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    Le Québec a tort de se tourner vers le pétrole, dit David Suzuki

    Dans le cas du projet d’Enbridge de transporter 300 000 barils de brut chaque jour par pipeline jusqu’a? Montre?al, Pauline Marois y voit un avantage pour les raffineries im- plante?es ici.
    Photo: Illustration Réal Godbout Dans le cas du projet d’Enbridge de transporter 300 000 barils de brut chaque jour par pipeline jusqu’a? Montre?al, Pauline Marois y voit un avantage pour les raffineries im- plante?es ici.
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    Ce texte a été publié dans le cadre du projet «Le Devoir spécial BD›, une édition papier mettant en vedette 14 dessinateurs du Québec.

    Le gouvernement Marois a tort d’ouvrir la porte à l’exploitation pétrolière au Québec et à l’arrivée de centaines de milliers de barils d’or noir par pipeline, affirme le scientifique David Suzuki. En agissant de la sorte, il se contente selon lui de perpétuer une politique à courte vue qui va à l’encontre des objectifs de lutte contre les bouleversements climatiques qui menacent la planète.

    « Nous devons sortir du pétrole, lance-t-il en entrevue au Devoir. Mais quand nous parlons de projets de pipelines, il est évident que nous ne nous engageons pas dans la voie que nous devons suivre. La science nous démontre clairement que si nous ne voulons pas subir un véritable chaos climatique, nous devons cesser de nourrir l’industrie pétrolière. »
     
    « Le défi n’est donc plus de trouver de nouvelles façons d’exploiter plus de pétrole pour nourrir l’économie. Nous en avons assez, et le pétrole qui reste doit être laissé dans le sol. Nous ne devrions même plus rechercher de nouveaux gisements », ajoute-t-il.
     
    Enbridge
     
    Dans un rapport publié plus tôt cette année, la Commission sur le climat de l’Australie évaluait que 80 % des réserves d’énergie fossile de la planète devraient être laissées sous terre. Sinon, il sera impossible d’envisager de limiter la hausse des températures à 2 °C au cours du présent siècle.
     
    Le gouvernement péquiste estime cependant qu’il est possible d’allier l’exploitation pétrolière, l’arrivée de pétrole albertain au Québec et l’atteinte des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre. La première ministre Pauline Marois juge aussi que les projets pétroliers sur la table seraient bénéfiques pour l’économie de la province. Dans le cas du projet d’Enbridge de transporter 300 000 barils de brut chaque jour par pipeline jusqu’à Montréal, elle y voit un avantage pour les raffineries implantées ici.

    Court terme
     
    « En quoi est-ce que ces projets peuvent être bons pour l’économie? réplique David Suzuki. La valeur économique, c’est ce qui circule dans le pipeline. Le pipeline est simplement enfoui dans votre sol. Vous aurez peut-être des redevances, mais en échange, vous êtes assurés qu’il y aura des déversements. C’est une technologie qui produit des fuites. Il n’y a pas de moyens de les éviter. Vous devez donc décider si vous acceptez l’arrivée de cette énergie sale. » 

    Selon l’Institut Polaris, Enbridge serait responsable de 804 déversements en Amérique du Nord entre 1999 et 2010.
     
    Le problème, selon M. Suzuki, c’est que les gouvernements - forcément élus pour une période limitée - cherchent à obtenir un « retour » sur les projets dont ils font la promotion à « très court terme ». « Ça n’a aucun sens en politique de faire le bon geste, comme de réduire de façon draconienne les émissions de gaz à effet de serre, parce que c’est un projet à trop long terme. Mais c’est justement ce dont nous avons besoin, une stratégie à long terme et un engagement des gouvernements », fait valoir M. Suzuki.

    Une stratégie qui ne devrait pas se baser sur une croissance économique éternelle. Le généticien de formation juge d’ailleurs qu’un tel modèle n’est pas viable. « L’économie nous dicte nos actions. C’est la mauvaise façon de procéder. Pourquoi ne pas tenter plutôt de s’entendre sur ce que sont nos besoins en tant qu’êtres humains? »
     
    « Cela fait 30 ans que je parle de l’importance de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Ça ne fonctionne pas, poursuit David Suzuki. D’un point de vue stratégique, il est préférable de parler de notre qualité de vie, de santé et de bonheur, plutôt que de parler uniquement de réduction des gaz à effet de serre. » Il cite en exemple la croissance des problèmes de santé liés à la mauvaise qualité de l’air ou de l’eau dans le monde.
     
    Et même si les États de la planète tardent toujours à s’entendre sur les moyens de lutter contre les bouleversements climatiques, il refuse de se rallier à ceux, de plus en plus nombreux, qui estiment qu’il est déjà trop tard pour tenter d’empêcher les changements dans le climat provoquer des conséquences désastreuses sur terre. « Plusieurs collègues, d’éminents scientifiques, disent qu’il est trop tard. Mais j’ai des petits-enfants et je ne dirai jamais qu’il est trop tard. Ça voudrait dire que je baisse les bras. Et même si c’est trop tard, je préfère me battre. Ça ne donne rien de bon de dire qu’il est trop tard. »













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