Nature: Le VTT en train de surpasser la motoneige
Au Québec, personne ne contrôle le développement global du sport motorisé
Si j'avais une motoneige, je la mettrais en vente avant que le réchauffement du climat ne limite la saison hivernale à un mois et que le marché de cet engin polluant par le bruit et les émissions toxiques ne s'effondre définitivement. Et je m'achèterais une paire de skis de fond, ce qui est sensiblement meilleur pour garder la forme et profiter des plaisirs de l'hiver.
Mais le ski de fond n'est pas le choix de tout le monde. C'est le petit VTT (pour véhicule tout-terrain) ou quad, ainsi dénommé en raison de ses quatre roues, généralement motrices, qui a pris en douce la relève et la tête du loisir motorisé au Québec.
En effet, depuis quelques années, le nombre de VTT dépasse de beaucoup le nombre de motoneiges immatriculées au Québec. En 2002, la SAAQ a recensé 257 993 VTT immatriculés, contre seulement 145 843 motoneiges. Pendant que le nombre de VTT augmentait de 19 842 cette année-là, le nombre de motoneiges fondait de 4072! On doit parler de tendance lourde. De 1993 à 2002, les ventes annuelles de VTT sont passées de 12 311 à 23 415 unités au Québec. Heureusement, peut-on dire à certains égards, mais malheureusement à d'autres égards, notamment parce que cette vogue se fait souvent aux dépens des écosystèmes locaux et du climat planétaire en augmentant les émissions de gaz à effet de serre sans justification sociale sérieuse, ce qui devrait désigner ces sources d'émissions comme première cible dans le plan vert le plus élémentaire au chapitre de la lutte contre les gaz à effet de serre!
Le VTT est une sorte d'hybride, apparu sur le marché en 1971, qu'on enfourche comme une moto. La petite machine est dotée non pas de deux mais de trois ou quatre roues. La vogue des trois-roues a pris fin par entente avec les constructeurs en raison de problèmes d'instabilité et de sécurité. Le quad est une machine extraordinaire pour les forestiers, les agriculteurs, les agents de conservation de la faune et, c'est plus discutable, les chasseurs et les pêcheurs, qui ne laissent plus le moindre répit à la faune où qu'elle soit. Il est doté d'un moteur à quatre temps, qui ne brûle donc pas un mélange d'essence et d'huile comme les motoneiges à deux temps. Il est aussi beaucoup plus silencieux, de façon générale, sauf les bolides utilisés comme engins de course ou comme dune buggies dans les sablières, qui devraient être carrément interdits en raison du bruit infernal qu'ils propagent à des kilomètres.
Puisqu'ils sont dotés de roues, les VTT sont beaucoup moins énergivores que les motoneiges. Mais cela ne devrait pas durer longtemps car si les machines de 350 cc étaient courantes il y a quelques années, la plupart des constructeurs, toujours aussi irresponsables d'un point de vue social, font aujourd'hui mousser la ventes de machines de plus de 650 cc, dont la taille justifie des prix et des profits plus élevés sans que nos gouvernements interviennent, trop occupés à écrire des discours sur l'environnement...
Mais la motoneige n'est pas morte pour autant. Des campagnes publicitaires musclées tentent d'en faire une planche de salut pour l'industrie de la pourvoirie, qui trouve dans ce nouveau marché hivernal un moyen de rentabiliser davantage ses équipements. La nouvelle image du Québec à l'étranger est celle de la motoneige: venez nous polluer, on aime ça! Belle logique tiers-mondiste! Et les municipalités des régions éloignées en rajoutent pour soutenir la petite économie. C'est à qui offrira les plus beaux sentiers, de préférence en donnant accès aux plus beaux sites naturels et en faisant parfois passer les pistes à côté des résidences aux dépens de la quiétude et de la santé des gens, comme sur la piste du Petit Train du Nord, une disgrâce sociale et environnementale.
Au Québec, les clubs de motoneige contrôlent un réseau de 33 500 kilomètres de sentiers balisés, souvent avec l'appui de fonds publics de toute sorte. Les clubs de VTT en contrôlent environ la moitié, mais à long terme, leur réseau est visiblement appelé à s'étendre lui aussi, d'autant plus qu'on l'entretient en hiver parce que les quatre-roues roulent à longueur d'année, ce qui est d'ailleurs la clé de leur vogue.
