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    Lac-Mégantic - L’ultimatum de Québec demeure sans effet

    Deux entreprises n’ont pas donné signe de vie et la troisième conteste la légalité de l’ordonnance gouvernementale

    Cette catastrophe environnementale provoquée par le train de la MMA pourrait coûter plusieurs centaines de millions de dollars en décontamination et restauration des lieux.
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Cette catastrophe environnementale provoquée par le train de la MMA pourrait coûter plusieurs centaines de millions de dollars en décontamination et restauration des lieux.









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    sur la tragédie de Lac-Mégantic
    Les menaces de Québec n’y ont rien fait. Au lendemain de l’ultimatum lancé aux entreprises jugées responsables de la catastrophe environnementale survenue à Lac-Mégantic, deux ont tout simplement gardé le silence, et une troisième a émis de sérieux doutes sur la légalité de l’ordonnance décrétée pour les forcer à assumer les frais de nettoyage du site. La Ville de Lac-Mégantic a même dû envoyer une nouvelle mise en demeure à la Montreal, Maine and Atlantic Railway (MMA), qui lui doit près de huit millions de dollars.

    Lundi, le ministre de l’Environnement Yves-François Blanchet a sommé la MMA, mais aussi la Western Petroleum Company et la World Fuel Services d’accepter de débourser les dizaines, voire les centaines de millions de dollars qui seront nécessaires pour décontaminer et restaurer le coeur de la ville estrienne dévastée le 6 juillet dernier.

     

    Il leur a donné 24 heures pour accepter de se conformer à ses ordres, qui incluaient toute une série de mesures pour s’assurer que les travaux soient effectués « dans les plus brefs délais » et qu’ils soient accompagnés de mesures de « suivi environnemental ». Le délai prescrit par Québec expirait mardi à 13 h, a d’ailleurs confirmé l’attachée de presse du ministre Blanchet. Mais passé ce délai, le ministre n’a pas voulu formuler de commentaire mardi, « tant sur la fin de l’ultimatum que sur la situation globale ».

     

    Or, au moment de mettre sous presse, une seule entreprise avait envoyé une réponse au ministère du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs. L’américaine World Fuel Services n’a absolument pas acquiescé aux demandes du gouvernement Marois. « Nous avons de sérieuses objections quant à la légalité de cette ordonnance », a-t-elle même souligné par voie de communiqué. « Étant donné que la Montreal, Maine and Atlantic Railway et les autorités locales ont pris le contrôle et la gestion du site jusqu’à maintenant, et que la MMA a assumé la responsabilité de l’accident, nous ne nous attendions pas à être nommés dans cette ordonnance ou toute autre action gouvernementale similaire », a expliqué la pétrolière.

     

    « L’ordonnance publiée hier [lundi] par le gouvernement provincial est la première à être dirigée à l’endroit de la World Fuel Services évoquant une quelconque responsabilité relative au financement ou à la supervision des activités de tierces parties actuellement sous la responsabilité de la MMA et des autorités locales », a également souligné l’entreprise. La multinationale - qui se vante sur son site Web d’avoir effectué des ventes totalisant 39 milliards de dollars en 2012 - a conclu son communiqué en réitérant ses « plus sincères condoléances aux familles des victimes ainsi qu’à tous ceux et celles qui ont été touchés par cet incident tragique ».

     

    L’autre pétrolière américaine propriétaire du brut qui a semé la mort et la désolation à Lac-Mégantic, la Western Petroleum Company, a tout simplement gardé le silence mardi.

     

    Silence de la MMA

     

    Même silence pour la MMA. Et les doutes s’accentuent de jour en jour sur la capacité de cette dernière à payer les sommes élevées qui devront être engagées pendant les mois que dureront les opérations de nettoyage. Dans une entrevue accordée à une station publique de l’État de New York, le grand patron de la MMA, Ed Burkhardt, a d’ailleurs déclaré que son entreprise n’avait pas les reins assez solides pour s’acquitter des sommes réclamées par Lac-Mégantic - et au moment où il s’est exprimé, il parlait des 4,1 millions associés à la mise en demeure initiale.

     

    « Nous sommes dans l’incapacité de financer [les opérations de nettoyage] avec notre propre argent », a-t-il reconnu dans un entretien enregistré vendredi et dont des extraits ont circulé mardi. « Alors, nous attendons que la compagnie d’assurances se manifeste et commence à écrire des chèques », a-t-il ajouté. On ignore totalement à quel montant s’élèvent les assurances de l’entreprise.

     

    La MMA, qui a congédié mardi au moins cinq employés - des conducteurs et des préposés à l’entretien de la voie ferrée - à Farnham, a aussi reçu une nouvelle mise en demeure de la part de la Ville de Mégantic. Cette fois, la municipalité réclame 7,8 millions de dollars à la MMA. Cette deuxième mise en demeure, à laquelle l’entreprise doit répondre dans un délai de 24 heures, s’ajoute à la première qui avait été transmise le 23 juillet. La municipalité demandait alors à la MMA de lui rembourser les quelque 4,1 millions. La Ville a en effet dû payer les entreprises engagées par la MMA pour effectuer des travaux de nettoyage depuis le déraillement du convoi ferroviaire qui transportait 7,2 millions de litres de pétrole brut.

     

    En conférence de presse, la mairesse de Lac-Mégantic, Colette Roy-Laroche, a précisé que « les procureurs de MMA ont informé les procureurs de la Ville de Lac-Mégantic qu’ils rencontraient leurs assureurs aujourd’hui [mardi], et la Ville espère qu’à la suite de cette rencontre, les sommes nécessaires pour rembourser la Ville seront débloquées sans délai ». Elle a encore une fois fait appel au « sens des responsabilités » de la compagnie. Mais y croit-elle encore, à ce sens des responsabilités ? « Je n’oserais même pas vous répondre là-dessus, je vous laisse présumer de ma réponse », a-t-elle répondu.

     

    Mme Roy-Laroche a par ailleurs dit avoir elle aussi entendu les rumeurs voulant que la MMA puisse bien finir par déclarer faillite. L’entreprise, qui a reçu des millions de dollars de subventions des gouvernements du Québec et du Canada, en plus d’investissements de la Caisse de dépôt et placement, pourrait alors ne jamais payer la facture de la décontamination.

     

    Cette catastrophe environnementale provoquée par le train de la MMA pourrait coûter plusieurs centaines de millions de dollars en décontamination et restauration des lieux. Québec dit vouloir poursuivre les entreprises ciblées par son ordonnance si elles refusent de payer la note. Des exemples passés de cas de déversements pétroliers démontrent toutefois que les démarches judiciaires peuvent s’étirer sur plusieurs années et rapporter beaucoup moins que ce que les demandeurs exigeaient au départ.

     

     

    Avec La Presse canadienne













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