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    Climatologie - Difficile, la gestion des risques

    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Lyon — On estime que le niveau de la mer s’est élevé de 20 cm depuis le début du XXe siècle, que la concentration de CO2 dans l’atmosphère a augmenté de 20 % depuis 1958 et que la température moyenne à la surface du globe a augmenté de 1 °C. Mais une chose demeure stable : le nombre des climatosceptiques, qui stagne à environ un tiers de la population depuis 10 ans.

     

    Entre les climatologues et le public persiste un problème de communication qui agace et inquiète. Dans un colloque qui a réuni, les 25 et 26 novembre derniers, des climatologues, des économistes, des ingénieurs, des chercheurs et des agronomes, la communication se pose donc comme un enjeu croissant de la gestion des risques liés aux changements climatiques. Car gérer les risques, c’est surveiller, informer les décideurs, conseiller les citoyens et orienter la population en cas de crise. « Les systèmes d’alerte sont mis en place pour sauver le plus de vies possible », avance Christian Blondin, directeur du département des relations extérieures de l’Organisation météorologique mondiale.

     

    « Les alertes diffusées doivent être entendues et comprises, et il faut que les populations exposées se comportent comme les autorités le demandent, ce qui n’est pas toujours facile », a-t-il indiqué. Des recommandations qui concernent autant les situations d’urgence — « ne pas tenter de replacer une tuile tombée du toit par situation de grand vent ou prendre en photo les vagues pendant une tempête » — que des comportements à long terme, comme ne pas construire de nouvelles habitations dans les zones inondables. Le mandat est d’autant plus urgent que la situation se complique : le dernier rapport du GIEC prévoit un monde de plus en plus polarisé, où les zones sèches vont continuer de s’assécher et où les zones humides verront leurs précipitations augmenter.


    Bien informer

     

    Malheureusement, « les climatologues ne sont pas des spécialistes de la communication des risques », déplore-t-il, et le fossé se creuse entre des prévisions parfois difficiles à déchiffrer et le public. « La communication est le nerf de la guerre », affirme pour sa part Philippe Gachon, professeur adjoint à l’UQAM et chercheur scientifique pour Environnement Canada. « Les sites de météo sont les plus visités au monde, rappelle-t-il. Nous avons la responsabilité de fournir l’information la plus fiable possible. » À ce titre, les projets alliant scientifiques et communicateurs se multiplient, à l’exemple du programme FACE (Faire face aux changements ensemble), qui réunit le Canada, le Maroc et le Niger autour d’enjeux liés à la prévention, à l’aménagement de structures et à la communication.

     

    Et, pour mieux rejoindre le public, l’une des avenues explorées par Environnement Canada vise à décloisonner les sphères d’expertise. « Environnement Canada cherche à élaborer un système d’alerte plus raffiné où les différents impacts sont pris en compte, comme la santé, les transports et la sécurité publique », invitant autour de la table des partenaires comme Santé Canada ou Agriculture Canada, poursuit Philippe Gachon. Confrontés au vieillissement de la population, les climatologues sont par exemple amenés à intégrer les facteurs de mortalité dans certaines alertes météorologiques, s’inspirant de ce qui existe en France depuis que la canicule européenne en 2003 s’est soldée par un bilan humain de 70 000 morts.

     

    À l’échelle mondiale, ce décloisonnement s’opère d’ailleurs à tous les niveaux, de la santé à l’économie ou aux sciences politiques, appelant les climatologues à migrer vers une interdisciplinarité croissante. « Le monde est en train de changer. Pour prendre des décisions, il faut désormais anticiper des événements extrêmes, même si nous n’avons pas les statistiques nécessaires pour estimer », affirme Christian Blondin. Dans un monde où les changements s’accélèrent, où les catastrophes naturelles gagnent en intensité et où « le passé n’est plus une référence pour l’avenir », la gestion des risques s’attelle donc à un défi majeur : suivre le rythme.


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