Mais personne ne contrôle ce développement global du sport motorisé, ce qui devrait faire l'objet d'une véritable audience générique du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement, question d'étoffer le Plan vert que prépare le gouvernement Charest. Avant d'aller plus loin, il faut examiner à fond les impacts cumulatifs des loisirs motorisés sur la distribution de la faune sauvage, sur la prédation (les pistes augmentent la prédation des grands cervidés, selon plusieurs études américaines) et la reproduction de certaines espèces plus sensibles au bruit. Et on ne parle pas ici des VTT non immatriculés, qui roulent souvent en dehors des réseaux officiels, la plupart du temps dans les tourbières, les marais et les milieux humides aux dépens des espèces qui y vivent. Leur passage répété sur des sols organiques naturels devient une cause importante de l'érosion de ceux-ci, ce que propose de corriger notamment le nouveau Guide d'aménagement des sentiers quad au Québec, publié grâce au soutien financier de la Fondation de la faune du Québec.
S'il faut féliciter la fondation d'inciter les clubs de quad à réparer les forêts dont les sols ont été abîmés par leurs activités, il faut espérer que la même fondation investira davantage dans le développement des sports d'hiver non motorisés en aidant notamment les pistes régionales ou intermunicipales à se développer et à survivre, ce qui n'est pas évident car, dans ce domaine, les promoteurs privés et les municipalités préfèrent voir les skieurs de fond évoluer en petits circuits fermés, privés, non reliés entre eux, question de garder captives ces clientèles jugées pas assez rentables pour l'économie locale. Ce n'est pas ainsi qu'on va inciter les régions à développer le loisir écologique, à se doter d'une stratégie de développement de la récréation hivernale en appui d'une véritable politique de santé publique...
***
- Disque: la coalition Eau Secours vient de lancer un disque-compilation, Porteurs d'eau, une sorte de collectif, si on veut, réunissant 18 chansonniers québécois qui ont écrit sur l'or bleu. On y trouve des perles, notamment des chansons du défunt Serge Deyglun et de Lucille Dumont ainsi qu'une magnifique chanson inédite de Richard Séguin, qui a donné son nom au disque lui-même. Un cadeau de Noël — il faut commencer à y penser! — qui sera d'autant plus apprécié que les profits iront à la coalition environnementale.
- Orignaux: excellente chasse en cette année dite non restrictive parce qu'on pouvait chasser simultanément mâles, femelles et faons (un an sur deux). Un total de 18 696 bêtes ont été abattues, plus que la récolte record de 2001, qui s'élevait à 18 323 orignaux. En quatre ans, 24 % de la récolte s'est effectuée sur le groupe des femelles, ce qui correspond au niveau souhaitable pour protéger la forêt et favoriser une véritable croissance de ce cheptel. Il y a un peu plus de dix ans, on récoltait deux fois moins d'orignaux au Québec, ce qui donne une idée des avantages de la nouvelle stratégie, qui concentre la chasse sur les mâles (62 % des bêtes abattues).
Mais le ski de fond n'est pas le choix de tout le monde. C'est le petit VTT (pour véhicule tout-terrain) ou quad, ainsi dénommé en raison de ses quatre roues, généralement motrices, qui a pris en douce la relève et la tête du loisir motorisé au Québec.
En effet, depuis quelques années, le nombre de VTT dépasse de beaucoup le nombre de motoneiges immatriculées au Québec. En 2002, la SAAQ a recensé 257 993 VTT immatriculés, contre seulement 145 843 motoneiges. Pendant que le nombre de VTT augmentait de 19 842 cette année-là, le nombre de motoneiges fondait de 4072! On doit parler de tendance lourde. De 1993 à 2002, les ventes annuelles de VTT sont passées de 12 311 à 23 415 unités au Québec. Heureusement, peut-on dire à certains égards, mais malheureusement à d'autres égards, notamment parce que cette vogue se fait souvent aux dépens des écosystèmes locaux et du climat planétaire en augmentant les émissions de gaz à effet de serre sans justification sociale sérieuse, ce qui devrait désigner ces sources d'émissions comme première cible dans le plan vert le plus élémentaire au chapitre de la lutte contre les gaz à effet de serre!
Le VTT est une sorte d'hybride, apparu sur le marché en 1971, qu'on enfourche comme une moto. La petite machine est dotée non pas de deux mais de trois ou quatre roues. La vogue des trois-roues a pris fin par entente avec les constructeurs en raison de problèmes d'instabilité et de sécurité. Le quad est une machine extraordinaire pour les forestiers, les agriculteurs, les agents de conservation de la faune et, c'est plus discutable, les chasseurs et les pêcheurs, qui ne laissent plus le moindre répit à la faune où qu'elle soit. Il est doté d'un moteur à quatre temps, qui ne brûle donc pas un mélange d'essence et d'huile comme les motoneiges à deux temps. Il est aussi beaucoup plus silencieux, de façon générale, sauf les bolides utilisés comme engins de course ou comme dune buggies dans les sablières, qui devraient être carrément interdits en raison du bruit infernal qu'ils propagent à des kilomètres.
