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    Oléoduc énergie Est

    Rien à faire

    La meilleure manière d’étourdir des citoyens, c’est encore de traiter un dossier en pièces détachées. C’est le processus à l’oeuvre pour l’oléoduc Énergie Est, qui va traverser le Québec jusqu’à Cacouna en passant à travers des zones extrêmement sensibles. Le pouvoir de bloquer le projet est quasi inexistant, même si Québec tente de faire croire le contraire.


    À l’heure où toutes les lumières sont au rouge face à la croissance des gaz à effet de serre, à l’heure où deux études en deux jours — celles de PricewaterhouseCoopers et de l’Organisation météorologique mondiale — appellent à une prise de conscience des pays industrialisés, le Québec est en train de se faire passer un pipeline sans trop réagir.

     

    L’Alberta doit écouler sa production croissante de pétrole tiré des sables bitumineux et les voies pour y parvenir ne sont pas si nombreuses. Les rails croulent sous le pétrole qu’on y fait dorénavant circuler (500 wagons de pétrole brut au Canada en 2009 ; 160 000 en 2013 ; 510 000 prévus en 2016 !) et des projets de pipelines sont bloqués. D’où l’importance que l’entreprise TransCanada accorde à l’oléoduc Énergie Est qui permettrait de faire transiter 1,1 million de barils de pétrole brut par jour de l’Alberta vers Cacouna et le Nouveau-Brunswick.

     

    L’ensemble du projet de TransCanada soulève depuis des mois d’importantes questions environnementales, la dernière en date, révélée par Le Devoir, étant que l’oléoduc traverserait la réserve naturelle des battures de Saint-Augustin-de-Desmaures, non loin de Québec.

     

    Questionné à ce sujet au 98,5 FM lundi par l’animateur Paul Arcand, le ministre du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, David Heurtel, s’est voulu rassurant. On en est à des « étapes très préliminaires », le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) va se pencher sur l’affaire, le Québec interviendra devant l’Office national de l’énergie (ONE)… Bref, tout est encore possible et on peut arrêter le projet.

     

    En fait, les choses avancent plutôt rondement et Québec est mis devant le fait accompli. Par exemple, même sans avoir obtenu les avis scientifiques qu’il réclamait à répétition, le gouvernement Couillard a dû finalement autoriser, fin août, TransCanada à mener des sondages géotechniques à Cacouna. L’entreprise cherche ainsi à savoir où ancrer les pieux du futur port d’exportation du pétrole qu’elle veut y construire.

     

    Autre exemple, l’ONE a lancé en mai le processus d’évaluation de l’oléoduc de TransCanada… alors même que le projet officiel n’y était pas déposé. Du jamais vu. L’ONE a en fait ciblé la liste de questions qui seront permises lors des audiences. Le Québec y sera un intervenant parmi d’autres, et dans un cadre très balisé, comme souhaité par le gouvernement Harper qui veut accélérer l’adoption des projets de pipelines.

     

    Encore un exemple ? Le BAPE, cité à profusion par le ministre Heurtel, n’a toujours pas reçu de mandat pour se pencher sur le dossier Énergie Est. De toute manière, TransCanada a déjà indiqué que même si elle accepte une intervention du BAPE, pour elle seule l’autorisation de l’ONE est nécessaire pour avancer.

     

    On nous mêle encore en soulignant que Québec se préoccupe d’hydrocarbures puisqu’a été annoncée, fin mai, une Évaluation environnementale stratégique qui permettra d’avoir une vision globale à ce sujet. Mais l’EES s’intéresse à l’exploration et l’exploitation pétrolière, pas au pétrole qui vient de loin et traverse les terres québécoises dans un tuyau.

     

    La conclusion s’impose : le Québec n’a pas de prise sur ce qui se passe sur son territoire. Mais c’est lui qui assumera les risques en cas de bris et les coûts environnementaux. Le ministre a beau dire, il y a là largement de quoi protester.













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