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    La pression pétrolière s’accroît sur le Québec

    South Portland, dans le Maine, dit non au pétrole des sables bitumineux

    23 juillet 2014 | Alexandre Shields - avec La Presse canadienne | Actualités sur l'environnement
    La décision de South Portland compromet l’acheminement de pétrole des sables bitumineux vers le Maine, selon Équiterre. Ci-dessus, les installations de Suncor à Fort McMurray, en Alberta.
    Photo: Mark Ralston Agence France-Presse La décision de South Portland compromet l’acheminement de pétrole des sables bitumineux vers le Maine, selon Équiterre. Ci-dessus, les installations de Suncor à Fort McMurray, en Alberta.

    Qu’il le veuille ou non, le Québec est en voie de devenir le point de passage le plus névralgique au pays pour l’exportation du pétrole des sables bitumineux. Une réalité renforcée par la décision de la Ville de South Portland, dans le Maine, d’en interdire le transport sur son territoire.

     

    La municipalité a voté lundi soir un règlement qui a pour effet de bloquer définitivement le passage du pétrole albertain qui aurait pu être transporté du coeur du continent jusqu’au port, pour y être chargé à bord de navires. South Portland est le deuxième port pétrolier en importance de la côte est américaine.

     

    Selon ce qu’a expliqué le maire Jerry Jalbert, le règlement a été adopté dans une optique de protection de l’environnement. Il faut dire que le pétrole des sables bitumineux voyagerait par un pipeline qui part de Montréal pour se rendre à South Portland. Or, la Ville est contre l’inversion du flux du pipeline, une mesure qui serait nécessaire pour rejoindre son port.

     

    Le pipeline en question, construit en 1941, achemine actuellement du pétrole brut léger du Maine jusqu’à la raffinerie de Suncor, à Montréal. Mais un projet a été développé dès 2008 — sous le nom de Trailbreaker — dans le but d’utiliser le pipeline pour amener de l’or noir de l’Ouest jusqu’à la côte est. De là, il pourrait être transporté à bord de pétroliers jusqu’aux raffineries du Texas ou encore être exporté, notamment vers l’Europe.

     

    Chemin naturel

     

    Pipe-Lines Portland Montréal (PLPM), propriété de la Pétrolière impériale (ExxonMobil) et de Suncor, a dépensé 6,5 millions de dollars en vue de se préparer pour ce projet. Son président et chef de la direction, Larry Wilson, a aussi réitéré l’an dernier que le projet faisait toujours partie des options étudiées par l’entreprise. Mardi, PLPM a toutefois affirmé que l’inversion n’était pas à l’ordre du jour.

     

    « Le vote représente un vote contre l’emploi, contre l’énergie et contre les travailleurs et il résulte d’un jugement prématuré de certains conseillers municipaux, qui ont ignoré la science en faveur de la peur, appuyés dans leur démarche démagogique par un groupe d’activistes opposés à l’exploitation du pétrole », a néanmoins réagi sans détour le vice-président de PLPM, Thomas Hardison, à la suite du vote à South Portland.

     

    Le cofondateur et porte-parole d’Équiterre, Steven Guilbeault, estime d’ailleurs que les pétrolières lorgnaient toujours du côté de Portland comme point de passage du pétrole albertain. « Nous sommes plusieurs à demeurer convaincus que c’était l’objectif. C’est la façon la plus simple de sortir le pétrole des sables bitumineux de l’Amérique du Nord. Le pipeline est déjà là, mais aussi le port de mer. Mais la décision de South Portland vient compromettre ce projet. »

     

    L’industrie de l’énergie fossile cherche intensément des moyens pour mettre en marché une production quotidienne qui doit atteindre trois millions de barils de pétrole d’ici 2020. Or, pour le moment, de nombreux obstacles se dressent contre les projets de pipelines, avenue privilégiée pour transporter de grands volumes de brut à moindres coûts. Le projet d’oléoduc vers la côte ouest, Northern Gateway, fait toujours face à une vive contestation, notamment des Premières Nations. Keystone XL, qui doit permettre de rejoindre les raffineries du Texas, n’a toujours pas été approuvé par Washington.

