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    Relations publiques de TransCanada

    Le journalisme n’est pas à l’abri des dérives

    22 novembre 2014 | Guy Versailles - Consultant en relations publiques
 | Actualités sur l'environnement
    Photo: Olivier Zuida Le Devoir

    D'entrée de jeu, soyons clairs : je n’ai pas et je n’ai jamais eu de liens de quelque nature avec Edelman ni avec TransCanada et j’ai participé il y a moins d’un an à la rédaction d’un rapport plutôt critique envers leur projet de pipeline. Néanmoins, comme relationniste j’observe leurs efforts pour expliquer et pour faire accepter leur projet à la population ; il est légitime pour une entreprise de faire cela.

     

    Je suis un relationniste, un professionnel des relations publiques. Je pratique cette profession depuis 35 ans. Au fil de ces années, j’ai noué des relations professionnelles respectueuses avec un grand nombre de journalistes. Peut-être que je m’illusionne, mais je crois que la plupart de ceux et celles avec qui j’ai eu des échanges professionnels me considèrent généralement comme compétent et honnête, et la réciproque est vraie.

     

    J’ai étudié en journalisme, je comprends et je respecte le rôle essentiel en démocratie d’un journalisme libre de ses orientations. Toutefois, le journalisme n’est pas à l’abri des dérives, surtout lorsqu’il est question de relations publiques.

     

    Le plan Edelman

     

    J’ai été très étonné de la virulence de la réaction des médias par rapport au plan de relations publiques élaboré par la firme Edelman pour le compte de la firme TransCanada et rendu public par Greenpeace. J’ai lu avec attention le document et l’étonnement a viré à la déprime, non pas devant ce plan, somme toute assez classique malgré l’emballage rutilant, mais devant la charge irrationnelle dont il a été l’objet de la part de certains journalistes dont je me demande quelles lunettes ils portaient lorsqu’ils ont lu le document.

     

    Le plan comporte trois volets : présenter le projet sous son meilleur jour ; répondre aux arguments des opposants et corriger les faussetés ; enfin, recruter des influenceurs alliés (« promote, respond, pressure »). Il comprend, comme il se doit, une analyse détaillée du contexte québécois et des arguments des opposants, et des mesures de l’opinion publique. Jamais n’est-il question d’acheter des blogueurs ni d’« astroturfing » (créer un lobby artificiel sans en divulguer la source).

     

    Le « paid media » dont il est question est de la publicité télé, dans les journaux et sur Internet où le commanditaire est identifié. Le recrutement d’alliés doit se faire par le repérage puis par la persuasion, en trouvant des points communs d’intérêt qui pourraient convaincre les tiers d’intervenir. On s’attarde longuement sur la nécessité d’adopter les mêmes stratégies Internet que les opposants. On parle de SEO (search engine optimization) pour que les internautes cherchant de l’information tombent d’abord sur la page de TransCanada. Le détail et l’ampleur des moyens déployés impressionnent. Mais rien de tout cela ne constitue une invasion de l’Empire du Mal.

     

    En vrac, voici quelques reproches que j’ai lus ou entendus dans divers médias.

     

    Acheter des blogueurs. C’est faux, le plan ne dit rien de tel.

     

    Acheter l’opinion publique en contribuant financièrement à divers projets, acheter la science en finançant une chaire de recherche. Dans la mesure où tout se fait ouvertement et dans les règles, où est le problème ? Si les maires et les scientifiques ne sont pas à l’aise avec cette situation, qu’ils refusent l’argent.

     

    Rencontres secrètes avec de grands influenceurs, politiciens et gens d’affaires. Oui, les entreprises qui ont des projets à promouvoir rencontrent les politiciens ; cela s’appelle du lobbying et il y a des règles pour l’encadrer. Et tous les plans de relations publiques, à ma connaissance, établissent des listes de personnes à rencontrer.

     

    Récolte de renseignements sur les groupes d’opposants dans le but de leur nuire. Existe-t-il dans notre société des groupes qui devraient être exempts de tout examen critique ?

     

    L’existence même d’un plan secret de relations publiques est vue comme une preuve de duplicité. Voyons donc. Dans un tel débat, toutes les parties s’organisent, se donnent des plans et des budgets, forment des coalitions, cherchent à se créer un avantage auprès de l’opinion publique. Le grand art des groupes environnementaux est de réussir à convaincre certains journalistes qui ne demandent qu’à l’être qu’il est illégitime pour une grande entreprise de « faire des relations publiques », c’est-à-dire de se donner un plan d’attaque pour faire accepter son dossier dans le cadre d’un débat public.













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