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    Exploration gazière et pétrolière - Le BAPE confirme les craintes des Madelinots

    L’entreprise Gastem est la seule à posséder un permis d’exploration pétrolière et gazière aux Îles de la Madeleine
    Photo: Yan Doublet - Le Devoir L’entreprise Gastem est la seule à posséder un permis d’exploration pétrolière et gazière aux Îles de la Madeleine
    Consulter la carte des permis d'exploration pétrolière et gazière pour le golfe du Saint-Laurent

    Les îles de la Madeleine constituent un milieu très vulnérable à l’exploration pétrolière et gazière, notamment en raison du caractère « irremplaçable » des sources d’eau potable. Tout promoteur devrait donc d’abord démontrer que de telles opérations n’auront aucun impact, conclut le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement dans un rapport qui semble fermer la porte aux projets de l’entreprise Gastem.

     

    La commission d’enquête du BAPE mise sur pied en avril dernier souligne ainsi qu’« une contamination de la nappe phréatique aux îles de la Madeleine pourrait entraîner diverses conséquences sociales, économiques et écologiques pouvant influer grandement sur la qualité de vie de la population ».

     

    Or, c’est précisément ce que redoutent plusieurs Madelinots si Québec autorise Gastem à mener des travaux d’exploration gazière sur le territoire des Îles. L’entreprise, présidée par l’ancien ministre libéral Raymond Savoie, est la seule à posséder un permis d’exploration pétrolière et gazière, qui couvre la quasi-totalité du territoire.

     

    Gastem souhaite explorer le potentiel gazier des Îles en forant un premier puits à Fatima, au nord-ouest de Cap-aux-Meules. Mais dans son rapport de 200 pages, le BAPE formule plusieurs avis qui, s’ils sont suivis par Québec, risquent de mettre à mal les projets de la gazière. L’organisme juge que pour protéger l’eau potable des Îles, « les promoteurs de projets d’exploration et d’exploitation des ressources naturelles qui pourraient se développer au pourtour ou sous des aquifères devraient avoir l’obligation de démontrer des effets environnementaux nuls sur ces derniers ».

     

    Les commissaires font aussi valoir que d’éventuels forages pourraient être effectués près de « fractures naturelles pouvant servir de chemin préférentiel à la migration du gaz et d’autres fluides ». On recommande ainsi que tout promoteur évalue ce risque avant d’obtenir l’autorisation de forer un puits.

     

    Une situation d’autant plus complexe pour toute entreprise que le BAPE reconnaît que « plusieurs forages » seraient nécessaires afin de découvrir un éventuel gisement d’énergie fossile. Or, la commission d’enquête constate du même coup que « la majorité du territoire madelinot ne pourrait pas être foré compte tenu des zones habitées, des périmètres de protection autour des puits d’approvisionnement en eau potable et des milieux naturels à protéger ».

     

    Le projet de Règlement sur le prélèvement des eaux et leur protection — en préparation à Québec — « augmenterait par ailleurs les surfaces de protection autour des aires de captages d’eau souterraine ».


    Consultations publiques

     

    On suggère au passage au ministère de l’Environnement de prendre part au processus d’octroi des permis de forage et de complétion des puits. Surtout que le BAPE constate que, pour le moment, le ministère des Ressources naturelles s’en remet aux titulaires des permis pour assurer la surveillance et le contrôle au moment de la construction d’un puits gazier ou pétrolier. Ce sont eux qui produisent leurs rapports journaliers.

     

    Les commissaires insistent en outre sur la nécessité d’exiger des entreprises qu’elles aient les moyens financiers de faire face à tout déversement de matières dangereuses. Elles devraient en outre être responsables « à perpétuité » pour toute contamination du sol et de l’eau souterraine.

     

    Et aucun projet ne devrait voir le jour avant la tenue d’une consultation publique. Or, l’acceptabilité sociale de tels projets est loin d’être acquise aux îles de la Madeleine. Avant les travaux du BAPE, quelque 1800 propriétaires avaient déjà signifié par écrit le refus de l’accès à leur terrain à Gastem.

     

    Il faut dire que les Îles ont connu des épisodes de pollution importants dans le passé. Un héritage toxique qui continue de hanter l’archipel prisé des touristes en été. Depuis le naufrage du navire Irving Whale, en 1970, plus de 200 000 sacs contenant du mazout et des BPC sont enfouis dans les dunes des Îles. Ils y sont toujours. Le BAPE déplore d’ailleurs qu’aucun programme de restauration n’ait été mis en place.

     

    L’été dernier, on apprenait aussi que des forages ont été réalisés au début des années 70 par la Société québécoise d’exploration minière. Celle-ci a utilisé au moins 12 000 litres d’hydrocarbures pour forer. Depuis, du diesel a migré vers la surface, ce qui nécessitera un programme de décontamination.

     

    Accueil favorable

     

    Les conclusions du BAPE, attendues depuis des années aux îles de la Madeleine, ont été bien accueillies mardi par le maire de la municipalité, Jonathan Lapierre. « Cela fait des années que nous soutenons le fait que notre archipel est dépendant de nos nappes phréatiques et que nous ne pouvons pas laisser n’importe quelle industrie se développer sur notre territoire sans vérifier son impact sur nos aquifères, et le BAPE vient de confirmer que nous avions raison d’être préoccupés », a-t-il fait valoir.

     

    Sans aller jusqu’à dire que le rapport vient fermer la porte aux projets de Gastem, M. Lapierre a admis qu’il impose tout un « défi » aux entreprises qui lorgneraient les ressources fossiles du sous-sol des Îles.

     

    Marie-Ève Giroux, du groupe Attention FragÎles, se réjouit de la reconnaissance de la « vulnérabilité » de l’archipel aux activités pétrolières et gazières. Elle estime que si « le rapport BAPE n’est pas un non catégorique à l’exploitation, il met quand même la barre très haut ». Natalia Porowska, du groupe citoyen Énergie alternative, juge que le document milite en faveur d’un « moratoire permanent » sur le territoire des Îles.

     

    Le président de Gastem, Raymond Savoie, a dit vouloir réserver ses commentaires pour mercredi. Au moment de l’annonce de la tenue d’un BAPE, il avait critiqué la démarche, la jugeant inutile au moment de la phase exploratoire.













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