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Les éternels banlieusards et la nécessité de l’auto

Règle générale, la voiture fait partie du mode de vie des banlieusards qui, en vieillissant, ne sont pas portés à se tourner vers les transports collectifs, selon ce qu’a constaté le chercheur Sébastien Lord.
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir Règle générale, la voiture fait partie du mode de vie des banlieusards qui, en vieillissant, ne sont pas portés à se tourner vers les transports collectifs, selon ce qu’a constaté le chercheur Sébastien Lord.
Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Ces gens-là ont grandi en proche périphérie des grands centres urbains, dans un endroit où les déplacements étaient en tout temps assurés par l’automobile pour accéder aux commerces et aux services. En vieillissant, ils demeurent fortement tributaires du véhicule garé dans l’entrée, pour cheminer du point A au point B en toutes circonstances.


Une tendance lourde ressort de l’un des chapitres d’une étude de Sébastien Lord, intitulée Vieillir dans un milieu dédié à l’automobile. Professeur adjoint à l’Institut d’urbanisme de la Faculté d’aménagement de l’Université de Montréal, il cerne l’objet de la recherche au point de départ : « Quand j’ai commencé à travailler sur ce sujet-là avec mes collègues sociologues de Québec, on ciblait les vieilles banlieues, celles de la première couronne et des bungalows, qui ont été construites au tournant de l’après-guerre à la faveur du boom économique des années 1950-1960. »


Il fournit plus de détails : « On en a fait des portraits pour savoir qui habitait ces milieux-là au tournant des années 2000 et on s’est aperçu qu’il y avait beaucoup de personnes âgées, ce qui allait quelque peu à contre-courant ou s’éloignait des représentations qu’on se fait de ces endroits-là, qui sont plutôt construits pour les familles. » Le temps a imposé son implacable loi : « Les familles ont grandi, les enfants sont partis et les parents sont restés là, d’où l’existence d’une population vieillissante. Ces banlieues ont pris de l’âge sur les plans physique et spatial. » Cette situation est la même du côté du Canada anglais, de l’Australie et des États-Unis.


Au départ, le questionnement de base est le suivant : « Il y a un grand nombre de personnes âgées qui habitent en ces lieux, à quoi aspirent-elles ? Veulent-elles rester dans ces milieux qu’on continue de qualifier d’un peu problématiques pour le vieillissement à domicile ? »


L’auto fait partie des meubles


Il dépeint cet environnement : « De façon très générale, on y ségrègue les usages. On sépare les fonctions : il y a des portions de quartier qui sont résidentielles exclusivement, où il n’y a pas de commerces, dont les plus proches sont localisés dans de grandes artères, dans des collectrices ou sur le bord des autoroutes en périphérie. C’est un milieu qui ségrègue aussi les espaces et qui oblige finalement, par l’éloignement des commerces et des services, les gens à être dépendants de la voiture. » D’autres facteurs concourent à cette dépendance, ne serait-ce que les difficultés opérationnelles subies par les vieux centres commerciaux ou la relocalisation des établissements financiers et des quincailleries.


Dans un tel contexte, les chercheurs ont voulu savoir, en se rendant auprès des propriétaires des bungalows situés sur ces terrains, quelles étaient leurs préférences en matière d’habitation et concernant leur manière de se déplacer dans l’espace, une fois rendus à un âge avancé. Déménager ou rester là ? Sébastien Lord indique leurs préférences : « Sur la question de la mobilité résidentielle, la très vaste majorité d’entre eux, soit près de neuf personnes sur dix, voulaient demeurer le plus longtemps possible en banlieue. C’est ce qui ressort et c’est ce qui se compare en tous points avec d’autres recherches menées aux États-Unis ou ailleurs. »


En cas de déménagement, ils choisiraient de se rapprocher des services, mais ils se garderaient d’habiter en ville : « En travaillant la question de la représentation avec les sociologues, sans entrer dans les détails, on s’est aperçu que ces gens s’identifiaient vraiment comme des banlieusards. » Ils sont valorisés par la possession d’une auto : « De façon intéressante, sur le plan du transport collectif et de leurs habitudes de mobilité, cela va de soi, ils étaient tous des automobilistes pour lesquels le fait de se déplacer en voiture était évidemment obligatoire ; mais c’était également important en matière de statut social. En ce sens, l’automobile était liée à leur autonomie et à leur identité. »


Mode de vie et avenir


La voiture fait partie intégrante de leur mode de vie. De telle sorte que le professeur les a retrouvés derrière le volant quand il les a revisités près de sept ans après le début de la recherche. Il en tire cette hypothèse : « Ils se déplaçaient toujours de la même manière sur le territoire. Dans le cas du groupe rencontré, la dépendance envers la voiture avait même augmenté. Donc, quand on pense que toutes les personnes qui vont vieillir vont s’en remettre au transport collectif ou à l’autobus, à cause des contraintes dues à l’âge, j’ai de grands doutes à ce sujet ; tout le système de transport en commun, ce n’est pas une façon de se déplacer qui leur est connue dans beaucoup de cas. » Il importe de mentionner que, là où les chercheurs sont intervenus, le transport collectif était disponible.


Il y a des correctifs à apporter pour changer les mentalités et les habitudes de transport, selon Sébastien Lord : « Si on veut en arriver à cette fin, il faudra premièrement que le service soit adapté aux besoins de mobilité de ces gens. Deuxièmement, il faudra qu’ils puissent se l’approprier, que ce soit un mode de déplacement qu’ils connaissent et qu’ils ont pu expérimenter ; si on veut que les personnes âgées l’utilisent, il est assez fondamental de le faire connaître. »


Il revient sur la notion d’adaptation : « On doit avoir des destinations ou des parcours qui convergent vers des points d’intérêt, compte tenu non seulement des besoins mais aussi des préférences des usagers ; c’est bien beau, un autobus qui va au centre commercial ou à l’hôpital, mais il y a autre chose que ces destinations-là dans la vie. »


Et, toujours à titre de conclusion, il examine de plus cette irréversible réalité : « Oui, les gens vont vouloir vieillir le plus longtemps possible dans leur maison, mais un jour ils n’auront pas d’autre choix que de déménager. On voit qu’il y a beaucoup de grands complexes de résidences pour personnes âgées qui se développent en accord avec leur désir de demeurer en banlieue. Ce genre d’habitation-là va s’implanter un peu partout et un peu n’importe comment en périphérie ; je pense à des endroits comme des bretelles d’autoroute ou à des façons de faire très excentrées dans des quartiers résidentiels. Ces projets se trouvent souvent en lien avec une pharmacie ou un centre commercial. »


Par conséquent, les chercheurs ont trouvé un autre terrain de jeu : « On a lâché un peu les automobilistes et là on s’intéresse aux conditions de marche des personnes âgées, toujours en banlieue. On examine l’environnement et ces espaces qu’on est en train d’offrir aux gens âgés d’aujourd’hui et de demain. »


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