     

    De l’Alberta au Québec

     

    Alors que s’ajoute désormais le refus de South Portland, le Québec devient une cible privilégiée pour l’exportation d’une part significative du pétrole albertain. « Le Québec devient un point de passage naturel pour ce pétrole. Il est donc clair que la pression sera forte pour donner le feu vert aux projets qui sont déjà sur la table », a ainsi affirmé Jean-Thomas Bernard, professeur au Département de science économique de l’Université d’Ottawa.

     

    « Il y aura beaucoup de pression sur le Québec pour que le projet Énergie Est, de TransCanada, se réalise », a lui aussi confirmé Pierre-Olivier Pineau, spécialiste en politique énergétique à HEC Montréal. Selon lui, il est clair pour le lobby pétrolier que « le chemin du Québec semble le plus salutaire ». « C’est techniquement plus simple de passer par le Québec » et ce genre de projet « est important pour l’Alberta et les pétrolières ».

     

    Le pipeline Énergie Est permettrait de transporter quotidiennement, dès 2018, quelque 1,1 million de barils pétrole des sables bitumineux vers le Québec, puis vers le Nouveau-Brunswick. Il s’agit du plus important projet du genre actuellement en développement en Amérique du Nord. Il a déjà été présenté à l’Office national de l’énergie (ONE) par la pétrolière.

     

    Pour le réaliser, TransCanada devra construire des centaines de kilomètres de pipeline en sol québécois, mais aussi traverser le fleuve Saint-Laurent. L’entreprise compte aussi construire un terminal maritime d’exportation afin de charger des pétroliers à Cacouna, en plein coeur de l’estuaire du Saint-Laurent.

     

    Même si le Québec est un point de passage névralgique pour le futur pipeline, la décision concernant sa construction revient uniquement au gouvernement de Stephen Harper. En vertu des règles fédérales, c’est en effet l’ONE qui doit statuer sur le sort du projet. Cet organe dépend directement du bureau du premier ministre.

     

    Couillard dit oui

     

    Le gouvernement de Philippe Couillard a déjà annoncé qu’il était favorable au projet de TransCanada, et ce, avant d’avoir précisé la teneur de l’évaluation environnementale qui serait menée au Québec. Celle-ci n’aura toutefois pas de pouvoir sur la construction du pipeline.

     

    Mais selon M. Guilbeault, il n’en faut pas moins débattre des émissions de gaz à effet de serre générées par le pétrole des sables bitumineux. « Si on dit oui au Québec à ces projets, il faut se demander quels seront les impacts sur les émissions, dans un contexte où on tente de les réduire. » Les participants aux audiences de l’ONE sur les projets de pipelines n’ont cependant pas le droit d’aborder les impacts environnementaux de l’exploitation pétrolière en Alberta dans le cadre de leur présentation.

     

    Avant la réalisation du projet de TransCanada, la pétrolière Enbridge doit acheminer 300 000 barils de brut de l’Ouest à Montréal d’ici la fin de l’année 2014. Le projet d’inversion du flux dans l’oléoduc 9B a été approuvé par le gouvernement Harper plus tôt cette année. Ce pipeline traverse plusieurs cours d’eau au Québec, mais aussi des terres agricoles et des quartiers résidentiels dans la région de Montréal. Une partie du pétrole sera raffinée aux installations de Suncor, dans l’est de la ville. Une autre partie sera chargée sur des navires qui se rendront à Lévis, à la raffinerie d’Ultramar.

     

    Avec les projets de TransCanada et d’Enbridge, ce sont 1,4 million de barils de pétrole brut de l’Ouest qui couleront chaque jour vers le Québec d’ici 2018. C’est l’équivalent de la moitié de toute la production des sables bitumineux attendue pour 2020.













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