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    Environnement

    Québec ratera la cible des aires protégées

    La vallée de la rivière Broadback, située sur le territoire de la baie James, d’une superficie de 13 000 km2, compte notamment une des dernières grandes forêts vierges du Québec.
    Photo: Lynette Chubb/CC La vallée de la rivière Broadback, située sur le territoire de la baie James, d’une superficie de 13 000 km2, compte notamment une des dernières grandes forêts vierges du Québec.
    Consulter le rapport du SNAP (PDF)

    À moins d’efforts substantiels et sans précédent, le Québec ratera ses objectifs de création d’aires protégées, constate la Société pour la nature et les parcs du Canada (SNAP). L’organisme estime d’ailleurs que le développement minier, si cher au gouvernement de Philippe Couillard, nuit à la mise en place de telles mesures de protection.

     

    Officiellement, le gouvernement du Québec s’est engagé à protéger 12 % de son territoire d’ici 2015. Mais le directeur général de la SNAP Québec, Patrick Nadeau, estime que l’objectif est totalement hors d’atteinte dans le contexte actuel. « Le problème demeure la création de nouvelles aires protégées. La date butoir est pour ainsi dire arrivée, mais la création d’aires protégées se fait toujours très, très lentement. »

     

    Dans le cadre de son Rapport 2014 sur l’état des parcs du Canada, la SNAP a ainsi calculé l’écart qui sépare le Québec de l’atteinte de son objectif. La superficie totale des aires protégées représente actuellement 9,11 % du territoire québécois. Pour atteindre la barre des 12 %, il faudrait ajouter un peu plus de 48 000 km2 de territoire. Si on tient pour acquis que le gouvernement Couillard a jusqu’en décembre 2015 pour y parvenir, il faudrait protéger 2830 km2 de plus par mois pour atteindre l’objectif. Cela équivaut à ajouter cinq fois la superficie du parc de la Mauricie (536 km2) chaque mois.

     

    Mais comme le gouvernement du Québec affirme en outre qu’il respectera l’engagement international de protéger de 17 % de ses terres d’ici 2020, les démarches devront se poursuivre après 2015. Le gouvernement aura alors cinq ans pour ajouter un supplément de 80 000 km2 de territoires protégés, et ce, une fois son premier objectif atteint. Cela équivaudrait à bonifier la superficie naturelle mise à l’abri du développement de 131 500 km2 par rapport à ce qu’elle est aujourd’hui.

     

    Projets au point mort

     

    Passer de la promesse aux actes exigera inévitablement de créer de « très grandes aires protégées, affirme Patrick Nadeau. Le problème, c’est qu’il n’y a pas eu de création de zones substantielles cette année ni l’année dernière. »

     

    Le biologiste s’explique d’ailleurs mal pourquoi le gouvernement tarde autant à mettre en place certaines aires protégées déjà clairement définies sur cartes. « Plusieurs projets sont au point mort », déplore-t-il. C’est le cas du projet de la vallée de la rivière Broadback, située sur le territoire de la baie James. Ce territoire, d’une superficie de 13 000 km2, compte notamment une des dernières grandes forêts vierges du Québec. Il constitue aussi un habitat essentiel pour le caribou forestier, une espèce menacée et emblématique de la fragilité de la forêt boréale. Le secteur est toutefois convoité par les compagnies forestières, à qui Philippe Couillard a promis de donner la priorité. « Je ne sacrifierai pas une seule job dans la forêt pour les caribous », a-t-il dit en campagne électorale.

     

    Le projet de la Broadback fait l’objet de discussions depuis des années, mais cette vallée ne bénéficie pour le moment d’aucune protection formelle. « Si nous ne parvenons pas à créer une aire protégée comme celle de la rivière Broadback, il est évident que nous ne pourrons pas atteindre notre objectif pour 2015 », affirme pourtant Patrick Nadeau.

     

    D’autres projets tardent aussi à se concrétiser. C’est le cas de la réserve de biodiversité projetée Albanel-Témiscamie-Otish. Ce territoire de 11 000 km2 comprend notamment le lac Mistissini (le plus grand lac du Québec) et tout un secteur situé au nord-est de celui-ci. Les Cris sont favorables à la création de la réserve de biodiversité. Mais pour le moment, le secteur bénéficie uniquement d’une « protection provisoire », qui se termine le 7 mars 2015.

     

    Nature vs minières

     

    Sur le territoire de la vallée de la Broadback et dans le secteur Albanel-Témiscamie-Otish, des titres miniers ont été acquis. Un problème de taille, selon le directeur général de la SNAP.

     

    « La présence de titres miniers est un des principaux obstacles à la création de nouvelles aires protégées, soutient Patrick Nadeau. À partir du moment où il y a des titres miniers, c’est tout simplement impossible d’aller de l’avant. Ça ne prend donc pas grand-chose pour faire dérailler un projet d’aire protégée. »

     

    Il est vrai qu’une entreprise minière peut conserver ses titres d’exploration lorsqu’un territoire est mis provisoirement « en réserve » par l’État, explique Ugo Lapointe, porte-parole de la Coalition Québec meilleure mine. Le gouvernement peut alors imposer une durée limitée aux titres miniers. Mais si l’entreprise découvre des ressources minérales, elle peut les conserver. La préséance est donc habituellement donnée au développement minier. Il est en outre assez simple de se procurer des titres miniers au Québec.

     

    M. Nadeau souhaite donc que Québec pose des gestes concrets afin de démontrer sa volonté de protéger davantage de territoire, notamment en milieu nordique. « Le premier ministre parle beaucoup du Plan Nord, mais l’objectif de protéger 50 % du territoire nordique demeure intact. Comment feront-ils pour l’atteindre ? Nous attendons des réponses. »

     

    Au cabinet du ministre de l’Environnement, on n’a pas répondu aux questions du Devoir lundi. Il n’a donc pas été possible de savoir comment Québec entend atteindre l’objectif de 12 % en 2015, ni quels projets d’aires protégées sont à l’étude.













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