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Sommet de Kananaskis - À quoi peut-on s'attendre pour l'Afrique au Sommet du G8?

Yaovi Bouka - Président du Club des entrepreneurs et professionnels africains au Canada-Québec (CEPAQ) et président de l'organisme Leadership africain  27 juin 2002  Actualités sur l'environnement
Hier s'est ouvert à Kananaskis, en Alberta, le sommet tant attendu du G8. Après une période de flottement, il semble à présent assuré qu'une partie non négligeable de l'ordre du jour sera consacrée à l'Afrique.

En premier lieu, il convient de noter qu'après les événements du 11 septembre 2001, bien que les auteurs des attentats aux États-Unis ne soient pas majoritairement d'origine africaine, l'Occident semble avoir pris conscience, du moins plus que par le passé, du danger que pourrait représenter pour sa propre prospérité et sa sécurité une trop forte progression des foyers de pauvreté dans le monde, notamment en Afrique.

En second lieu, le Nouveau Partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD, selon l'acronyme anglais), proposé au monde par les chefs d'État africains en octobre 2001, pouvait difficilement laisser l'Occident indifférent, tant par la rigueur de la démarche que par la pertinence des analyses et des programmes d'action qu'il met en avant.

La volonté du premier ministre Jean Chrétien de faire de ce sommet celui de l'Afrique l'a mené à effectuer une grande tournée de consultation et de discussions auprès de ses pairs africains. Et ce, sans compter celle menée au Canada même par son représentant personnel, l'ambassadeur Robert Fowler, ni la conférence tenue à Montréal les 4 et 5 mai derniers sur le partenariat Canada-Afrique sous la présidence de Susan E. Whelan, ministre fédérale de la Coopération internationale.

Pour que cela ne soit pas uniquement une affaire canadienne, d'autres hauts responsables du G8 ont récemment visité l'Afrique, notamment l'ex-président américain Bill Clinton, à titre d'émissaire «des dirigeants progressistes occidentaux», suivi du secrétaire américain au Trésor, Paul O'Neil, au nom de la nouvelle administration Bush.

Au delà de ces signes de bonne volonté, on peut aujourd'hui se demander à quoi les Africains pourraient réellement s'attendre de ce sommet du G8 à Kananaskis. Les plus sceptiques croient qu'il s'agira d'une réunion de plus des grands de ce monde, dont les frais d'organisation seront inversement proportionnels aux résultats, notamment en ce qui a trait à la lutte contre la pauvreté dans le monde, et tout particulièrement sur le continent africain.

De nombreux effets

En fait, même si, à brève échéance, ces retombées pourraient être limitées en d'un point de vue financier, les effets de cette rencontre seront nombreuses pour l'Afrique à moyen et à long terme.

En effet, après plusieurs années d'afro-pessimisme, le fait que les documents de discussion du NEPAD émanent des dirigeants africains eux-mêmes permet d'espérer que l'on tiendra réellement compte du point de vue africain lors du sommet.

Aussi, la reconnaissance par ces dirigeants africains du fait que plusieurs d'entre eux avaient mis en oeuvre, au cours des dernières décennies, ce qu'ils qualifient de «leadership médiocre» ouvre de meilleures perspectives pour plusieurs facteurs essentiels au développement de l'Afrique, tels le progrès de la démocratie, la saine administration (la «bonne gouvernance», d'après l'expression anglaise) et la résolution des conflits, facteurs dont la pénurie explique dans une large mesure le recul observé au cours de l'histoire récente de ce continent, entres autres les guerres interminables, la fuite des cerveaux et des capitaux, la multiplication des éléphants blancs, l'accroissement de la dette, les privatisations souvent injustifiées de sociétés publiques et la progression de la pauvreté.

L'arrivée de dirigeants plus consciencieux et plus volontaristes devrait créer un climat de confiance auprès de leurs partenaires occidentaux.

Sur le plan financier, en dépit de nombreuses mises en garde voulant qu'il n'y ait pas de chèques en blanc, le compromis trouvé entre les ministres des Finances du G7 lors de leur dernière réunion, tenue à Halifax le 14 juin 2002 et qui porte à 20 % le taux des contributions de l'aide de la Banque mondiale converties en dons, constitue déjà un signe de bonne volonté. Certes, il faudra des centaines de milliards de dollars pour financer les programmes d'action énoncés dans le document du NEPAD. Mais il faudra aussi du temps pour mieux se consulter, mieux établir la priorité des projets les uns par rapport aux autres et examiner toutes les possibilités de mobilisation des capitaux.

Sur le plan commercial, l'annonce de l'élimination des quotas d'importation des produits africains sur les marchés occidentaux fait pousser des soupirs de soulagement car cela devrait permettre, dans une certaine mesure, un rééquilibrage des flux des échanges commerciaux de l'Afrique avec ses partenaires, à condition cependant, pour les pays africains, de se familiariser tant avec les mécanismes qu'avec les circuits commerciaux et financiers internationaux. À cet égard, alors que tous les pays du G7 (à l'exception du Canada, qui s'active à en combler la lacune) se sont dotés d'instruments financiers spécialisés dans le soutien de leur commerce et de leurs investissements à l'étranger, les pays africains sont loin de disposer de tels outils commerciaux et financiers.

Fonds de soutien

C'est pour cette raison que le Club des entrepreneurs et professionnels africains au Canada-Québec (CEPAQ) préconise la mise en place d'un fonds de soutien et de développement du commerce et de l'investissement privé en Afrique. Il s'agirait en effet d'une institution financière capable de soutenir à la fois le petit et le grand projet, de type privé, dans n'importe quel pays ou groupe de pays de l'Afrique, et ce, en toute sécurité pour les bailleurs de fonds, que ceux-ci soient d'origine africaine, américaine, canadienne, européenne ou asiatique. Un avantage majeur d'un tel fonds sera d'offrir à l'épargne africaine des occasions «sûres» et attrayantes d'investissement en terre africaine.

Un autre facteur mobilisateur, direct et indirect, autour de ce sommet du G8 et au sujet du NEPAD est la frénésie sans précédent tant des médias et des ONG que de la diaspora africaine au Canada et à l'étranger en faveur de l'Afrique. Non seulement ils sont curieux de connaître la nature de la suite que les dirigeants du G8 s'apprêtent à réserver au NEPAD, ils s'activent aussi pour participer, chacun à sa manière et selon ses possibilités, à ce chantier à long terme qui semble enfin s'ouvrir pour l'Afrique, comme si les Africains de la diaspora d'ici et d'ailleurs semblaient avoir enfin réalisé le rôle de catalyseur, de facilitateur, d'interprète et de développeur que leur confère, selon l'expression de Jacques Attali, leur nomadisme moderne.

À condition cependant que cette diaspora africaine se structure et se fasse reconnaître, tant politiquement qu'économiquement, comme facteur essentiel de développement, tant de l'Afrique que de ses pays d'accueil. À condition aussi et surtout qu'elle-même respecte son potentiel, son originalité, sa diversité et sa complémentarité, en lieu et place de concurrences souvent malsaines et contre-productives, afin d'accompagner les gouvernements du G8 et des pays africains dans la mise en oeuvre du NEPAD.
 
 
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