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    L’avenir énergétique du Québec ne se trouve pas dans le pétrole

    10 août 2013 | Gabriel Manzano St-François - Étudiant de biologie à l’Université de Montréal | Actualités sur l'environnement
    La rivière Chaudière examinée deux jours après l’explosion causée par le déraillement d’un train rempli de pétrole à Lac-Mégantic.
    Photo : Agence France-Presse (photo) Steve Duguay La rivière Chaudière examinée deux jours après l’explosion causée par le déraillement d’un train rempli de pétrole à Lac-Mégantic.

    Le 6 juillet 2013, 47 personnes sont mortes dans l’explosion causée par le déraillement d’un train rempli de pétrole. Les grands médias ont donc fait valoir que le transport du pétrole par pipeline était la méthode la plus sécuritaire. Le pipeline Keystone XL, autorisé récemment par TransCanada et appuyé par les partis d’opposition, servira d’ailleurs bientôt à transporter le pétrole des sables bitumineux de l’Alberta jusqu’au Nouveau-Brunswick.

     

    Cependant, ce moyen de transport n’est pas sans risque. Les déversements surviennent assez souvent. La compagnie Enbridge est d’ailleurs responsable à elle seule de plus de 800 déversements qui totalisent 6,8 millions de gallons de pétrole. La compilation faite par l’Institut Polaris s’arrête en mai 2010 et ne tient pas compte du déversement de Kamazoo en juillet 2010, qui représente à lui seul 3,7 millions de litres de pétrole. La facture de nettoyage du déversement de Kamazoo s’élève à 1 milliard et le nettoyage, qui dure depuis trois ans, n’est pas encore terminé.

     

    La compagnie Enbridge pourrait faire beaucoup mieux pour limiter ses impacts sur l’environnement : parmi ses 125 stations de pompage, 83 n’ont pas de boutons d’arrêt d’urgence pour prévenir les déversements, une règle pourtant obligatoire depuis 1994. Si vous vous demandez pourquoi cette entreprise n’est pas punie, la réponse se trouve probablement du côté du gouvernement conservateur.

     

    Enbridge n’est pas la seule entreprise à se soucier très peu de l’environnement. Le 1er juin dernier, 9,5 millions de litres de pétrole se sont échappés d’un pipeline du nord-ouest de l’Alberta : 42 hectares de milieux humides ont été affectés, soit l’équivalent de 54 terrains de football. L’entreprise responsable de la fuite, l’entreprise texane Apache, n’a rapporté la fuite que 10 jours plus tard.

     

    Aux États-Unis, en 2012, il y eut 364 déversements de pétrole qui correspondent à 54 000 barils de pétrole déversés. C’est près de 11 millions de litres d’eau toxique provenant des bassins de décantations des sables bitumineux qui s’écoulent chaque jour dans la forêt boréale et la rivière Athabasca. Cela représente 4 milliards de litres d’eau toxique par année. Des 9000 incidents recensés qui sont survenus depuis 1996, des actions ont été prises dans seulement 0,9 % des cas.

     

    Des hausses impressionnantes

     

    Le pétrole émet 37 % plus de gaz à effet de serre que le pétrole conventionnel et est responsable du tiers des augmentations d’émissions de gaz à effet de serre au Canada depuis 1990. Les lobbies du pétrole ont beau affirmer que les sables bitumineux ne représentent que 0,16 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, celles dues à l’exploitation des sables bitumineux d’Alberta totalisaient 55 mégatonnes de CO2 en 2011. À l’échelle nationale, cela représente plus que les émissions de gaz à effet de serre de l’ensemble du parc automobile canadien qui ont émis 41 mégatonnes de CO2 pendant la même année. Ces émissions de gaz à effet de serre dues aux sables bitumineux sont en hausse de 6 % par rapport à 2010 et de 62 % par rapport à 2005. L’alimentation du pipeline Keystone XL nécessitera une augmentation de la production des sables bitumineux de 36 %, ce qui produira une augmentation de gaz à effet de serre qui équivaut à 4,6 millions d’automobiles sur la route.

     

    L’industrie des sables bitumineux souhaite tripler sa production d’ici 2030. Selon l’Institut Pembina, cette croissance entraînerait des augmentations de 150 % de la production de déchets toxiques dus à l’exploitation des sables bitumineux, de 250% de la production de gaz à effet de serre et de 170 % de l’utilisation d’eau douce, de 230 % des émissions d’oxyde d’azote, de 160 % des émissions de dioxyde de soufre et de 190 % des matières particulaires. C’est sans compter les 30 millions d’oiseaux qui mourront d’ici 2030 en raison des sables bitumineux.

     

    Ce qui disparaîtra

     

    L’énergie devrait être mieux utilisée. 170 millions de mètres cubes d’eau ont été utilisés en 2011 pour extraire le bitume, soit la consommation d’eau de 1,7 million de Canadiens étant donné que les Canadiens consomment en moyenne 274 litres d’eau par habitant par jour, selon Environnement Canada. De plus, selon l’Institut Pembina, cette industrie utilise aussi 600 millions de pieds cubes de gaz naturel pour produire la chaleur pour extraire le bitume des sables bitumineux, de quoi chauffer trois millions de maisons canadiennes.

     

    Le pétrole d’Anticosti est non conventionnel, comme les sables bitumineux d’Alberta. J’ai vraiment de la difficulté à comprendre comment il serait possible de pallier les émissions de gaz à effet de serre de l’exploitation du pétrole d’Anticosti seulement en investissant dans la recherche sur l’électrification des transports même si les transports représentent 40 % des émissions de gaz à effet de serre.

     

    Il faut absolument trouver des moyens de se libérer du pétrole et se tourner vers des sources d’énergies alternatives. Les changements climatiques sont déjà lourds de conséquences. Les catastrophes naturelles ont entraîné le déplacement de plus de 32 millions de personnes en 2012. C’est deux fois plus qu’en 2011 où plus de 16 millions de personnes ont été évacuées.

     

    On a dépassé le seuil de 400 ppm de CO2 dans l’atmosphère. Au-delà de ce seuil, les scientifiques ne savent pas ce qui va se passer dans les prochaines années. Selon eux, on assistera à un emballement du climat. Selon Hubert Reeves, de 20 à 30 % des espèces animales vont disparaître d’ici 2050. Si l’espèce humaine ne change pas ses habitudes de vie, celle-ci risque de disparaître aussi. Les gens qui comme moi sont dans la vingtaine devraient pouvoir vivre en 2050.


    Gabriel Manzano St-François - Étudiant de biologie à l’Université de Montréal

     
     
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