Par où commencer?
Par où commencer pour relancer l'Afrique subsaharienne? La question présente un casse-tête dont le projet de Nouveau Partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD), qui n'est encore en grande partie que théorique, n'a pas assemblé toutes les pièces.
Accompagné à la clé d'une facture officieuse de 64 milliards de dollars américains, le NEPAD veut attirer en quantités massives les investissements privés, veut élaborer d'ambitieux projets d'infrastructures régionales destinés à sortir le continent du morcellement imposé par le colonialisme et fait des promesses de bonne administration et de démocratisation dans l'espoir que les investisseurs rassurés feront enfin perdre au continent sa mauvaise réputation. Il faut casser, aime à répéter le président sénégalais, Abdoulaye Wade, «le binôme infernal de l'aide et du crédit». Encore que, de l'avis général, il faudra que les pays riches freinent l'avarice qu'ils ont pratiquée depuis dix ans — ce qu'ils semblent enfin vouloir faire — et donnent encore longtemps un coup de main à l'Afrique au chapitre de l'aide publique au développement; il faudra aussi que des efforts majeurs soient faits pour alléger la dette africaine de quelque 250 milliards.
Par où, donc, commencer? Par l'électrification, plaide Gaëtan Lafrance, d'INRS-Énergie, à l'Université du Québec, qui connaît l'Afrique de l'Ouest et le Vietnam. L'électrification, dit-il, est un facteur d'éducation — elle permet par exemple d'étudier le soir —, d'activité commerciale, de sécurité humaine, et donne accès à l'eau potable.
Or les privatisations de sociétés d'État, l'absence de développement industriel en Afrique et les contraintes de plus en plus sévères imposées par les organismes de financement internationaux, fondées sur des exigences de rentabilité, «n'ont pas permis d'augmenter le taux d'électrification des pays de l'Afrique à un niveau décent». L'UNESCO évalue ce taux à 20 % en moyenne sur le continent. Il est inférieur à 10 % dans plusieurs pays, notamment en Afrique de l'Ouest.
M. Lafrance et son étudiant au doctorat nigérien Salifou Seini-Modi ont étudié sept des huit pays qui forment l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Les résultats de leur étude insistent sur le développement d'une politique régionale et concertée d'électrification. «On y gagne sur toute la ligne, autant sur les plans social et économique qu'environnemental.» À défaut, les décisions sont prises à la petite semaine, comme ce fut le cas en 1998 au Ghana, frappé par une crise d'énergie. La faiblesse des interconnexions régionales, déplore M. Lafrance, favorise négativement le recours à la construction d'infrastructures locales et à du «thermique bas de gamme» comme le diesel. Dans le cas de l'UEMOA, l'amélioration de la situation passe à son avis par le jumelage des potentiels gazier et hydraulique du Nigeria avec ceux de la Cote-d'Ivoire et du Ghana.
«On ne peut pas continuer de regarder les choses sous l'angle de la rentabilité», affirme M. Lafrance. L'Afrique de l'Ouest est à ce titre aux antipodes de ce qui s'est fait au Vietnam, où l'accès à l'électricité, au lieu d'être vu comme un pur bien de consommation, est considéré «comme un facteur d'amélioration de la qualité de vie, de l'espérance de vie et du niveau d'alphabétisation».
Accompagné à la clé d'une facture officieuse de 64 milliards de dollars américains, le NEPAD veut attirer en quantités massives les investissements privés, veut élaborer d'ambitieux projets d'infrastructures régionales destinés à sortir le continent du morcellement imposé par le colonialisme et fait des promesses de bonne administration et de démocratisation dans l'espoir que les investisseurs rassurés feront enfin perdre au continent sa mauvaise réputation. Il faut casser, aime à répéter le président sénégalais, Abdoulaye Wade, «le binôme infernal de l'aide et du crédit». Encore que, de l'avis général, il faudra que les pays riches freinent l'avarice qu'ils ont pratiquée depuis dix ans — ce qu'ils semblent enfin vouloir faire — et donnent encore longtemps un coup de main à l'Afrique au chapitre de l'aide publique au développement; il faudra aussi que des efforts majeurs soient faits pour alléger la dette africaine de quelque 250 milliards.
Par où, donc, commencer? Par l'électrification, plaide Gaëtan Lafrance, d'INRS-Énergie, à l'Université du Québec, qui connaît l'Afrique de l'Ouest et le Vietnam. L'électrification, dit-il, est un facteur d'éducation — elle permet par exemple d'étudier le soir —, d'activité commerciale, de sécurité humaine, et donne accès à l'eau potable.
Or les privatisations de sociétés d'État, l'absence de développement industriel en Afrique et les contraintes de plus en plus sévères imposées par les organismes de financement internationaux, fondées sur des exigences de rentabilité, «n'ont pas permis d'augmenter le taux d'électrification des pays de l'Afrique à un niveau décent». L'UNESCO évalue ce taux à 20 % en moyenne sur le continent. Il est inférieur à 10 % dans plusieurs pays, notamment en Afrique de l'Ouest.
M. Lafrance et son étudiant au doctorat nigérien Salifou Seini-Modi ont étudié sept des huit pays qui forment l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Les résultats de leur étude insistent sur le développement d'une politique régionale et concertée d'électrification. «On y gagne sur toute la ligne, autant sur les plans social et économique qu'environnemental.» À défaut, les décisions sont prises à la petite semaine, comme ce fut le cas en 1998 au Ghana, frappé par une crise d'énergie. La faiblesse des interconnexions régionales, déplore M. Lafrance, favorise négativement le recours à la construction d'infrastructures locales et à du «thermique bas de gamme» comme le diesel. Dans le cas de l'UEMOA, l'amélioration de la situation passe à son avis par le jumelage des potentiels gazier et hydraulique du Nigeria avec ceux de la Cote-d'Ivoire et du Ghana.
«On ne peut pas continuer de regarder les choses sous l'angle de la rentabilité», affirme M. Lafrance. L'Afrique de l'Ouest est à ce titre aux antipodes de ce qui s'est fait au Vietnam, où l'accès à l'électricité, au lieu d'être vu comme un pur bien de consommation, est considéré «comme un facteur d'amélioration de la qualité de vie, de l'espérance de vie et du niveau d'alphabétisation».
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