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    Changements climatiques

    L’accumulation de CO2 atteint le seuil critique

    Paris sous le smog en mars dernier
    Photo: Agence France-Presse (photo) Patrick Kovarik Paris sous le smog en mars dernier

    De nouvelles données de l’Organisation météorologique mondiale rendues publiques lundi révèlent que la concentration de CO2 dans l’hémisphère Nord vient de battre un record ce printemps. Il s’agit là d’un signe pour ainsi dire incontestable de l’accélération du réchauffement climatique et surtout imputable à la combustion d’énergies fossiles.

     

    Concrètement, toutes les stations de mesures de la concentration de CO2 dans l’atmosphère de l’hémisphère ont enregistré une moyenne mensuelle dépassant les 400 parties par million (ppm) au cours du mois d’avril, une première dans l’histoire de l’humanité. Les maximums atteints varient de 401 à 405 ppm.

     

    Exemple éloquent de la hausse observée, la teneur moyenne en dioxyde de carbone a dépassé 401,3 ppm en avril à Mauna Loa (Hawaii), selon les données de l’agence américaine responsable de l’étude de l’océan et de l’atmosphère. En 2013, ce cap n’avait été franchi que durant deux jours. Et comme cette station située dans le Pacifique est la plus ancienne au monde à mesurer le CO2, elle est considérée comme un site de référence dans le cadre de la Veille de l’atmosphère globale.

     

    Ces mesures de concentration de CO2« constituent une information importante qui démontre que le phénomène des changements climatiques est réel et qu’il prend de l’ampleur », analyse Hugo Séguin, spécialiste de la question climatique et professeur à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

     

    Afin de limiter les impacts des bouleversements climatiques, la communauté internationale s’est en effet fixé comme objectif de contenir la hausse du thermomètre mondial à 2°C par rapport à l’ère préindustrielle, et ce, au cours du présent siècle. Or, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat évalue que, pour parvenir à respecter cette limite, il faudrait que la concentration de CO2 plafonne entre 350 et 400 ppm.

     

    L’Organisation météorologique mondiale souligne toutefois que la concentration de dioxyde de carbone à l’échelle du globe, « en moyenne annuelle », devrait franchir le seuil des 400 ppm dès 2015 ou 2016. Les prévisions des scientifiques indiquent même que la barre des 450 ppm devrait être franchie d’ici quelques décennies. Une telle hausse conduirait le climat planétaire vers un réchauffement auquel les scientifiques associent des effets catastrophiques.

     

     

    Situation incontrôlée

     

     

    « Il est clair que la situation climatique n’est pas contrôlée, souligne Hugo Séguin. Il s’agit d’un constat qui ajoute de la pression sur les pays qui négocient en vue d’une entente en 2015 à Paris. Étant donné la croissance des concentrations de CO2, mais aussi la vitesse de cette croissance, nous avons très peu de temps devant nous. »

     

    Car quoi qu’en pensent les climatosceptiques, il semble bel et bien acquis que l’activité humaine est liée à l’augmentation des taux de CO2. Depuis les premières mesures, établies à 316 ppm en 1958, la courbe croît sans cesse. Jusqu’à la révolution industrielle, menant au recours massif aux énergies fossiles, ce taux n’avait pas dépassé les 300 ppm durant au moins 800 000 ans, selon des prélèvements dans la glace polaire.

     

    « Lorsqu’on parle d’émissions de gaz à effet de serre, on parle surtout des émissions provenant du pétrole, du charbon et du gaz naturel, fait d’ailleurs valoir M. Séguin. Lutter contre les changements climatiques sans changer notre façon d’utiliser ces sources d’énergie, ce serait peine perdue. Il faudra nécessairement diminuer notre consommation. »

     

    Reste à voir quels efforts les États seront prêts à consentir au cours des mois qui nous séparent de la conférence de Paris. Pour le moment, « il est difficile d’entrevoir les engagements de réductions qui seront pris », selon le spécialiste de ce genre de négociations internationales.

     

    Normalement, le futur accord sur le climat — dont l’entrée en vigueur serait fixée à 2020 — devrait commencer à prendre forme à la fin de l’année, lors d’une rencontre prévue à Lima, au Pérou. « Au début de 2015, les États doivent présenter leurs engagements respectifs. Mais pour le moment, nous n’avons aucune indication de pays comme les États-Unis ou la Chine », explique Hugo Séguin. Ces deux pays ont un rôle crucial à jouer étant donné qu’ils sont les deux principaux émetteurs de la planète.

     

    Pas de nouvelles non plus du côté du gouvernement Harper. Selon le plus récent bilan présenté en vertu de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, le Canada ratera complètement les cibles de réduction de gaz à effet serre pourtant revues à la baisse par les conservateurs. Les émissions devraient plutôt grimper, alimentées par les pétrolières qui exploitent les sables bitumineux albertains.
     












    Légende et origine des données:
    • ALT: Alert, Canada, 82,50°N, 62,34°W, 210 m (Environnement Canada, Canada)
    • AMS: Île Amsterdam, France, 37,80°S, 77,54°E, 70 m (programme de recherche «SNO ICOS-France» dirigé par LSCE/OVSQ (CEA, INSU))
    • BRW: Barrow (AK), États-Unis d'Amérique, 71,32°N, 156,6°W, 11 m (NOAA, États-Unis d'Amérique)
    • CNM: Monte Cimone, Italie, 44,17°N, 10,68°E, 2165 m (Centre de montagne de l'Armée de l'air italienne – Mt.Cimone, Italie)
    • CVO: Observatoire atmosphérique du Cap-Vert, Cap-Vert, 16,86°N, 24,87°W, 10 m (Institut Max-Planck pour la biogéochimie, Iéna, Allemagne)
    • HPB: Hohenpeissenberg, Allemagne, 47,80°N, 11,01°E, 985 m (Deutscher Wetterdienst (DWD), Allemagne)
    • IZO: Izaña (Ténériffe), Espagne, 28,31°N, 16,50°W, 2373 m (Agencia Estatal de Meteorología (Aemet), Espagne)
    • JFJ: Jungfraujoch, Suisse, 46,55°N, 7,99°E, 3580 m (Empa, Suisse)
    • MHD: Mace Head, Irlande, 53,33°N, 9,90°W, 5 m (programme de recherche «SNO ICOS-France» dirigé par LSCE/OVSQ (CEA, INSU), en collaboration avec l'EPA, Irlande)
    • MLO: Mauna Loa (Hawaii), États-Unis d'Amérique, 19,54°N, 155,6°W, 3397 m (NOAA, États-Unis d'Amérique)
    • MNM: Minamitorishima, Japon, 24,29°N, 154,0°E, 8 m (Service météorologique japonais, Japon)
    • PAL: Pallas, Finlande, 67,97°N, 24,12°E, 560 m (Institut météorologique finlandais (FMI), Finlande)
    • SMO: Samoa (Cape Matatula), États-Unis d'Amérique, 14,25°S, 170,6°W, 77 m (NOAA, États-Unis d'Amérique)
    • SPO: Pôle Sud, Antarctique, 90,00°S, 24,80°W, 2841 m (NOAA, États-Unis d'Amérique)
    • ZEP: Mont Zeppelin (Ny Ålesund), Norvège, 78,91°N, 11,89°E, 474 m (Institut norvégien de recherche atmosphérique, Norvège)












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