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    Changements climatiques - Bordeaux et cie menacés

    Récolte du raisin au domaine du château Cheval Blanc, à Saint-Émilion, dans le Bordelais. Le réchauffement du climat affectera neuf importantes régions viticoles du monde, selon une étude de chercheurs états-uniens, chinois et chiliens.
    Photo: Agence France-Presse (photo) Pierre Andrieu Récolte du raisin au domaine du château Cheval Blanc, à Saint-Émilion, dans le Bordelais. Le réchauffement du climat affectera neuf importantes régions viticoles du monde, selon une étude de chercheurs états-uniens, chinois et chiliens.

    Le réchauffement du climat comme prédit par divers modèles climatiques pourrait, d’ici 2050, réduire comme peau de chagrin la surface des vignobles bordelais, de la vallée du Rhône et de la Toscane. Les régions septentrionales de l’Europe et de l’Amérique du Nord ainsi que la Nouvelle-Zélande devraient quant à elles devenir plus propices à la viticulture. Le vin que l’on boira dans 40 ans n’aura vraisemblablement pas la même origine géographique que celui d’aujourd’hui, voire les mêmes qualités, ajouteront les amateurs.


    Des chercheurs états-uniens, chinois et chiliens en sont venus à ces conclusions en utilisant 17 modèles du climat qui leur ont permis de prédire comment le réchauffement du climat affectera neuf importantes régions viticoles du monde et quels seront les impacts de ce changement climatique sur les ressources en eau et la biodiversité des habitats naturels, qui seront désormais monopolisés pour cultiver la vigne.

    Dans l’article qu’ils ont publié dans la dernière édition des Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), ces chercheurs soulignent d’entrée de jeu que la première culture agricole à écoper des changements climatiques sera celle de la vigne destinée à la production du vin en raison de sa très grande sensibilité au climat. « Les températures et les niveaux d’humidité sont les principaux éléments qui définissent un terroir en viticulture », rappellent-ils.

    Les régions viticoles dotées d’un climat méditerranéen - caractérisé par des étés chauds et secs, ainsi que des hivers frais et humides -, qui sont aujourd’hui les plus propices à la culture viticole, seront celles qui souffriront et dépériront le plus à mesure que le climat se réchauffera. Ainsi, d'ici 2050 la surface des terres favorables à la viticulture diminuera  en moyenne de 68 % en Europe méditerranéenne, de 73 % en Australie, de 60 % en Californie, de 51 % dans la région floristique du Cap en Afrique du Sud, et de 25 % au Chili. Par contre, d’autres régions bénéficieront du réchauffement climatique : la Nouvelle-Zélande pourra accroître de 168 % la surface de ses vignobles, le nord de l’Europe pourra agrandir son territoire viticole de 99 %, et l’ouest de la région septentrionale de l’Amérique du Nord pourra élargir de 231 % ses terres dédiées à la viticulture.

     

    Impact sur les écosystèmes


    Ces changements auront aussi des conséquences dramatiques sur les écosystèmes terrestres et les ressources hydriques, préviennent les auteurs de l’article. Les viticulteurs des régions au climat méditerranéen consommeront davantage d’eau douce, car ils devront vaporiser plus fréquemment leurs vignes afin de les rafraîchir et d’ainsi prévenir la perte des qualités du raisin par le stress dû à la chaleur et à la sécheresse consécutive aux baisses de précipitations. Les systèmes d’irrigation qui approvisionnent en eau douce les vallées de Maipo, de Cachapoal et de Colchagua au Chili, où l’on produit de grands vins, ne suffiront probablement plus pour assurer la survie des vignes. Les scientifiques prévoient qu’en 2050, ces régions ne seront plus propices à la viticulture, car les précipitations y auront diminué de 16 à 20 % et les eaux d’irrigation provenant de la fonte des glaciers seront épuisées.


    Viendra aussi un moment où certains vignerons d’Europe méditerranéenne devront carrément planter leurs vignes plus en altitude dans « des régions montagnardes qui renferment certaines des terres les plus naturelles d’Europe ». Or, les chercheurs rappellent qu’une telle démarche anéantira l’écosystème de ces habitats naturels, car la création d’un nouveau vignoble nécessite un défrichage de la végétation locale, suivi d’un labourage profond et de l’application de divers traitements chimiques destinés à stériliser le sol, à lutter contre les champignons et à le fertiliser. Ce transfert en altitude des vignobles affectera de la même façon, mais dans une moindre mesure, la région du Cap en Afrique du Sud et la Californie. Au Chili et en Australie, les terres qui seront devenues favorables à la culture de la vigne se situeront davantage dans les vallées et les régions côtières qui sont pour leur part très peuplées.


    La pression exercée sur les ressources naturelles sera également énorme dans les régions du monde qui verront leur potentiel viticole s’accroître, soit en Nouvelle-Zélande, en Europe du Nord et dans l’ouest de l’Amérique du Nord, particulièrement dans les montagnes Rocheuses près de la frontière entre les États-Unis et le Canada. Les chercheurs soulignent notamment que les programmes de conservation visant à aménager des couloirs protégés allant du parc national du Yellowstone au territoire du Yukon pour les grands mammifères comme l’ours grizzly et le loup gris pourraient être affectés par le développement de la viticulture dans cette région.

     

    Des recommandations


    Même si l’étude prédit que les montagnes des pays tropicaux pourraient devenir un environnement permettant aux vignes de prospérer, ces régions ne présentent pas de longues journées d’été et des nuits fraîches, qui sont essentielles pour que la maturation des raisins s’effectue de façon adéquate pour obtenir une vendange de bonne qualité. La Chine, qui est aujourd’hui le pays du monde où la production de vin croît le plus rapidement, possède de vastes territoires en montagne qui seraient propices à la viticulture, mais ces régions sont aussi l’habitat du panda, dont l’espèce est en voie d’extinction, font remarquer les chercheurs.


    Pour maintenir la productivité et la qualité des vins tout en minimisant les dommages écologiques et la consommation d’eau douce, les scientifiques proposent notamment d’expérimenter de nouvelles variétés de raisins qui auraient des saveurs similaires, mais qui seraient plus tolérants aux changements climatiques. Ils suggèrent aussi d’améliorer les techniques de refroidissement en créant des pulvérisateurs qui économisent l’eau, et ils conseillent d’adapter l’orientation et le tressage des vignes en fonction du microclimat qui prévaut sur de petites parcelles de terrain. Ils recommandent également d’inciter les consommateurs à choisir leur vin en fonction de sa variété (Pinot noir, Merlot ou Chardonnay, par exemple) plutôt qu’en fonction de son origine géographique (appellations régionales, comme Bordeaux). Mais là, ce sera probablement très difficile de changer les habitudes des connaisseurs.

     
     
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