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    Bouleversements climatiques

    L’inaction pourrait coûter des milliards en santé

    Les vagues de chaleur peuvent avoir de graves conséquences pour les personnes âgées.
    Photo: Johanna Leguerre Agence France-Presse Les vagues de chaleur peuvent avoir de graves conséquences pour les personnes âgées.

    Les bouleversements climatiques en cours devraient entraîner des coûts très élevés en santé au Québec, révèle un rapport produit pour le gouvernement par le consortium Ouranos. Le document obtenu par Le Devoir conclut d’ailleurs que l’estimation de la facture, qui devrait dépasser les 30 milliards de dollars, est pour le moment « très conservatrice ».

     

    L’Évaluation des impacts des changements climatiques et de leurs coûts pour le Québec et l’État québécois pour la période 2015-2065 prévient ainsi que les hausses des températures appréhendées entraîneront des coûts sanitaires « particulièrement élevés ».

     

    « Comme la relation entre l’augmentation des températures et les taux de mortalité et de morbidité est bien établie, il est donc prévu que les problèmes sanitaires associés à la chaleur soient aggravés par les changements climatiques », soulignent les auteurs de ce rapport. Celui-ci a été financé par le Fonds vert du ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MDDELCC).

     

    Les chercheurs prévoient notamment une augmentation de la fréquence, du nombre et de la durée des vagues de chaleur. Résultat, pour la période 2015-2065, on estime que la facture pour l’État québécois s’élèvera à 372 millions de dollars. Mais cette estimation ne prend en compte que les consultations de médecins, le transport ambulancier et le déploiement des plans d’urgence.

     

    L’essentiel des coûts sera en effet assumé par l’ensemble de la société. En ajoutant les coûts pour tout le Québec, dont « la valeur des pertes de vie additionnelles », on obtient en effet un montant de plus de 33 milliards de dollars pour les 50 prochaines années. Cela signifie une moyenne de 660 millions par année. L’étude, qui doit être publiée cette semaine, ne prévoit pas moins de « 20 000 décès additionnels » provoqués par la hausse des températures.

     

    Davantage d’allergies

     

    Les bouleversements du climat provoqués par l’activité humaine devraient aussi aggraver les problèmes d’allergies aux pollens, qui constituent déjà « un enjeu de santé publique majeur ». Des plantes comme l’herbe à poux — responsable de la plus importante proportion d’allergies aux pollens — pourront en effet coloniser des territoires situés plus au nord du Québec. Elles pourront aussi produire davantage de pollen, ce qui augmentera les risques de développer des allergies.

     

    « On prévoit qu’à l’horizon 2050, presque toutes les régions au sud du 49e parallèle, là où vivent environ 95 % de la population québécoise, seront exposées aux problèmes liés à la présence de l’herbe à poux », prévient l’étude. Pour l’État, la facture liée directement aux changements climatiques devrait dépasser les 360 millions de dollars pour les prochaines décennies. À cela, il faut ajouter des coûts pour la société de 477 millions.

     

    L’étude dirigée par Ouranos prévoit en outre une propagation vers le nord de la maladie de Lyme et des infections au virus du Nil occidental. Dans le cas de la maladie de Lyme, bien souvent détectée tardivement, les coûts pour l’État pourraient se situer entre 60 et 95 millions. Ils sont encore une fois plus élevés pour l’ensemble de la société. Le rapport évoque le chiffre de 744 millions de dollars.

     

    Quant au Virus du Nil occidental, « il est prévu, avec les changements climatiques, que la région couverte s’étende plus au nord et, en conséquence, qu’un plus grand nombre de personnes y soient exposées ». Citant une autre étude, le rapport fait valoir que le nombre de cas devrait doubler à l’horizon 2050, en raison du doublement de la population exposée au virus. La facture pour l’État et pour la société risque ainsi d’atteindre au moins 56 millions, en plus de provoquer des décès.

     

    Infrastructures à risque

     

    Les chercheurs ont en outre abordé les coûts liés aux impacts que pourraient avoir des inondations sur les infrastructures, mais également ceux imputables au dégel du pergélisol. S’ils concluent notamment à la difficulté de prévoir les conséquences pour les infrastructures publiques, ils soulignent néanmoins que « leur mauvais état peut rendre les infrastructures plus sensibles aux conditions climatiques et peut provoquer une accélération de leur rythme d’usure, voire même leur défaillance ».

     

    En faisant « l’hypothèse » que les infrastructures « sont bien adaptées aux conditions climatiques actuelles », ce qui a pour effet de « sous-estimer les coûts réels », ils arrivent à un montant minimal de 112 millions. Les coûts de l’érosion côtière seraient pour leur part « relativement élevés », puisque « plusieurs milliers de bâtiments et quelques centaines de kilomètres de routes et de chemin de fer sont à risque ».

     

    Globalement, l’étude conclut que les montants estimés sont bien en deçà de ce que coûteront les changements climatiques en matière de santé et d’infrastructures. « Nous pouvons affirmer avec un niveau assez élevé de confiance que les résultats présentés dans ce rapport demeurent des estimations très conservatrices […]. Nous pensons cependant que plusieurs facteurs contribueront à augmenter, parfois significativement, ces coûts. »

     

    Qui plus est, le rapport ne tient pas compte des impacts pour les populations et les écosystèmes naturels, qui entraîneront eux aussi des coûts pour le gouvernement et pour la société. Au final, insiste-t-on, « c’est toute la capacité globale de payer de l’État et de la société qui est en question, capacité qui est déjà sollicitée de manière importante ».

     

    Des rapports publiés au cours des dernières années, notamment par la Table ronde nationale sur l’environnement et l’économie, ont estimé que les coûts totaux dus aux changements climatiques pourraient se situer entre 0,5 % et 1 % du PIB en 2050. Si on applique cette prévision au Québec, dont le PIB avoisine aujourd’hui les 300 milliards, les chiffres s’élèvent entre 2,4 et 9,9 milliards. Ils pourraient atteindre près de 15 milliards en 2050.













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