Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Abonnez-vous!
    Connectez-vous

    Ultime recours pour bloquer les forages à Cacouna

    880: population estimée des bélugas du Saint- Laurent. Ils étaient plus de 10 000 à la fin du XIXe siècle, selon Pêches et océans Canada.
    Photo: Source Gremm 880: population estimée des bélugas du Saint- Laurent. Ils étaient plus de 10 000 à la fin du XIXe siècle, selon Pêches et océans Canada.

    Le gouvernement du Québec a fait fi de la science et de son devoir de protection de l’environnement en autorisant TransCanada à mener des forages sous-marins dans le secteur de Cacouna, en plein coeur de la pouponnière des bélugas du Saint-Laurent. C’est ce qu’affirment des groupes écologistes qui viennent de déposer une demande d’injonction dans le but de bloquer le début des travaux, prévu au cours des prochains jours.

     

    Selon le libellé de la demande d’injonction déposée mardi en Cour supérieure, le ministre de l’Environnement, David Heurtel, « a agi déraisonnablement en délivrant un certificat d’autorisation contraire à ses obligations d’assurer la survie et le rétablissement du béluga ».

     

    Les quatre organismes à l’origine de ce nouveau recours judiciaire estiment ainsi que Québec n’a tout simplement pas tenu compte de l’expertise scientifique disponible avant de donner le feu vert à la pétrolière. Le gouvernement Couillard, favorable au projet portuaire de TransCanada, n’a pas consulté l’« équipe de rétablissement » pourtant mise sur pied par les gouvernements du Canada et du Québec, dans le cadre du programme de rétablissement du béluga du Saint-Laurent.

     

    Cette équipe de chercheurs chevronnés comprend notamment le scientifique Robert Michaud, un expert des cétacés qui étudie les bélugas québécois depuis plus de 30 ans. Or, selon un avis scientifique produit par ce dernier, les travaux de forage prévus à Cacouna menacent directement « le rétablissement de la population de bélugas » et pourraient même « accélérer son déclin et réduire les chances de survie de la population ».

     

    Ce constat basé sur la recherche est d’autant plus préoccupant, selon M. Michaud, que cette population de mammifères marins ne montre aucun signe de rétablissement depuis sa protection totale instaurée au début des années 80. Le nombre de bélugas a même reculé au cours des dernières années, passant de quelque 1000 individus à environ 880. L’espèce est d’ailleurs désignée comme « menacée » par Québec depuis mars 2000, en vertu de la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables.

     

    Dans ce contexte, la zone maritime de Cacouna est tout simplement cruciale pour l’espèce. C’est dans ce secteur de l’estuaire du Saint-Laurent que se concentrent, de mai à octobre, les femelles gestantes. Elles y mettent bas et y demeurent avec leurs veaux. Elles y trouvent également une source d’alimentation essentielle pour assurer leur survie hivernale.

     

    Québec copie Ottawa

     

    Mais, au lieu de tenir compte de l’avis des scientifiques sur les impacts des travaux prévus à Cacouna, le gouvernement Couillard aurait « essentiellement » basé sa décision et les conditions de réalisation des forages sur ce qui a été recommandé par Ottawa. Or la requête d’une quarantaine de pages souligne que les travaux prévus par TransCanada « n’ont fait l’objet d’aucune analyse détaillée par la Direction des sciences ou par des scientifiques experts en mammifères marins » de Pêches et océans Canada. Qui plus est, les mesures fédérales « sont inefficaces pour réduire le risque que les bélugas évitent ce secteur, se privant des ressources essentielles pour l’élevage des veaux », selon Robert Michaud.

     

    Le certificat émis jeudi dernier par le ministère de l’Environnement contreviendrait en outre à la Loi sur la qualité de l’environnement, qui interdit l’émission de tout « contaminant » susceptible de porter « préjudice » à la faune. Dans ce cas, les travaux généreront de puissants effets sonores sous-marins qui « risquent de causer un préjudice irréparable aux bélugas ». Et l’obligation pour TransCanada de s’assurer qu’aucun béluga ne se trouve dans un rayon de 540 mètres au moment des forages « ne constitue pas une mesure d’atténuation appropriée ».

     

    La demande d’injonction doit être entendue vendredi matin au palais de justice de Montréal. Elle sera présentée par les avocats du Centre québécois du droit de l’environnement. L’objectif est de bloquer le début des travaux, prévu au cours des prochains jours. TransCanada n’a pas voulu préciser au Devoir la date du début des 16 forages qui doivent être réalisés dans la pouponnière des bélugas. Mais, selon ce que précise le certificat d’autorisation émis par Québec, ceux-ci doivent être terminés au plus tard en novembre.

     

    Ces forages ne constituent toutefois qu’une étape vers la construction d’un port qui doit permettre d’exporter du pétrole brut provenant des sables bitumineux. Après l’ouverture du port, des pétroliers viendront s’amarrer à un quai qui s’avancera sur 500 mètres dans les eaux du Saint-Laurent, dans un secteur reconnu pour sa grande biodiversité.

     

    Les navires chargeront du pétrole qui sera acheminé au Québec par le futur oléoduc Énergie Est. Celui-ci doit transporter chaque jour 1,1 million de barils dès 2018. Il s’agit du plus important projet du genre actuellement en développement en Amérique du Nord. Même si le Québec deviendra alors le point de passage le plus névralgique au Canada pour l’exportation de la production des sables bitumineux, la décision d’autoriser la construction de cet oléoduc revient uniquement au gouvernement de Stephen Harper.

     

    Avec le projet de TransCanada et l’inversion de l’oléoduc 9B d’Enbridge, ce sont 1,4 million de barils de pétrole brut de l’Ouest qui couleront chaque jour vers le Québec d’ici 2018. C’est l’équivalent de la moitié de toute la production des sables bitumineux attendue en 2020.













    Envoyer
    Fermer

    Articles les plus : Commentés|Aimés
    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.