Puisqu'ils sont dotés de roues, les VTT sont beaucoup moins énergivores que les motoneiges. Mais cela ne devrait pas durer longtemps car si les machines de 350 cc étaient courantes il y a quelques années, la plupart des constructeurs, toujours aussi irresponsables d'un point de vue social, font aujourd'hui mousser la ventes de machines de plus de 650 cc, dont la taille justifie des prix et des profits plus élevés sans que nos gouvernements interviennent, trop occupés à écrire des discours sur l'environnement...
Mais la motoneige n'est pas morte pour autant. Des campagnes publicitaires musclées tentent d'en faire une planche de salut pour l'industrie de la pourvoirie, qui trouve dans ce nouveau marché hivernal un moyen de rentabiliser davantage ses équipements. La nouvelle image du Québec à l'étranger est celle de la motoneige: venez nous polluer, on aime ça! Belle logique tiers-mondiste! Et les municipalités des régions éloignées en rajoutent pour soutenir la petite économie. C'est à qui offrira les plus beaux sentiers, de préférence en donnant accès aux plus beaux sites naturels et en faisant parfois passer les pistes à côté des résidences aux dépens de la quiétude et de la santé des gens, comme sur la piste du Petit Train du Nord, une disgrâce sociale et environnementale.
Au Québec, les clubs de motoneige contrôlent un réseau de 33 500 kilomètres de sentiers balisés, souvent avec l'appui de fonds publics de toute sorte. Les clubs de VTT en contrôlent environ la moitié, mais à long terme, leur réseau est visiblement appelé à s'étendre lui aussi, d'autant plus qu'on l'entretient en hiver parce que les quatre-roues roulent à longueur d'année, ce qui est d'ailleurs la clé de leur vogue.
Mais personne ne contrôle ce développement global du sport motorisé, ce qui devrait faire l'objet d'une véritable audience générique du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement, question d'étoffer le Plan vert que prépare le gouvernement Charest. Avant d'aller plus loin, il faut examiner à fond les impacts cumulatifs des loisirs motorisés sur la distribution de la faune sauvage, sur la prédation (les pistes augmentent la prédation des grands cervidés, selon plusieurs études américaines) et la reproduction de certaines espèces plus sensibles au bruit. Et on ne parle pas ici des VTT non immatriculés, qui roulent souvent en dehors des réseaux officiels, la plupart du temps dans les tourbières, les marais et les milieux humides aux dépens des espèces qui y vivent. Leur passage répété sur des sols organiques naturels devient une cause importante de l'érosion de ceux-ci, ce que propose de corriger notamment le nouveau Guide d'aménagement des sentiers quad au Québec, publié grâce au soutien financier de la Fondation de la faune du Québec.
S'il faut féliciter la fondation d'inciter les clubs de quad à réparer les forêts dont les sols ont été abîmés par leurs activités, il faut espérer que la même fondation investira davantage dans le développement des sports d'hiver non motorisés en aidant notamment les pistes régionales ou intermunicipales à se développer et à survivre, ce qui n'est pas évident car, dans ce domaine, les promoteurs privés et les municipalités préfèrent voir les skieurs de fond évoluer en petits circuits fermés, privés, non reliés entre eux, question de garder captives ces clientèles jugées pas assez rentables pour l'économie locale. Ce n'est pas ainsi qu'on va inciter les régions à développer le loisir écologique, à se doter d'une stratégie de développement de la récréation hivernale en appui d'une véritable politique de santé publique...
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- Disque: la coalition Eau Secours vient de lancer un disque-compilation, Porteurs d'eau, une sorte de collectif, si on veut, réunissant 18 chansonniers québécois qui ont écrit sur l'or bleu. On y trouve des perles, notamment des chansons du défunt Serge Deyglun et de Lucille Dumont ainsi qu'une magnifique chanson inédite de Richard Séguin, qui a donné son nom au disque lui-même. Un cadeau de Noël — il faut commencer à y penser! — qui sera d'autant plus apprécié que les profits iront à la coalition environnementale.
- Orignaux: excellente chasse en cette année dite non restrictive parce qu'on pouvait chasser simultanément mâles, femelles et faons (un an sur deux). Un total de 18 696 bêtes ont été abattues, plus que la récolte record de 2001, qui s'élevait à 18 323 orignaux. En quatre ans, 24 % de la récolte s'est effectuée sur le groupe des femelles, ce qui correspond au niveau souhaitable pour protéger la forêt et favoriser une véritable croissance de ce cheptel. Il y a un peu plus de dix ans, on récoltait deux fois moins d'orignaux au Québec, ce qui donne une idée des avantages de la nouvelle stratégie, qui concentre la chasse sur les mâles (62 % des bêtes abattues).
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