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    Analyse indépendante

    Au moins 12 000 puits de pétrole sur Anticosti

    Amir Khadir doit dévoiler une pétition de quelque 26 000 noms demandant un moratoire

    Le puits Haldimand no.1, de Pétrolia, situé à 1.5 kilomètre du port de Gaspé. L'exploitation pétrolière d'Anticosti nécessiterait 12 000 nouveaux puits de forage sur l'île.
    Photo: Pétrolia Le puits Haldimand no.1, de Pétrolia, situé à 1.5 kilomètre du port de Gaspé. L'exploitation pétrolière d'Anticosti nécessiterait 12 000 nouveaux puits de forage sur l'île.
    L’exploitation pétrolière sur Anticosti pourrait nécessiter le forage de 12 000 puits, voire davantage. Il faudrait ajouter à cela l’obligation de développer d’importantes infrastructures, dont des routes et un réseau d’oléoducs. Bref, l’implantation d’une telle industrie ne se fera pas sans impacts permanents pour la plus grande île du Québec, selon ce qui se dégage d’une analyse produite par l’ingénieur géologue Marc Durand. Une pétition de quelque 26 000 noms exigeant un « moratoire » sur l’exploration doit d’ailleurs être présentée sous peu à l’Assemblée nationale.

    « Vous pouvez vous imaginer ce que représente le débarquement de matériel, le camionnage, les plateformes de forage, la construction d’oléoducs, d’un port, etc. Pour les entreprises pétrolières présentes sur Anticosti, l’exploitation signifierait plusieurs dizaines de milliards de dollars d’investissements. Et on parle de décennies de travaux», explique au Devoir M. Durand, qui a étudié pendant plusieurs mois le cas de l’île sise en plein coeur du Saint-Laurent.

     

    « En fait, ce sera absolument démesuré par rapport à ce que l’île pourra encaisser d’un point de vue environnemental. Mais c’est un choix. On peut se dire qu’on y va parce qu’il y a tellement d’argent à faire qu’on oublie l’île », ajoute-t-il. En fait, il a analysé la formation géologique de Macasty, qui se retrouve sous toute la superficie d’Anticosti. C’est cette formation que les entreprises Junex et Pétrolia estiment la plus prometteuse. Selon des données préliminaires, le sous-sol de l’île pourrait contenir pas moins de 40 milliards de barils de pétrole.

     

    M. Durand estime toutefois qu’au mieux, 2 % à 3 % du pétrole pourrait être « récupérable », soit 800 millions à 1,2 milliard de barils. « Lorsque les politiciens reprennent des chiffres, ceux-ci viennent le plus souvent du promoteur. N’importe qui, voyant le chiffre de 40 milliards de barils et la dette du Québec, ne peut que rêver. Mais c’est fou. Aucun scientifique ne va dire que dans le cas du pétrole de schiste, on pourrait exploiter la totalité de la ressource. »

     

    Selon son analyse, le taux de récupération sur Anticosti pourrait être similaire à ce qu’on observe au Dakota du Nord. Dans cet État américain, le boom pétrolier actuel est essentiellement le fait du pétrole de schiste. C’est ce type d’or noir qu’on retrouverait sur Anticosti. Le président de Pétrolia, André Proulx, a pour sa part déjà évoqué un taux de 5 %, soit deux milliards de barils.

     

    De 12 000 à 15 000 puits

     

    En tenant compte de la superficie de l’île et en se basant sur des forages horizontaux avec fracturation menés ici et aux États-Unis, Marc Durand évalue que les pétrolières devraient forer 12 000 à 15 000 puits. « Si on regroupe les puits à raison de six par plateforme de forage, il faudrait 2000 plateformes. Selon ce que j’ai constaté, le rayon d’action d’un forage est en moyenne de 1000 mètres. Il faut donc implanter une plateforme tous les deux kilomètres sur toute la surface de l’île pour exploiter au maximum le gisement, d’après les chiffres avancés par les promoteurs. »

     

    « Les plateformes de forage pourraient occuper 4 à 5 % de la superficie de l’île, ajoute ce professeur retraité du Département des sciences de la Terre et de l’atmosphère de l’UQAM. Et on ne parle pas des infrastructures qui doivent être mises en place. Le paysage serait radicalement transformé. » Il reconnaît que les chiffres qu’il avance pourraient devoir être révisés, mais il estime avoir tenté de faire un travail « factuel » de manière indépendante afin de mieux comprendre ce à quoi ressemblerait l’exploitation d’énergie fossile sur la plus grande île du Québec.

     

    Pour un « moratoire »

     

    Très inquiète des conséquences d’une telle industrie, Marie-Hélène Parant a lancé l’an dernier une pétition sur le site avaaz.org exigeant un « moratoire immédiat pour éviter des dommages environnementaux irréversibles » sur l’île. Au moment de mettre sous presse lundi soir, celle-ci avait recueilli un total de 25 564 signatures. Le député solidaire Amir Khadir doit aujourd’hui prendre part au dévoilement de la pétition et se faire le « messager » des signataires à l’Assemblée nationale.

     

    Mme Parant se dit outrée de voir les trois principaux partis politiques à Québec démontrer une ouverture certaine pour l’industrie pétrolière sur Anticosti. « J’ai le sentiment qu’il n’y a pas de frein, qu’on va de l’avant avant de connaître les risques. » L’île est surtout reconnue comme un paradis de la chasse au cerf de Virginie. Mais on y retrouve aussi des rivières à saumon exceptionnelles. Et selon les données officielles du gouvernement du Québec, près d’une vingtaine d’espèces animales et végétales en péril se retrouvent sur Anticosti ou dans le secteur la ceinturant. Sans oublier qu’il s’agit d’un site géologique unique en Amérique du Nord.

     

    Le gouvernement Marois promet de mandater le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement pour étudier le dossier pétrolier sur l’île, mais seulement une fois que les pétrolières auront terminé l’exploration. Pétrolia et Junex prévoient des travaux de forage au cours des prochains mois. Junex a déjà évoqué l’idée de procéder à de la fracturation dès 2014.













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