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    Pipeline Énergie Est

    20 rivières posent un risque majeur

    Le pipeline Énergie Est traversera un total de 11 rivières à un endroit où le risque de glissement de terrain est considéré comme étant «élevé». C’est le cas de la rivière Batiscan.<br />
    Photo: Gilles Douaire / CC Le pipeline Énergie Est traversera un total de 11 rivières à un endroit où le risque de glissement de terrain est considéré comme étant «élevé». C’est le cas de la rivière Batiscan.

    Lorsqu’il traversera le territoire québécois, le pipeline Énergie Est devra franchir plus d’une trentaine de cours d’eau dans des secteurs présentant des risques évidents de glissements de terrain en raison de l’instabilité des rives. C’est ce que conclut une étude produite pour TransCanada et dont Le Devoir a obtenu copie.

     

    Le document d’analyse de risques rédigé par la firme Golder Associates est clair : il existe plusieurs traverses de cours d’eau où l’intégrité du pipeline qui transportera 1,1 million de barils de brut par jour pourrait être menacée par l’instabilité du sol.

     

    La vaste majorité des passages à risque (19) se situent sur la rive nord du Saint-Laurent, entre Montréal et Saint-Augustin-de-Desmaures, où le pipeline doit traverser le fleuve. Sur la rive sud, la région de Lévis compte aussi un total de six zones où les cours d’eau traversés présentent des risques connus de glissements de terrain.

     

    Au total, une trentaine de cours d’eau du Québec ont été analysés dans l’étude de Golder. Pas moins de 20 rivières font partie du lot, dont certaines sont considérées comme majeures et certaines sont utilisées comme source d’eau potable.

     

    Ainsi, le pipeline d’un mètre de diamètre traversera un total de 11 rivières à un endroit où le risque de glissement de terrain est considéré comme étant « élevé ». C’est le cas de la rivière Batiscan. Les rives à l’endroit où doit traverser le pipeline sont d’ailleurs cartographiées comme « zone de glissement de terrain » par la MRC des Chenaux, précise l’étude de Golder.

     

    Le risque est lui aussi « élevé » pour la rivière Sainte-Anne, où des glissements de terrain récents ont été observés au moment des travaux de la firme, qui a achevé son rapport en juillet. Même chose pour la rivière Etchemin, qui se jette dans le Saint-Laurent à Lévis. Dans ce cas, la Ville de Lévis a elle-même désigné le secteur comme présentant un risque majeur de glissement de terrain. Le pipeline traverserait directement un secteur marqué par ce type de phénomène lié à l’instabilité des berges, notamment lors des crues printanières.

     

    D’autres rivières présentent des risques jugés « élevés ». C’est le cas de la rivière Chacoura, de la rivière du Loup et de la Champlain, où le point de passage du pipeline est déjà clairement reconnu comme étant à risque. Sur la rive sud, on compte aussi la rivière Aulneuse et la rivière Penin.

     

    Un total de neuf rivières présentent également un risque « modéré » de glissement de terrain. Parmi celles-ci, on compte la Maskinongé, la Yamachiche (où le risque est « élevé », selon la MRC de Maskinongé) et la Saint-Maurice, qui traverse Trois-Rivières.

     

    Dans le cas de plusieurs rivières, comme la Portneuf (risque « élevé »), le pipeline traversera près de l’embouchure de cours d’eau qui se jettent dans le fleuve Saint-Laurent entre Montréal et Québec. En cas de rupture ou de déversement, le fleuve se retrouverait donc directement menacé.

     

    Cerner les enjeux

     

    Le porte-parole de TransCanada, Tim Duboyce, n’a pas souhaité commenter directement l’étude. Il a toutefois souligné que la pétrolière a commandé plusieurs études dans le cadre de l’élaboration du projet Énergie Est, le plus gros projet de pipeline en développement en Amérique du Nord. Ces études servent à « mieux connaître les enjeux » pour chaque traversée de cours d’eau, a expliqué M. Duboyce. Si les risques s’avèrent trop importants, l’entreprise pourrait notamment « vérifier d’autres options » afin de s’assurer de la « sécurité » du projet.

     

    M. Duboyce a aussi indiqué que dans le cas des traversées de cours d’eau, le pipeline est habituellement plus épais. Quant aux façons de l’enfouir dans le sol au moment de franchir un cours d’eau, il existe trois méthodes. Dans le cas d’un ruisseau, on peut creuser une tranchée et y déposer le tuyau. On peut également réaliser un « forage horizontal directionnel » et y faire passer le tuyau. Dans le cas des grandes rivières et des fleuves, un tunnel en béton peut être construit sous le lit.

     

    Cette méthode pourrait être employée pour la traversée du Saint-Laurent, dans le secteur de Saint-Augustin-de-Desmaures. Mais dans ce cas, une autre étude commandée par TransCanada à la firme Entec a conclu que le projet constituerait une première mondiale « à haut risque ». La même firme estime que les traversées des rivières Etchemin et Outaouais sont « techniquement infaisables ».

     

    TransCanada n’a jamais précisé combien de temps serait nécessaire pour stopper le débit de pétrole brut albertain dans le pipeline Énergie Est en cas de fuite. Chose certaine, le débit sera assez important. La circulation de 1,1 million de barils par jour signifie que 764 barils couleront dans le tuyau chaque minute, et ce, 24 heures par jour. Au total, 400 millions de barils couleront chaque année.

     

    Avis de projet

     

    Par ailleurs, si la pétrolière poursuit ses efforts dans le but de réaliser son projet, le gouvernement du Québec n’est toujours pas en mesure de démarrer l’évaluation environnementale promise pour la portion québécoise du pipeline. Le ministère de l’Environnement a en effet confirmé au Devoir que TransCanada n’a toujours pas déposé son « avis de projet », comme l’exigeait le ministre David Heurtel dans une lettre envoyée à la mi-novembre à la pétrolière.

     

    Or, cet avis de projet est essentiel pour lancer le processus devant mener à l’étude qui sera réalisée par le Bureau d’audiences sur l’environnement (BAPE). Lorsqu’il recevra cet avis, le ministre pourra formuler la « directive » précisant ce que doit contenir l’étude d’impact. C’est seulement lorsque Québec aura cette étude, complète, en main, que le BAPE pourra commencer ses travaux.

     

    Le gouvernement Couillard continue cependant d’être la cible d’offensives de lobbyisme de la part de TransCanada. La pétrolière a 27 lobbyistes inscrits au registre. Deux lobbyistes inscrits à la fin novembre ont pour mandat de discuter du futur avis d’imposition de TransCanada à Cacouna.













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