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    Libre opinion - Potentiel biogazier du Québec: l’exemple de la Suède

    25 novembre 2013 |Kim Cornelissen - Vice-présidente de l’AQLPA, lauréate du prix de l’IRÉC 2008 pour sa maîtrise portant sur le développement de la filière du biométhane en Suède | Actualités sur l'environnement

    En réponse à ses objectifs de réduire des gaz à effet de serre (GES), de valoriser ses déchets organiques et d’encourager la production du seul carburant véritablement écologique, le gouvernement du Québec subventionne depuis 2008 l’implantation d’usines de biométhanisation, une force de gaz naturel renouvelable issu de nos déchets organiques (non fossile). Or, l’Institut de recherche en économie contemporaine (IREC, voir irec.net) a publié récemment une étude sur ce secteur dont l’angle d’analyse et le ton général s’avèrent étonnants. Il faut considérer davantage celle-ci comme une demande d’aiguillage du programme plutôt que comme un portrait réel du développement de la filière de biométhanisation au Québec. L’IREC tient uniquement compte des données actuelles (dans trop de cas indisponibles) sans tenir compte des diverses considérations d’une filière complexe et naissante au Québec.

     

    À titre d’exemple, l’IREC fonde son calcul du potentiel biogazier sur les conditions actuelles de développement de la filière et selon les conditions exigées par le gouvernement du Québec. Ce calcul du potentiel gazier et organique de l’IREC tient uniquement compte de la situation actuelle plutôt que « potentielle ». Or, il suffirait que le ministère du Développement durable, de l’Environnement de la Faune et des Parcs (MDDEFP) élimine la norme de l’utilisation maximale de 10 % de déchets agricoles dans les biodigesteurs municipaux pour que le potentiel change du tout au tout.


    Similitudes importantes

     

    L’IREC aurait gagné à évaluer plutôt le potentiel biogazier du Québec en le comparant à celui de la Suède, les deux ayant des similitudes importantes du point de vue de leurs ressources naturelles et de la taille de leur population. En 2011, la production annuelle de biogaz et de biométhane en Suède était de 135 millions de mètres cubes par an et devrait atteindre près de 300 millions de mètres cubes par an en 2015 (Biogas portalen, portail suédois d’information sur le biogaz et le biométhane, voir biogasportalen.se). La Suède développe actuellement la reméthanisation des déchets forestiers par gazéification. Energigas Sverige indique que le potentiel pourrait atteindre alors un total théorique qui se situerait à plus de 7000 millions de mètres cubes, soit plus que la consommation actuelle de gaz naturel au Québec. Loin de rejeter la filière de biométhane, le Québec ferait bien de considérer également le développement de la gazéification, une fois les usines de biométhanisation bien implantées.

     

    L’étude s’interroge aussi sur la proximité des usines alors que cela ne pose aucun problème. L’accès aux intrants organiques de la MRC des Maskoutains (Saint-Hyacinthe) n’est pas de la même provenance que celui des MRC Vallée-du-Richelieu et Beauharnois (exemples cités dans l’étude). De plus, il est logique d’avoir des biodigesteurs distincts pour les déchets organiques (Varennes) et les boues des eaux usées (Mont-Saint-Hilaire). Dans le premier cas, le digestat s’avère de très haute qualité pour l’agriculture alors que le second devrait être réservé à des usages non agricoles, comme le recommande, entre autres, l’industrie laitière en Suède.

     

    Rappelons que la biométhanisation est une filière naissante au Québec, ce qui explique sans doute l’apparence de désorganisation et la non-disponibilité de certaines données pour l’instant. Par ailleurs, la production d’énergie est une responsabilité fort récente des municipalités, ce qui multiplie d’autant les possibilités « d’essais et erreurs ». C’est ce qui explique également la profusion de modèles théoriques de rentabilité, dont seuls certains mèneront à un projet réel.


    Nouvelle concurrence

     

    La conclusion vantant le compost semble expliquer le sens de l’étude. L’arrivée de la biométhanisation menace cette industrie qui, de l’avis même de l’IREC, a souvent eu mauvaise presse… et auxquels certains échecs ont apporté des fondements légitimes. On peut comprendre alors leur inquiétude et la nécessité de décrier une nouvelle concurrente, d’autant plus que celle-ci permet aussi la production de carburant écologique qui peut remplacer le gaz de schiste et le mazout en transport.

     

    L’étude a toutefois son mérite dans le fait qu’elle met au jour la nécessité d’avoir un portrait global actuel de la filière de biométhanisation, y compris au niveau économique, et ce, afin de s’assurer que celle-ci se développe adéquatement et plus rapidement.













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