ».

     

    Elle se veut adressée à « tous » et pas uniquement au 1,2 milliard de catholiques.

     

    François devrait susciter beaucoup de mécontentements dans les milieux de la droite libérale, notamment américaine, pour ses prises de position virulentes à l’encontre de la finance.

     

    Des représentants du Parti républicain, dont le possible futur candidat à la Maison-Blanche Jeb Bush, ont déjà réagi avec humeur, selon des médias italiens et américains.

     

    En campagne dans l’Iowa pour la primaire républicaine, il a lancé : « Bon, le climat est en train de changer. Je crois qu’il y a des solutions technologiques pour tout, et je suis sûr qu’il y en a aussi une pour ça. » « Je respecte le pape, c’est un dirigeant formidable, mais ce problème doit être résolu dans le domaine politique… Je ne vais pas à la messe pour entendre parler économie ou politique », a-t-il ajouté.

     

    Dans ce plaidoyer vibrant pour une « écologie humaine » intégrale et contre le consumérisme effréné, il avertit aussi du danger de larges destructions et de guerres, notamment autour de l’eau.

     

    « Il est prévisible que le contrôle de l’eau par de grandes entreprises mondiales deviendra l’une des principales sources de conflits de ce siècle », met en garde le pape.

     

    Le ton surprend par sa radicalité sociale, dans un texte souvent très politique et peu « religieux ». Il affirme ainsi que le droit à la propriété privée n’est « pas absolu et intouchable » et, très concret, s’attaque à de nombreux thèmes, de l’exploitation de la forêt amazonienne à la vente de climatiseurs, du pouvoir « omniprésent » d’Internet à la privatisation de l’eau dans les villes.













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