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    Comment survivre à 2052

    Entrevue avec le futurologue Jørgen Randers

    28 février 2015 | Claude Lafleur - Collaborateur | Actualités sur l'environnement
    Déjà, nous utilisons les ressources de la planète à un rythme une fois et demie ce qu’elle peut soutenir et nous approchons de points de rupture.<br />
    Photo: Pascal Guyot Agence France-Presse Déjà, nous utilisons les ressources de la planète à un rythme une fois et demie ce qu’elle peut soutenir et nous approchons de points de rupture.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Que sera le monde en 2052 ? C’est le défi de répondre à cette question que s’est donné Jørgen Randers, professeur en stratégie climatique à l’École norvégienne d’enseignement des affaires. Il y a trois ans, il a publié 2052 — A Global Forecast for the Next Forty Years, ouvrage dans lequel il trace le destin de la planète d’après les tendances économiques, politiques, sociales et écologiques qu’il observe.

     

    « J’ai 70 ans, commence par dire ce Norvégien à la voix chaude. Je m’intéresse au développement durable depuis 40 ans, ayant été l’un des auteurs du rapport The Limits to Growth, publié en 1972, qui posait pour la première fois la question suivante : l’humanité peut-elle continuer de croître sur une planète aux ressources limitées ? »

     

    Jørgen Randers se considère avant tout comme un futurologue, qui recourt à une panoplie de modèles mathématiques, économiques et sociaux pour analyser les grandes tendances humaines. Il se définit aussi comme un militant : « Je ne suis pas qu’un scientifique, dit-il, car je cherche à changer le monde. »

     

    Le monde en 2052

     

    Comme il l’admet lui-même, nos perspectives d’avenir sont plutôt sombres, mais, en même temps, il n’est pas trop tard pour agir, loin de là, clame le professeur Randers.

     

    « J’entrevois un monde en stagnation, dit-il. Nous ne serons pas sortis du marasme économique dans lequel l’Europe et l’Amérique se trouvent plongées depuis 10 ou 15 ans. » Selon lui, les pays riches connaîtront une lente croissance économique d’ici 2052, mais le chômage demeurera élevé, les tensions sociales seront nombreuses et les inégalités sociales continueront de s’accentuer. Et le tout ira de pair avec la détérioration du climat. « Les phénomènes météorologiques deviendront de plus en plus extrêmes, prévoit-il. Il y aura de plus en plus de sécheresses, d’inondations, de feux de forêt, alors que le niveau des océans s’élèvera progressivement. »

     

    Le futurologue estime que la population mondiale atteindra 8,1 milliards de personnes vers 2040 (contre 7,3 milliards actuellement), avant de décroître en raison de l’urbanisation et du manque de ressources. Déjà, nous utilisons les ressources de la planète à un rythme une fois et demie ce qu’elle peut soutenir et nous approchons de points de rupture.

     

    Citoyens et électeurs… irresponsables

     

    Au terme de 40 années de recherche et de militantisme, Jørgen Randers est visiblement frustré. Pour lui, il ne fait aucun doute qu’on aurait pu — et qu’on pourrait même encore — remédier au sort qui nous attend… si seulement on le voulait en tant qu’individu et que société.

     

    « Les solutions qu’on pourrait mettre de l’avant sont très bien connues, dit-il, mais elles coûtent quelque chose. » C’est ainsi que chaque fois qu’un gouvernement propose d’augmenter les taxes et impôts pour mettre de l’avant des solutions durables, les citoyens électeurs que nous sommes s’y opposent.

     

    « Les marchés financiers et les démocraties parlementaires fonctionnent à court terme, dit-il, principalement à cause de la courte vue des citoyens. Voilà qui rend peu probable l’éventualité que le libre marché mette en place à temps les solutions appropriées et que les gouvernements adoptent les législations nécessaires. »

     

    « Ce dont nous aurions besoin, c’est un système de gouvernance qui prendrait davantage à coeur l’intérêt de nos enfants et petits-enfants, plaide ce grand-père, une gouvernance qui penserait donc aux générations futures. » Nous avons donc besoin de gouvernements forts qui pourraient nous obliger tous à penser et à agir sur le long terme.

     

    Comment se préparer au monde de 2052

     

    Comme il ne croit pas que nous prendrons les moyens nécessaires pour atténuer les conséquences du marasme économique et climatique qu’on se prépare, Jørgen Randers propose, dans 2052 — A Global Forecast for the Next Forty Years, que chacun d’entre nous s’adapte progressivement au monde de demain. Ce qu’il préconise, ce sont avant tout des changements de valeurs afin de remédier au fait qu’on surconsomme. Il s’agit en fait de réduire notre empreinte écologique tout en adoptant un mode de vie plus satisfaisant pour nous-mêmes.

     

    Le professeur Randers propose donc, au chapitre 12 de 2052, une série de mesures que nous pourrions aisément appliquer dès aujourd’hui afin de vivre en harmonie avec un monde en bouleversement.

     

    Entre autres, il préconise de réduire nos envies de consommer pour nous orienter vers une existence plus enrichissante. « L’argent n’est pas tout dans la vie, écrit-il, la consommation non plus. » Il faut faire en sorte, chacun pour soi, de se valoriser autrement que par la consommation et par l’argent qu’on gagne.

     

    « Il faut comprendre que nos goûts et nos désirs sont des choses qu’on développe — ou qu’on ne développe pas », dit-il. On peut donc choisir de vivre en consommant énormément de ressources… ou non.

     

    Par exemple, si vous avez développé le goût de disposer d’une maison de campagne, avec un grand terrain, sur le bord de l’eau (en plus d’une résidence en ville ou en banlieue), et que vous désirez aussi voyager beaucoup, vous consommez alors plus de ressources que la Terre ne peut en donner.

     

    Pire : plus le temps passera, moins ce mode de vie sera viable. Réduire ses désirs et ses besoins sera même un comportement bénéfique pour soi-même si on veut éviter d’être aux premiers rangs des « victimes » des changements climatiques.

     

    Dans le même esprit, le professeur Randers considère que les jeunes (et moins jeunes) qui recourent abondamment aux technologies multimédias s’adaptent particulièrement bien au monde de 2052.

     

    Le futurologue viendra d’ailleurs partager les conclusions de ses 40 années de démarches lors du colloque de l’Association québécoise de la production d’énergie renouvelable (AQPER), le 11 mars prochain. « Le Québec et la Norvège ont énormément en commun, remarque-t-il, la même superficie, deux populations différentes, plusieurs langues, de l’hydroélectricité et de l’éolien comme sources d’énergie… Et il s’agit, bien entendu, de deux pays nordiques… Vous êtes donc confrontés aux mêmes défis que les nôtres ! »













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