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    Océan Arctique

    Du méthane s’échappe des fonds marins

    Ce gaz pourrait aggraver les bouleversements climatiques

    Les analyses préliminaires des échantillons d’eau de mer recueillis dans le cadre des travaux indiquent que les niveaux de méthane dissous dans l’eau sont de 10 à 50 fois plus élevés qu’auparavant.
    Photo: Kathryn Hansen NASA Les analyses préliminaires des échantillons d’eau de mer recueillis dans le cadre des travaux indiquent que les niveaux de méthane dissous dans l’eau sont de 10 à 50 fois plus élevés qu’auparavant.

    Une équipe scientifique internationale vient de découvrir d’importantes éruptions de méthane provenant des fonds marins d’une mer située aux limites de l’océan Arctique. Un constat pour le moins préoccupant, dans la mesure où le méthane est un puissant gaz à effet de serre qui risque d’accélérer le rythme du réchauffement climatique planétaire.

     

    Les travaux menés par une équipe de Suédois, de Russes et d’Américains ont permis de constater plusieurs fuites de méthane dans la mer de Laptev, située au nord de la Sibérie. « Ç’a été une surprise », écrit le professeur Örjan Gustafsson, de l’Université de Stockholm, dans le site de l’expédition Swerus-C3.

     

    Les chercheurs ont ainsi pu déterminer la présence de dizaines de sites d’éruptions de méthane, et ce, à différentes profondeurs. « À plusieurs endroits, notent aussi les scientifiques dans leurs premières constatations sur le terrain, des bulles de méthane ont même été observées à la surface de l’eau. »

     

    Qui plus est, les analyses préliminaires des échantillons d’eau de mer recueillis dans le cadre des travaux indiquent que les niveaux de méthane dissous dans l’eau sont de 10 à 50 fois plus élevés qu’auparavant.

     

    Même si les chercheurs ne pointent pas pour le moment vers les impacts des changements climatiques pour expliquer ces fuites, ils espèrent utiliser ces travaux afin de produire des « estimations sur la façon dont ces fuites de méthane pourraient se développer dans le futur ». Cela comprend un contexte de réchauffement des eaux de l’Arctique.

      

    Effet climatique

     

    En raison du recul de plus en plus marqué de la banquise, les fonds marins de l’Arctique risquent en effet plus de relâcher d’immenses quantités de ce gaz à effet de serre, 20 fois plus puissant que le CO2.

     

    Selon les estimations inscrites dans une étude publiée l’an dernier par la revue Nature, pas moins de 50 milliards de tonnes de méthane se trouveraient en mer de Sibérie orientale, soit la partie de l’océan Arctique située au nord-est de la Russie. Et encore : ce chiffre ne correspond qu’à 10 % du stock de méthane coincé dans le plateau continental sibérien. En fait, les quantités de méthane stockées dans les fonds sous-marins de l’Arctique dépasseraient en importance la totalité du carbone contenu dans les réserves mondiales de charbon, le combustible fossile le plus abondant.

     

    Si ce méthane était relâché, il agirait comme un puissant accélérateur sur les bouleversements climatiques. « Le temps qui nous sépare du moment où l’augmentation de la température moyenne globale dépassera les 2 °C serait raccourci de 15 à 35 ans », estime ainsi l’expert en modélisation Chris Hope, de l’Université de Cambridge en Angleterre. Bref, cette libération constitue une « bombe à retardement invisible ».

      

    Fonte du pergélisol

     

    Une étude britannique publiée en juin 2013 indique par ailleurs que le pergélisol de toute la zone arctique pourrait commencer à dégeler de façon durable d’ici 10 à 30 ans. Ce pergélisol représente un quart de la surface des terres dans l’hémisphère Nord.

     

    Au niveau mondial, il renfermerait 1700 milliards de tonnes de carbone, soit environ le double du CO2 déjà présent dans l’atmosphère. Mais cet énorme apport de CO2 rejeté dans l’atmosphère n’a jusqu’à présent pas été pris en compte dans les projections sur le réchauffement qui sont utilisées dans le cadre des négociations mondiales sur le climat.

     

    Toute cette question du méthane comprend néanmoins d’importantes « incertitudes », souligne le biologiste Claude Villeneuve, spécialiste de la question climatique. « On sait qu’il y a des émissions importantes dans certaines régions. Mais est-ce qu’elles existent depuis longtemps ? C’est impossible de le dire, parce que ce phénomène n’était pas anticipé avant 1999. Mais on peut imaginer que, avec le réchauffement climatique, les conditions favorables au dégazage sont plus présentes. »

     

    Cela signifie qu’il importe de prendre au sérieux ces nouveaux constats scientifiques, selon lui. « Ces phénomènes nous indiquent que nous devrions être très prudents, parce qu’ils peuvent tous être amplifiés par les changements climatiques. » Et déjà, rappelle M. Villeneuve, la communauté internationale n’a pas pris les décisions qui s’imposent pour tenter de freiner le bouleversement durable du climat de la seule planète où le maintien de la vie est possible.













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