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    Mauvais pour le climat, bon pour Harper

    Les conservateurs applaudissent à la hausse prévue de la consommation mondiale de pétrole

    «Le Canada possède les troisièmes réserves pétrolières prouvées dans le monde et il est donc en mesure de répondre à la demande accrue des nouveaux marchés», a souligné le ministre fédéral des Ressources naturelles, Joe Oliver, ci-dessus devant les installations de la pétrolière Suncor.
    Photo: Jacques Nadeau - Archives Le Devoir «Le Canada possède les troisièmes réserves pétrolières prouvées dans le monde et il est donc en mesure de répondre à la demande accrue des nouveaux marchés», a souligné le ministre fédéral des Ressources naturelles, Joe Oliver, ci-dessus devant les installations de la pétrolière Suncor.
    Le monde a de plus en plus soif de pétrole et la tendance n’est pas près de s’essouffler, conclut l’Agence internationale de l’énergie dans un rapport rendu public mardi. Le gouvernement Harper a accueilli « avec plaisir » les nouvelles prévisions de consommation mondiale d’énergies fossiles, même si celles-ci entraînent l’humanité sur la voie de bouleversements climatiques aux conséquences dramatiques.

    « Les émissions de gaz à effet de serre, dont les deux tiers proviennent du secteur de l’énergie, sont toujours sur une trajectoire dangereuse. Si nous restons dans cette voie, nous n’arriverons pas à nous approcher de l’objectif international de limiter le réchauffement climatique mondial à deux degrés », a averti Maria van der Hoven, la directrice générale de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), en présentant le World Energy Outlook.

     

    Cette étude prospective, publiée sur une base annuelle, indique justement que la « trajectoire dangereuse » s’accentue. L’AIE a ainsi revu cette année à la hausse ses prévisions de consommation mondiale de pétrole à l’horizon de 2035. L’humanité consommera alors 101 millions de barils par jour, soit 14 millions de plus qu’à l’heure actuelle. Le charbon — le plus polluant des combustibles — prendra aussi plus de place en raison de l’appétit des grands pays émergents.

     

    En fait, les projections de l’AIE démontrent que la consommation d’énergies fossiles connaîtra une croissance significative. Elles devraient encore représenter 75 % de l’ensemble de l’énergie consommée en 2035.

     

    Ottawa se réjouit

     

    La croissance continue de la consommation de pétrole est une excellente nouvelle, a commenté mardi le gouvernement de Stephen Harper. « Au cours des 20 prochaines années, cette demande en expansion constante sera satisfaite grâce à l’augmentation de la production de pétrole non classique, a déclaré le ministre canadien des Ressources naturelles, Joe Oliver, par voie de communiqué. Le Canada possède les troisièmes réserves pétrolières prouvées dans le monde et il est donc en mesure de répondre à la demande accrue des nouveaux marchés et des marchés en expansion comme la Chine et l’Inde. »

     

    Les réserves canadiennes sont évaluées à 172 milliards de barils, dont 168 milliards dans les controversés sables bitumineux. De quoi militer encore davantage pour le développement de projets qui permettront aux pétrolières actives en Alberta de commercialiser leur production croissante. Le transport de cette ressource fossile nécessitera la construction d’oléoducs et le recours aux convois ferroviaires.

     

    L’humanité écope

     

    Ce qui est en apparence une bonne nouvelle pour l’industrie pétrolière est toutefois de mauvais augure pour le climat planétaire. L’AIE évalue ainsi que les émissions de gaz à effet de serre liées à l’énergie augmenteront de 20 % d’ici 2035, même avec les efforts déjà annoncés sur une base volontaire par les États.

     

    Or, une telle croissance « laisse le monde sur une trajectoire cohérente avec un réchauffement à moyen-long terme des températures de 3,6 °C, bien au-delà de l’objectif affiché internationalement de 2 °C », a souligné l’AIE mardi. Cette organisation de l’OCDE avertissait plus tôt cette année que le bond appréhendé du thermomètre mondial « aurait des conséquences désastreuses en matière d’événements climatiques extrêmes et d’élévation du niveau de la mer, et entraînerait d’énormes coûts économiques et sociaux ».

     

    Selon la Banque mondiale, de graves pénuries alimentaires sont aussi à prévoir. Celles-ci frapperaient notamment l’Afrique, qui risque de voir à terme sa production agricole totale reculer de 10 % d’ici à 2050. Dans certains pays du continent le plus pauvre du globe, mais aussi en Asie du Sud-Est, la part des populations en état de malnutrition risquerait de grimper « de 25 % à 90 % ». Et c’est sans compter les impacts sur la biodiversité. On risque de voir de nombreuses espèces animales et végétales être portées au seuil de l’extinction en raison des modifications majeures de leurs habitats.

     

    Appel à l’action

     

    Mais pour le moment, non seulement rien ne semble ralentir la demande mondiale d’énergie fossile, mais nul ne sait si la communauté internationale pourra s’entendre sur un accord contraignant de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Plus de 190 pays sont réunis depuis lundi à Varsovie pour la 19e conférence sur le climat de l’ONU. Ils doivent justement tenter de poser les bases de l’accord mondial attendu en 2015 à Paris.

     

    La Banque mondiale a d’ailleurs appelé mardi à mettre un terme aux querelles « stupides » sur la réalité des changements climatiques et à passer à l’action devant l’onde de choc du typhon qui vient de frapper les Philippines. « Ces événements arrivent de plus en plus souvent, comme l’avaient prédit les experts scientifiques sur le climat », a insisté le président de l’institution, Jim Yong-kim.

     

    Selon lui, la responsabilité humaine dans le processus ne fait plus aucun doute. M. Kim a ainsi souligné que « 95 % des experts scientifiques sur le climat sont d’accord pour dire que le changement climatique anthropique [créé par l’homme] est une réalité et qu’il faut agir, faute de quoi les conséquences seront graves ».

     

    Avec l’Agence France-Presse













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