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    Environnement

    Occasions manquées

    Quand donc le Québec se décidera-t-il à entrer de plain-pied dans le XXIe siècle ? L’environnement est la préoccupation de l’avenir et, pourtant, on avance à d’infinis petits pas vers sa protection réelle. Ces derniers jours, différents exemples ont démontré notre frilosité. Citons-en trois.


    Débat, dimanche, entre les candidats à la direction du Parti québécois, appelés notamment à discuter d’environnement et de développement durable. Le pétrole d’Anticosti a servi à départager les candidats : la richesse immédiate que procurerait l’exploitation éventuelle du sous-sol de l’île ou la recherche d’autres sources d’énergie renouvelables.

     

    Parce que Pierre Karl Péladeau est toujours en tête dans cette course, sa position est à surveiller de près. Or, il fut celui qui avait le moins de scrupules à tirer parti du pétrole de schiste d’Anticosti, dans la même veine de ce qu’avait décidé avant lui la première ministre Pauline Marois et que suit maintenant le gouvernement Couillard. Quand on est au pouvoir (ou qu’on s’en approche !), le pétrole a de ces charmes décidément irrésistibles : cette bonne vieille solution du XXe siècle rapporte encore, elle reste donc rassurante. Et cette bonne vieille planète Terre ne vote pas…

     

    Lundi matin, autre lieu, autre débat. Le quotidien Le Soleil expose « la guerre de la consigne » qui a cours dans le dos des consommateurs : en effet, la consigne est honnie des détaillants en alimentation, qui aimeraient bien envoyer les bouteilles vides au bac de recyclage. Le ministre de l’Environnement, David Heurtel, résiste, mais les pressions sont fortes. Pourtant, la consigne est la meilleure manière de récupérer le verre. Davantage que résister, il faudrait en fait que Québec en élargisse la portée, y ajoute les bouteilles de vin et de spiritueux.

     

    Mais ne nous faisons pas d’illusions : même ce timide changement ne se fera pas de sitôt… La preuve, le rapport Godbout qui a dressé, il y a quelques jours, un vaste état des lieux de notre fiscalité n’a rien retenu sur la consigne. Il aurait pu, il aurait dû : la proposition était bel et bien présente dans une étude sur l’écofiscalité commandée par la Commission d’examen sur la fiscalité québécoise présidée par Luc Godbout. Cette étude témoigne d’un retard certain du Québec à cet égard : « En fait, toutes les provinces, sauf le Québec et le Manitoba, appliquent déjà une consigne sur les bouteilles de vin et de spiritueux. Idem pour tous les États américains limitrophes au Québec », peut-on lire.

     

    Et encore, la consigne n’est qu’une petite mesure parmi celles que suggèrent les auteurs du document, membres du Groupe de recherche appliquée en macro-écologie (GRAME). S’inspirant de solutions qui existent ailleurs, en Allemagne comme en Colombie-Britannique, les auteurs expliquent, à l’instar de l’OCDE, qu’il y a nécessité aujourd’hui d’appliquer « une réforme verte de la fiscalité des pays ». Ils démontrent ainsi que les automobilistes devraient assumer davantage le vrai coût du transport routier au Québec, ce qui inclut des péages partout et des frais de stationnement hors rue. Faire preuve juste d’un peu d’audace.

     

    Qu’a retenu le rapport Godbout ? Que de fait, « les taxes liées à l’environnement prennent une place de plus en plus grande parmi les instruments économiques des grands pays industrialisés » ; de fait aussi, l’écofiscalité a plus d’avantages que la réglementation « pour corriger les imperfections du marché », car elle augmente les revenus du gouvernement et l’efficacité économique. Mais voilà, tout cela est bien complexe et, hormis trois mesures applicables à court terme (hausse de la taxe d’essence, augmentation des tarifs d’électricité et imposition d’une taxe à la surconsommation d’électricité), mieux vaut encore y penser… L’occasion rêvée de nous brasser venait à nouveau de s’échapper.

     

    Et c’est ainsi que, de court terme en court terme, nous avançons dans ce siècle, incapables de saisir les enjeux de fond à bras-le-corps. Dire que nos élus clament qu’ils se soucient des générations futures. Dans les faits, à de notables exceptions près, l’avenir s’arrête toujours à eux.













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