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    Porteurs d’eau à porteurs de pétrole

    Que sont nos richesses naturelles, l’eau potable, la faune et la flore, si ce ne sont pas «de vraies affaires»?

    9 septembre 2014 22h04 | Jasmine Dubé - Montréal | Actualités sur l'environnement
    TransCanada a choisi de faire passer son pétrole de la rive nord à la rive sud du fleuve Saint-Laurent, à 20 kilomètres à l’ouest de la ville de Québec, dans une réserve naturelle.
    Photo: Olivier Zuida Le Devoir TransCanada a choisi de faire passer son pétrole de la rive nord à la rive sud du fleuve Saint-Laurent, à 20 kilomètres à l’ouest de la ville de Québec, dans une réserve naturelle.

    «C'est à Ottawa que revient la décision d’autoriser la construction du pipeline.» Autrement dit, l’affaire est dans le sac ! On connaît l’amour de Stephen Harper pour l’Alberta. Après toutes les compressions qu’il a imposées aux provinces de l’Est, il pense peut-être faire d’une pierre deux coups en faisant couler quelques emplois en même temps que le pétrole chez les porteurs d’eau du Bas-Canada. Les Américains bloquent le projet Keystone XL, lui aussi l’affaire de TransCanada, et la côte ouest, celui de Northern Gateway. Non. Pas chez nous. Alors cap sur le Québec, « la voie la plus naturelle » pour le marché de l’or noir !

     

    De nombreux citoyens du Bas-Saint-Laurent affichent leurs couleurs avec « Coule pas chez nous », mais quel recours ont-ils quand tout se décide « dans les coulisses du pouvoir » et que les deux premiers ministres, Harper et Couillard, sont TRÈS favorables au projet ? Comment se fait-il que là où d’autres ont refusé, le Québec se le fasse imposer ?

     

    Porteurs d’eau !

     

    Quels sont nos recours quand même la Cour supérieure du Québec n’y voit pas d’objection, estimant même que « le retard dans les travaux de forage » serait de nature à causer « un préjudice économique » à TransCanada dont le chiffre d’affaires avoisine les 10 milliards de dollars ? Et que penser de la suffisance de TransCanada quand il martèle que « la décision finale appartient uniquement au gouvernement fédéral » ?

     

    « Lorsque le nouveau pipeline sera en activité […] 1,4 million de barils de brut de l’Ouest couleront chaque jour vers le Québec. Il deviendra ainsi, et ce pour des siècles à venir, la plus importante plaque tournante de la production pétrolière albertaine. » Le feu vert pour TransCanada est autorisé par la Cour supérieure du Québec qui trouve les écologistes bien « alarmistes ». Et c’est parti pour le forage exploratoire temporaire au coeur de l’unique lieu de reproduction des bélugas : 95 jours à raison de cinq heures par jour ! Les bélugas n’ont qu’à bien se tenir !

     

    Le Québec à vendre ? J’achète, dit l’Alberta !

     

    TransCanada veut même ajouter au panier d’épicerie les installations existantes au port de Cacouna et y installer d’énormes réservoirs pour stocker des millions de litres de brut issu des sables bitumineux. De porteurs d’eau à récepteurs de pétrole, il n’y a qu’un pipeline. Le cancer de l’Alberta coulera dans notre Saint-Laurent. Et le bon docteur Couillard n’est pas sans savoir que quand on injecte un poison dans la carotide, le coeur et le cerveau peuvent flancher à tout moment… « Maîtres chez nous » ? Oui, bien sûr ! Sauf que ce sont les Albertains qui le deviennent au Québec, avec la bénédiction du gouvernement de Philippe Couillard !

     

    Dans l’édition du Devoir de lundi, on apprend que l’histoire commence en amont, à Saint-Augustin-de-Desmaures, à 20 kilomètres à l’ouest de Québec. C’est le lieu qu’a choisi TransCanada pour faire passer son pétrole de la rive nord à la rive sud du fleuve. Dans une réserve naturelle. (On dirait qu’ils le font exprès !) Au-delà des dommages qui seront causés aux battures, à sa faune et à sa flore fragiles, c’est le projet lui-même qui effraie : « Un tuyau d’un mètre de diamètre dans lequel coulera chaque jour 1,1 million de barils de brut… » traversera le Saint-Laurent en passant par le sous-sol marin.

     

    Les 200 espèces d’oiseaux fréquentant les battures de Saint-Augustin, les bernaches, les oies des neiges, les canards barboteurs, les poissons, amphibiens et reptiles et chauve-souris, n’ont qu’à bien se tenir, eux aussi. Et les humains aussi. Imaginez un déversement dans le Saint-Laurent en aval de Québec ? (En amont serait tout aussi terrifiant !) Imaginez-le en hiver et multipliez par mille les complications !

     

    D’un point de vue environnemental, le projet est inacceptable, soutient Jacques Anctil, président de la Fondation québécoise pour la protection de la nature. Il présente beaucoup trop de risques durant les travaux et pendant la période d’exploitation. « Il n’y a qu’une seule garantie, c’est que le pipeline va fuir. Il s’agit seulement de se demander quand, où et quelle quantité. »

     

    Et c’est sans compter l’impact sur l’eau potable ! La municipalité de Saint-Augustin-de-Desmaures s’oppose au passage du pipeline sur son territoire tant que le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) n’aura pas étudié le projet, rassuré la population et élaboré « un plan d’urgence ». TransCanada a accepté que son projet soit soumis au BAPE selon Québec, mais… l’entreprise se gargarise en répétant que la décision finale sur la construction appartient uniquement au gouvernement fédéral !

     

    Notre gouvernement à Québec, lui, se met à quatre pattes devant le géant albertain. Pire, il fait de l’à-plat-ventrisme. Un certificat d’autorisation délivré par le ministère de l’Environnement […] transmis le 25 juillet dernier permet à l’entreprise de réaliser quatre forages sous-marins […] sans aucune date butoir pour la réalisation des travaux.

     

    Des échanges de courriels et de formulaires entre le gouvernement et TransCanada complètent l’entente, mais… on ne peut pas y avoir accès : « Avant de transmettre ces informations, le ministère doit d’abord obligatoirement obtenir l’autorisation de TransCanada. »

     

    Porteurs d’eau !

     

    Quelle sorte de gouvernement nous dirige, lui qui dilapide nos richesses naturelles ? Ce projet qui rend l’entreprise albertaine « maître chez nous » au Québec, ne faisait pas partie « des vraies affaires » que prônait monsieur Couillard quand il s’est présenté aux élections. Que sont nos richesses naturelles, l’eau potable, la faune et la flore, si ce ne sont pas « de vraies affaires » ? On pourrait croire que Philippe Couillard a mis la pancarte « Québec à vendre » devant le parlement. Il pourra bientôt y accoler l’étiquette « Vendu », puisqu’il a trouvé un riche acquéreur albertain, TransCanada. Je ne me reconnais pas dans ce parti qui se dit « le gouvernement de tous les Québécois ».

     

    Là où les États-Unis et la côte ouest ont refusé le passage de l’oléoduc, le Québec a répondu « oui » par la bouche de ses canons. De « porteurs d’eau », nous voici donc à l’aube de devenir des « transporteurs de pétrole » transcanadien. Il y a de l’eau dans le gaz… Ou plutôt du pétrole dans l’eau. Honte à nos gouvernements !













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