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    Énergie Est

    Un plan en marche

    Le porte-parole du projet Énergie Est de TransCanada se voulait rassurant mardi : non, toutes les stratégies élaborées par la firme de relations publiques Edelman pour faire avaler son pipeline aux Québécois n’ont pas été retenues. Toutes, non, mais leur mise en pratique était très bien lancée.


    Lundi soir 8 septembre, une soirée discrète et pourtant courue se tient dans un hôtel de Montréal. Que du beau monde parmi les invités : Denis Coderre, Michael Sabia, Thierry Vandal, Monique Leroux, Jean Charest, Gérard Deltell, Bernard Drainville, John Parisella… Quelque 200 personnes, qui seront honorées d’un discours du ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Arcand.

     

    Les absents ? Les journalistes. TransCanada, organisatrice de la soirée au cours de laquelle repas et alcool sont gracieusement offerts, a négligé de les convier. L’information coulera pourtant, et sera dévoilée par la chaîne Argent.

     

    C’est aussi grâce à des fuites, cette fois faites à Greenpeace, que l’on vient d’apprendre le plan d’attaque de TransCanada pour que son projet de faire transiter le pétrole albertain sous le sol québécois soit accepté. Dans ce plan détaillé, qui s’appuie sur une connaissance fine du Québec, on trouve une liste de personnalités susceptibles de vanter le pipeline Énergie Est : MM. Sabia, Vandal, Coderre, Parisella… Quant au ministre Arcand, dès le 10 septembre, en marge du Conseil des ministres, il vantait avec force le projet Énergie Est.

     

    Ajoutons encore que TransCanada a fait partie de la vingtaine d’entreprises qui ont versé 20 000 $ lors de la réunion annuelle du Conseil de la fédération, en août, ce qui leur donnait le droit de souper avec les premiers ministres, dont Philippe Couillard.

     

    … Et on nous dira ensuite que ces plans de communications soigneusement préparés, et des plus coûteux, ne font que donner des conseils, laissant sous-entendre qu’au fond, on ne les suit pas vraiment ? D’ailleurs, n’est-ce pas, qui n’a pas de nos jours des idées pour communiquer : les groupes écologistes, ces bloqueurs de projets, n’en font-ils pas autant ?

     

    Mais les écolos qui parlent aux journalistes, envoient des lettres aux médias et révèlent des documents secrets d’intérêt public (quand ils arrivent à en avoir entre les mains) ne tiennent pas, eux, de rencontre non publicisée avec des gens de pouvoir, qu’on peut amener au Grand Prix ou à un concert de Kent Nagano, ou manger au Toqué, comme le suggère le plan élaboré par la réputée firme de relations publiques Edelman.

     

    L’importance du document obtenu par Greenpeace, c’est qu’en fait on y lit noir sur blanc ce que l’on soupçonnait des manigances à la mode pour faire passer la pilule d’un projet qui ne passe pas. TransCanada n’est pas la seule grande entreprise à avoir ce type de stratégie sous la main, qui joue avec les mots, qui évalue l’émotivité des médias locaux, qui cible les influenceurs, qui finance les scientifiques, qui paye pour que sur Internet, en toute apparence de neutralité, ses messages passent…

     

    Quant à la quête d’informations négatives sur les opposants, la réfutation du porte-parole Tim Duboyce, le nouvel arrivé envoyé au front, tombait à plat. Admettons que TransCanada ne s’y soit pas (encore) prêtée, il valait la peine de lire en parallèle une nouvelle du Monde mardi : un dirigeant de la firme Uber a menacé d’étaler la vie privée des journalistes trop critiques. Ces choses-là se pensent bel et bien. Et elles ne se feraient pas ?

     

    TransCanada fera profil bas dans les prochains jours, mais son action se poursuivra : trop d’intérêts sont en jeu pour elle. Quant au gouvernement, sa défense de l’intérêt public derrière lequel il se réfugie ne sera crédible que s’il agit en conséquence. Qu’il cesse d’en parler et qu’il donne enfin au BAPE le mandat d’étudier le projet de pipeline.













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