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    Environnement

    L’expertise scientifique écope

    Les compressions ont raison d’une dizaine de postes de biologistes au ministère de la Faune

    De ces onze nouvelles suppressions de postes, neuf frappent des biologistes qui menaient des projets majeurs en matière de gestion de la faune.
    Photo: Michael-John Wolfe / Hemera De ces onze nouvelles suppressions de postes, neuf frappent des biologistes qui menaient des projets majeurs en matière de gestion de la faune.

    Austérité oblige, le couperet tombe de nouveau sur le ministère de la Faune. Le Devoir a appris que le gouvernement Couillard éliminera des postes de scientifiques qui travaillaient sur des projets liés à des espèces en péril, au contrôle de la rage et à la faune aquatique. Des compressions qui risquent d’avoir des impacts majeurs dans plusieurs régions du Québec.

     

    Les informations obtenues auprès de différentes sources révèlent que 11 des 22 professionnels contractuels travaillant pour la Direction générale de l’expertise sur la faune et ses habitats (DGEFH) et basés à Québec perdront leur poste au cours des prochaines semaines, voire des prochains mois. La majorité d’entre eux travaillaient pour le gouvernement depuis plus de cinq ans.

     

    De ces onze nouvelles suppressions de postes, neuf frappent des biologistes qui menaient des projets majeurs en matière de gestion de la faune. Ainsi, un des deux biologistes qui travaillaient à l’élaboration du futur plan de gestion du saumon atlantique ne devrait pas être en mesure d’effectuer son travail puisqu’il perdra son emploi. Un seul restera en poste pour coordonner la majorité de la recherche. Un technicien perdra aussi son contrat.

     

    Il faut savoir que la gestion du saumon est particulièrement cruciale pour assurer la pérennité de la pêche sportive, qui constitue une activité économique importante dans plusieurs régions du Québec. La Fédération québécoise pour le saumon de l’atlantique attend d’ailleurs avec impatience le plan de gestion qui doit en théorie être déposé dans deux ans. Ce plan est d’autant plus important que l’on constate une réduction majeure des montaisons de saumons, au point où l’espèce pourrait se retrouver en péril.

     

    Deux des trois biologistes chargés d’étudier les populations de bar rayé se retrouveront aussi sans emploi. Or, le suivi des populations du côté sud de la Gaspésie apparaît d’autant plus essentiel que le bar rayé pourrait représenter une menace sérieuse pour les populations de homards, dont dépend une pêche commerciale vitale pour la région. Un des deux biologistes chargés de coordonner le suivi de l’état des poissons dans le fleuve Saint-Laurent n’aura pas droit lui non plus à un renouvellement de contrat.

     

    Espèces exotiques

     

    Le scientifique chargé d’étudier les espèces exotiques envahissantes perd également son poste. Le gouvernement du Québec se prive ainsi d’un suivi qui se faisait en partenariat avec d’autres autorités gouvernementales. Une source bien au fait du dossier a souligné que cette suppression survient alors que les biologistes s’inquiètent plus que jamais de l’arrivée au Québec des carpes asiatiques, une famille de poissons qui a décimé la faune aquatique du sud des États-Unis jusqu’aux Grands Lacs.

     

    La DGEFH perd en outre son technicien chargé de coordonner la lutte contre la rage du raton laveur. Grâce à des programmes suivis d’immunisation des populations du Québec, aucun cas de rage n’a été découvert depuis 2009. Les experts estiment toutefois qu’un relâchement d’à peine deux ans suffirait à nous ramener à la case départ. Cette maladie pourrait aussi se propager à d’autres espèces et atteindre éventuellement l’être humain.

     

    Parmi les autres personnes qui perdront leur emploi, on retrouve un biologiste dont le mandat se concentre sur l’acquisition de connaissances concernant la biodiversité du territoire nordique. Des données qui pourraient s’avérer utiles dans un contexte de développement du territoire, notamment par l’industrie minière. Le programme de suivi des caribous de la Gaspésie écopera lui aussi, tout comme des programmes de soutien aux réserves fauniques et d’aménagement du territoire.

     

    Le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) a refusé de fournir au Devoir des données sur les nouvelles suppressions de postes, l’invitant plutôt à faire une demande en vertu de la loi québécoise sur l’accès à l’information.

     

    Les régions écopent

     

    Richard Perron, président du Syndicat des professionnels du gouvernement du Québec, estime que plusieurs régions subiront les contrecoups de ces nouvelles compressions. « On coupe des postes à Québec, où se concentrait l’expertise scientifique. Mais ça aura un impact direct sur les régions et leur économie. Ça démontre un manque de respect total de la part du gouvernement en matière de gestion faunique au Québec », a-t-il commenté lorsque contacté par Le Devoir.

     

    Ces suppressions lui apparaissent d’autant plus absurdes que le secteur faunique génère d’importantes retombées économiques. « L’exploitation faunique, ce sont des retombées de plus d’un milliard de dollars par année. Ça va mal dans bien des régions et maintenant, le gouvernement met le secteur faunique en péril, alors que la gestion des ressources fauniques est très importante pour les régions. » Les données statistiques indiquent par exemple qu’en 2012, 1,6 milliard de dollars ont été dépensés au Québec en activités de pêche et de chasse.

     

    Toujours au nom de son programme d’austérité, le gouvernement Couillard avait déjà annoncé en août 2014 la suppression de 53 emplois au MFFP, dont des biologistes, des agents de recherche et des agents de protection de la faune. En raison de ces compressions, plusieurs projets de recherche ont souffert, notamment des projets liés à des espèces menacées ou à l’étude des impacts des changements climatiques.













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