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    Concordia - L’université est devenue une fabrique de compost

    Les deux campus génèrent 600 tonnes de déchets par année

    27 avril 2013 |Claude Lafleur | Actualités sur l'environnement
    À Concordia, 80 tonnes de matières putrescibles sont compostées chaque année.
    Photo: Charles Krupa Associated Press À Concordia, 80 tonnes de matières putrescibles sont compostées chaque année.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Afin de réduire au minimum l’enfouissement des déchets domestiques, on cherche à composter le plus possible les matières putrescibles, c’est-à-dire transformer ces déchets de table en engrais. C’est ainsi que le gouvernement exigera que, d’ici à 2021, les grands établissements compostent leurs matières putrescibles plutôt que de les expédier à l’enfouissement. Depuis six ans déjà, et à l’initiative d’étudiants enthousiastes, l’Université Concordia s’attelle à la tâche.


    « Grâce à une subvention du gouvernement, nos étudiants ont acheté un composteur industriel qu’ils ont utilisé durant cinq ans, rapporte Marc Champagne, chef du service des opérations non mécaniques de l’Université Concordia. Il avait été convenu que, après cela, mon service en hériterait. C’est ainsi que, depuis un an, c’est nous qui l’utilisons… et je dois vous dire que ça nous cause des maux de tête ! »

     

    «Garbage in, garbage out!»


    « Nous compostons environ 80 tonnes de matières putrescibles par année, poursuit M. Champagne, ce qui nous donne environ 40 tonnes de compost. » Les matières putrescibles sont mises dans un bioréacteur - le composteur industriel - dans lequel on ajoute la « poudre » nécessaire pour faire du compost. « Nous appliquons une recette, indique le responsable de l’opération, recette qui varie quelque peu selon les matières qu’on met dans le composteur. »


    « Voyez-vous, c’est littéralement du « garbage in, garbage out », c’est-à-dire que ce qu’on obtient à la fin dépend de ce qu’on met dans le composteur, poursuit-il. Ainsi, si on y jette des cannettes, celles-ci ressortiront au bout. Si on y met du papier et du carton, cela contamine aussi le compost. Il est donc très important que ceux qui utilisent les bacs de récupération pour les matières putrescibles sachent exactement ce qu’il faut mettre dedans. Et, au bout du compte, je me dois d’analyser la matière qui sort du composteur afin de m’assurer de sa qualité. Ça, c’est très important ! »


    En fait, ce qui sort du composteur industriel n’est pas du compost utilisable tout de suite. Il faut laisser celui-ci se reposer durant trois à quatre mois dans des piles de maturation. « On obtient alors une sorte de terre noire, du compost, que je redistribue par la suite à des jardins communautaires », indique Marc Champagne.


    Il rapporte que les deux campus de l’Université Concordia - le campus Sir-George-Williams, situé au centre-ville, et le campus Loyola, à Notre-Dame-de-Grâce - génèrent près de 600 tonnes de déchets par année, déchets qui contiennent environ 200 tonnes de matières putrescibles.


    « Il faut savoir qu’il nous en coûte 120 $ la tonne pour envoyer nos déchets à l’enfouissement et 150 $ la tonne pour transformer les matières putrescibles en compost, précise le chef de service. C’est dire que le compostage a un coût et que, si on vise le tout-compostage, il faut en être bien conscient. »


    Notons que M. Champagne n’a rien contre le compostage, au contraire même, puisqu’il le pratique à la maison. « Mais il y a une grande différence entre ce qui se fait chez moi et ce qu’on peut faire à une échelle industrielle. Chez moi, nous contrôlons de près ce que nous mettons au compostage, tandis que, sur un campus universitaire, on recueille un peu n’importe quoi… Chez moi, le compostage se fait sans problème… mais il faut dire que c’est ma femme qui s’en occupe ! », lance-t-il en riant.

     

    «Ça sent»


    Le service des opérations non mécaniques que dirige M. Champagne est confronté à une foule de problèmes. « Premièrement, dit-il, 70 % des déchets que nous produisons à Concordia proviennent de notre campus du centre-ville. Or notre composteur industriel se trouve à Notre-Dame-de-Grâce, sept kilomètres plus loin. Il faut donc transporter les matières putrescibles, et ce, chaque jour. »


    Autre problème : les odeurs. Pas question d’installer un composteur au centre-ville, dit-il. « On pourrait bien sûr installer des biofiltres, mais il y aura toujours des odeurs. » Et, lorsque le lundi matin son équipe prend charge des matières putrescibles accumulées depuis vendredi, « ça ne sent vraiment pas bon… ça sent les vidanges ! »


    Marc Champagne rapporte qu’il faut en outre payer une personne pour s’occuper du composteur industriel, un travail qui nécessite une vingtaine d’heures par semaine. « Lorsque c’étaient des étudiants qui s’occupaient du composteur, ceux-ci étaient très motivés, ils y croyaient. Mais, pour nous, c’est une job… et pas une job très plaisante. Il faudra donc y penser le jour où on visera à composter toutes les matières putrescibles que l’université génère. »


    Qui plus est, s’il est relativement facile de récupérer la première tranche de 40 % de ces matières, comme le font actuellement les employés du service de l’entretien de Concordia, ce sera un tout autre défi que de chercher à recueillir de 75 à 80 %, et ce sera encore nettement plus exigeant si on vise le « tout-compostage ».


    « À vrai dire, c’est un vrai mal de tête !, n’hésite pas à lancer celui qui est chargé du dossier. Remarquez que je ne suis pas contre le compostage, mais je considère qu’il est de mon devoir de dire ce qu’il en est vraiment, de dire les choses telles qu’elles sont. Il est important de savoir dans quoi on s’embarque ! »


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